du Fouladougou. Les uns sont des Musulmans fanatiques et les autres
des buveurs de gin enragés. Ils s’adonnent principalement à la
culture et à l’élevage des bestiaux. La plupart ont cherché
dans le Coniaguié un refuge contre les exactions des almamys du
Fouta-Diallon et de Moussa-Molo, le souverain du Fouladougou. Leurs
villages sont, comme partout ailleurs, construits en paille, et,
en général, sales et mal entretenus. Ils vivent là tranquillement
sous la protection des Coniaguiés qui, à l’encontre des autres
peuples, ne les molestent et ne les tracassent jamais.
[Illustration : Groupe de Coniaguiés.]
2o _Malinkés._ — Les Malinkés sont de beaucoup plus nombreux. Ils
forment plusieurs villages qui sont, en général, situés non loin
du village Coniaguié auquel ils empruntent le nom. Ces villages sont,
pour la plupart, construits en paille. On n’y trouve que fort peu de
cases en terre bâties comme celles des autres pays Malinkés. Pas de
tatas. Le village est simplement entouré d’une légère palissade
faite en tiges de mil. Voici les noms de ces villages :
Tamba-Coumba-Coto.
Navaré-Maninka-Counda.
Iguigui-Maninka-Counda.
Yffané-Maninka-Counda (Il y a trois petits villages Malinkés
de ce nom autour du village Coniaguié).
Uttiou-Maninka-Counda.
Yokounkou-Maninka-Counda (Trois villages Malinkés de ce nom
autour du village Coniaguié).
Kidaqui-Maninka-Counda.
Tatini-Maninka-Counda.
Idiri-Maninka-Counda (Trois villages Malinkés de ce nom).
Feddé-Maninka-Counda (Trois villages Malinkés de ce nom).
La population de ces différents villages forme un total d’environ
1,500 ou 2,000 habitants. Les Malinkés du Coniaguié sont, en grande
partie, venus du N’Ghabou aujourd’hui Fouladougou, chassés par
la guerre sans merci que leur firent Moussa-Molo et son père. Ils
sont pour la plupart musulmans et s’adonnent spécialement à
la culture. Beaucoup d’entre eux se livrent en même temps au
commerce. Ce sont eux qui, en grande partie, introduisent dans
le pays les quelques étoffes, le sel, la verroterie, etc., etc.,
dont font usage les Coniaguiés. C’est surtout à Mac-Carthy et
à Yabouteguenda qu’ils se procurent tout ce dont ils ont besoin
pour leur commerce. Bien qu’ils vivent en très bonne intelligence
avec leurs hôtes qui ne les pillent et ne les rançonnent jamais,
ils seraient très heureux de voir le pays soumis à l’influence
française ; car ils ne doutent pas que la paix la plus profonde
y règnerait alors et qu’ils pourraient faire leur petit trafic
en toute sécurité. Pendant notre séjour dans le Coniaguié, les
Malinkés d’Yffané me rendirent de signalés services et ce fut
à eux que mes hommes durent de ne pas souffrir de la faim.
La majorité des Malinkés du Coniaguié appartient à la grande
famille Mandingue des Dioulas. Je ferai remarquer à ce propos qu’il
importe de ne pas confondre la famille des Mandingues Dioulas avec les
commerçants auxquels les Européens donnent ce nom. C’est à tort
que nous appelions ces colporteurs Dioulas, car cette appellation
qui peut s’appliquer aussi bien à des Ouolofs, des Sarracolés,
des Bambaras, etc., etc., qu’à des Malinkés, peut donner lieu à
des confusions contre lesquelles il est important que le lecteur se
mette en garde. Peut-être l’origine de cette expression vient-elle
de ce que les Malinkés Dioulas de la rive droite du Niger sont
surtout marchands ambulants. On aurait alors, à la longue, donné
ce qualificatif à tous les colporteurs du Soudan à quelque race
qu’ils appartiennent. On a toutefois toujours soin d’y ajouter
le nom de leur nationalité. Ainsi on dira : un dioula Malinké,
un dioula Sarracolé, un dioula Peulh, etc., etc. Mais si l’on
parle d’un Malinké de la famille des Dioulas on dira : un dioula
au même titre que l’on dit : un Tarawaré, un Sisoko.
3o _Coniaguiés._ — Les Coniaguiés sont de beaucoup les plus
nombreux. Ils forment un grand nombre de villages dont voici les
noms :
Karakaté.
Iguigui.
Benania.
Ouraké.
Poumoukia.
Tianané.
Kogani-Counda.
Yffané (résidence du chef du pays).
Ceddé.
Oussou (No 1).
Oussou (No 2).
Yokounkou.
Ygguissaia (No 1).
Ygguissaia (No 2).
Oussouqui (No 1).
Iviri.
Akoungou.
Bambou.
Cotta.
Kounkali (No 1).
Kounkali (No 2).
Yalloupadinia.
Uttiou.
Tiékaia.
Ouiané.
Ypparé.
Oussouqui (No 2).
Navaré.
Boumbou.
Boutinti.
Tatini.
Countifounti.
Tafoumaia.
Batianké.
Tiakourou.
Nouma.
Paqueni.
Oulousato.
Kidaqui.
D’où vient cette peuplade ? Quelle est son origine ? A quelle
grande race du Soudan pouvons-nous la rattacher. Je reconnaîtrai
franchement qu’à ce sujet, je n’ai pas une opinion encore bien
arrêtée. Je me contenterai de rapporter ici les versions diverses
que j’ai recueillies à leur sujet. Je ne crois point qu’il faille
les rattacher à la famille des Kroumens de la côte de Guinée,
bien que leur costume, leur aspect extérieur et leurs mœurs
permettent de les confondre avec ces derniers. Ils en diffèrent
profondément par des caractères anthropologiques qui ne peuvent
laisser aucun doute et sur lesquels nous aurons occasion de revenir
plus loin. De même, j’estime que rien ne nous permet et de les
rattacher à la grande famille des Sarracolés ou Soninkés. Certaines
cartes portent, en effet, comme celle de Vallière, que toute cette
région est habitée par des Soninkés. Cela provient, à n’en
pas douter, d’une erreur facile à expliquer. L’opinion dont
m’a fait souvent part mon excellent ami, le capitaine Roux, de
l’infanterie de marine, me semble des plus plausibles et je crois
devoir la mentionner ici. D’après lui, cette erreur proviendrait
de ce que, à Bady et dans tout le Tenda-Touré, on se sert souvent
de l’expression « nous autres, Soninkés ». Ce qui ne veut pas
dire du tout qu’ils appartiennent à la race Sarracolée, mais
bien : « hommes restés buveurs, » comme le dit Hecquart et non
« hommes restés païens, » comme le disent d’autres auteurs.
Pour moi, j’opinerais volontiers pour les rattacher à la famille
des Malinkés. Mais alors, nous aurions affaire à des Malinkés
dégénérés ou plutôt à des Malinkés restés absolument à
l’état sauvage. Selon toutes probabilités, les Bassarés,
les Coniaguiés et d’autres familles établies dans le Haut
N’ghabou ont eu leur berceau sur les bords du Niger, qu’ils
ont abandonné avec la grande émigration de Koli-Tengrela vers
le XIVe siècle. Cette émigration s’est répandue dans toute la
vallée du Haut-Sénégal, et un groupe principal est descendu dans
le Fouta-Diallon. On peut supposer que quelques familles, fuyant
devant les agressions incessantes des Peulhs, se sont réfugiées
dans les forêts de la rive gauche de la Gambie. Traquées ensuite
comme des animaux, aux prises avec la faim et les bêtes féroces,
elles ont dû mener là une existence des plus misérables. Les
Coniaguiés et les Bassarés pourraient être regardés comme les
derniers descendants de ces familles errantes.
Mais c’est là, bien entendu, une simple supposition : certains
caractères que nous avons pu constater chez ces peuplades et surtout
une grande parenté de langage nous permet de la regarder comme
vraisemblable. Du reste, les griots que nous avons interrogés à ce
sujet, les chefs que nous avons questionnés et, parmi eux, notre
ami Abdoul-Séga, l’intelligent chef de Koussan-Almamy (Bondou),
ne mettent pas en doute l’origine Mandingue de ces peuplades. Leur
opinion ne diffère guère de la nôtre que sur l’époque à
laquelle aurait eu lieu cette migration. D’après eux, elle serait
de beaucoup antérieure à celle de Koli-Tengrela. Nous ne croyons
cependant pas qu’il en soit ainsi ; car nous n’avons trouvé
nulle part trace de leur passage avant cette époque. S’il en
était ainsi, il faudrait admettre, ce qui serait beaucoup plus
vraisemblable, que les Coniaguiés et les Bassarés sont absolument
originaires du bassin de la Haute-Gambie. Ce que nous ne saurions
admettre, étant donné surtout ce que nous savons des migrations
de la race Mandingue.
Une autre version, aussi vraisemblable que la précédente
sur l’origine des Coniaguiés et des Bassarés, est
la suivante. D’après les renseignements que j’ai pu
recueillir, ce ne seraient que des captifs qui auraient fui en
masse le Fouta-Diallon, et auraient cherché là, sur ces plateaux
difficilement accessibles, un refuge contre les Peulhs, leurs anciens
maîtres. Le Bondou était autrefois, avant sa colonisation par
Malick-Sy et ses Toucouleurs, habité par de nombreuses populations
Malinkées, absolument sauvages, dont les Badiars, les Oualiabés,
etc., etc., étaient les principales. Maka-Guiba, un des successeurs
de Malick-Sy, voulant reconquérir le pays et rétablir l’autorité
de ses ancêtres, fut puissamment aidé dans ses campagnes par
les bandes de ses cousins alors almamys du Fouta-Djallon. Ceux-ci
envoyèrent pour le secourir une armée de plus de 20,000 hommes,
lesquels, la guerre terminée, rentrèrent dans leur pays, chargés
de butin et emmenant en captivité la plus grande partie de ces
peuplades Malinkées dont, aujourd’hui, nous ne retrouvons plus de
traces dans le Bondou. Ceci étant admis, d’une façon générale,
ne pourrait-on pas en conclure que ces captifs s’enfuirent un beau
jour et vinrent se réfugier dans les forêts de la Haute-Gambie,
dans le N’ghabou ? Les Coniaguiés et les Bassarés seraient donc
les descendants des Badiars, Oualiabés, etc., etc., qui peuplaient
autrefois le Bondou. Ce qui permettrait d’accepter cette manière
de voir, c’est que, dans les pays voisins, quand on demande des
renseignements sur leur origine, on ne peut obtenir que ceci, c’est
que ce sont d’anciens captifs du Fouta-Djallon. Quoiqu’il en
soit, nous pouvons aisément, d’après tout cela, admettre que ce
sont des peuplades d’origine Mandingue. Toutefois, nous tenons à
faire, à ce sujet, toutes réserves. La question reste pendante et
tout ce que nous venons d’en dire n’est que suppositions. Une
étude ethnographique plus complète que la nôtre pourrait seule
résoudre cet intéressant problème scientifique.
Les villages Coniaguiés sont, en général, beaucoup plus propres
et mieux entretenus que la plupart des villages des autres pays
Soudaniens que nous avons visités. Ils présentent aussi un tout
autre aspect. La forme des cases diffère complètement de celles que
nous avons vues jusqu’à ce jour. Elles sont rondes et construites
en bambous tressés. Leurs dimensions sont des plus petites, environ
deux mètres à deux mètres cinquante centimètres de diamètre sur
deux mètres cinquante centimètres à trois mètres de hauteur. La
porte s’élève jusqu’au toit, et, de chaque côté d’elle, se
dressent jusqu’au dessus du toit les deux bambous qui lui servent
de montants. Le toit est petit, plus élevé que celui des cases des
autres Noirs, et son bord dépasse de fort peu le corps de la case. Ce
qui leur donne absolument l’aspect d’une ruche d’abeilles. Le
sommet du chapeau est souvent terminé par un ornement en bambou. Il
est formé par un morceau de bois vertical qui sert de support,
sur lequel est fixé un autre morceau de bois en forme de croissant
dont la partie convexe regarde le ciel et supporte des morceaux de
bambous d’environ quinze centimètres de longueur.
La case est immédiatement construite sur le sol qui a été
bien battu au préalable. Pendant la nuit la porte est fermée à
l’aide d’une natte grossièrement faite à l’aide de chaumes de
Graminées ou de tiges de Cypéracées, nattes qui sont connues dans
tout le Soudan sous le nom de _Sécos_. Au milieu de la case se trouve
une petite dépression de terrain de 0m40 environ de diamètre et qui
tient lieu de foyer. Quant au mobilier, il est des plus primitifs :
une natte ou de la paille sur laquelle couche le propriétaire et
voilà tout.
En général, une case n’est habitée que par un seul individu,
homme ou femme. Les enfants, jusqu’à ce qu’ils soient
nubiles, habitent généralement, de préférence, avec la
mère. Contrairement à ce qui se passe chez les autres peuples
du Soudan, les femmes, chez les Coniaguiés et les Bassarés, ne
travaillent pas à la construction des habitations. Ce soin incombe
uniquement aux hommes. C’est, du reste, un travail peu fatiguant et
l’édification de ces demeures primitives demande peu de temps. Huit
ou dix pieux en bois sont disposés en cercle et solidement fichés
en terre. Sur ces pieux sont attachés à l’aide de lianes ou de
cordes de bambous, la grande natte de bambous qui formera les parois
de l’habitation. Au-dessus, se place le toit, également en bambou
ou en chaume et muni de son ornement particulier. Un ou deux jours
au plus sont amplement suffisants pour cette besogne.
Les cases du chef du pays, à Yffané, sont placées au centre d’un
quadrilatère dont les côtés sont formés par des rangées de cases
semblables à celles que nous venons de décrire. L’ouverture en
est dirigée toujours dans le même sens et regarde les derrières de
la case voisine. Ces cases sont peu espacées les unes des autres,
environ un mètre au plus. Elles sont habitées par les jeunes
gens non mariés du village, qui forment, pour ainsi dire, la
garde particulière du chef. Ils y habitent seuls et sont toujours
armés. Rarement, ils s’éloignent tous du village, et dans les
expéditions, ils escortent le chef.
Le Coniaguié est un noir de haute stature. Les hommes de petite
taille sont relativement rares. La moyenne est d’environ un mètre
soixante-douze centimètres. La coloration de leur peau est un peu
moins foncée que celle de la peau du Ouolof et rappelle plutôt
celle du Malinké. Les membres inférieurs sont généralement longs
relativement aux membres supérieurs. Les cuisses sont assez fortes
mais les mollets sont grêles. Les membres supérieurs grêles, en
général, sont d’une longueur démesurée et leur mensuration,
prise de l’articulation scapulo-humérale à l’extrémité du
médius, permet de constater qu’ils atteignent aisément le bord
supérieur de la rotule. Les cheveux sont crépus. La face revêt
à un degré moins prononcé le caractère simiesque de celle du
Malinké. Le nez est moins épaté, les lèvres moins lippues
et l’angle facial est plus ouvert. Le prognathisme est moins
prononcé. Les pectoraux sont bien développés, et les organes des
sens, la vue et l’ouïe, sont excessivement subtils. Cela tient
évidemment au genre de vie qu’ils mènent et à la vie de plein
air à laquelle ils sont condamnés dès leur enfance.
La femme diffère peu des négresses des autres races
soudaniennes. Toutefois elle nous a semblé plus forte et mieux
musclée. Sa face est également moins repoussante et ses membres
inférieurs mieux développés. Sa taille est à peu près la même.
Les Coniaguiés se nourrissent absolument comme les autres peuples
du Soudan. C’est le couscouss, farine de mil, de maïs ou de fonio
et le riz qui constituent la base de leur alimentation. Ils les
mangent cuits simplement à l’étuvée ou mélangés avec de la
viande de bœuf, de mouton, de chèvre ou de poulet ou bien encore
de gibier quelconque : antilope, biche, gazelle, sanglier, etc.,
etc. Ce sont les femmes qui préparent les repas, et, contrairement
à ce qui se passe dans le reste du Soudan, elles mangent souvent
avec leurs enfants à la même calebasse que les hommes. Chez eux,
comme chez les peuples que nous avons déjà visités au Soudan,
le quartier de devant d’un animal abattu est toujours le morceau
réservé aux chefs. Ce sont des buveurs effrénés, et ils ont un
penchant tout particulier pour les liqueurs alcooliques, le genièvre
surtout, que les dioulas leur procurent ou qu’ils vont chercher à
Yabouteguenda et parfois jusqu’à Mac-Carthy. Ils ne fabriquent
pas de dolo, cette sorte de bière de mil dont les Bambaras et
les Malinkés sont si friands. Par contre, ils affectionnent tout
particulièrement le sel et les substances excitantes : piments,
poivre, gingembre. Ils vont souvent à Yabouteguenda échanger
leur beurre de Karité contre quelques sacs de cet excellent sel
qu’importe en si grande quantité en Gambie la Compagnie Française
de la côte occidentale d’Afrique. Quant aux piments, poivre et
gingembre, ils les trouvent sur place.
Le Coniaguié n’est pas tatoué. Cette coloration bleue des lèvres
et des gencives, si estimée des élégantes des pays Malinkés et
Toucouleurs, y est absolument inconnue. On se contente d’enduire
les cheveux de beurre de Karité. Par exemple, tous ont un faible
tout particulier pour les odeurs quelles qu’elles soient. Les
hommes ont pour les parures un goût bien plus prononcé que les
femmes. Ils se perforent les oreilles, et y portent des boucles soit
en fer soit en cuivre. Ils se procurent ce dernier métal surtout à
Mac-Carthy. Ces boucles d’oreilles droites et rigides sont surtout
portées par les jeunes gens. Ou bien elles sont simples, ou bien,
elles sont doubles. Dans ce dernier cas, elles sont très longues
et tombent presque sur les épaules. On peut y remarquer en plus un
détail curieux. L’anneau qui entre dans le pertuis pratiqué au
lobule de l’oreille porte un appendice dirigé en dehors, lequel
se termine par une petite boule supportant un gland fait de laine
rouge. Le rouge, est, du reste, la couleur la plus appréciée par
cette peuplade primitive. La longueur de la boucle d’oreille simple
ne dépasse pas quatre à cinq centimètres. Presque tous les hommes
ont les bras couverts de bracelets soit en fer, soit en cuivre. Ils
portent, de plus, une ceinture faite, en général, de cuir sur
lequel sont cousus en grande quantité des perles en verroterie et en
corail. A cette ceinture, et tout le tour du corps sont attachés de
petits bouts de cordes d’environ vingt centimètres de longueur,
à l’extrémité desquels sont attachées des sortes de lames de
fer très minces recourbées sur elles-mêmes. En s’entrechoquant
pendant la marche, elles produisent un bruit de ferraille qui les
remplit d’aise.
La circoncision se pratique sur l’homme et sur la femme. Cette
opération donne partout lieu à des fêtes comme dans les autres
pays Soudaniens, du reste. Elle se pratique sur les enfants vers
l’âge de quinze ans. De même que les Kroumens et certaines
familles Malinkées du Ouassoulou, les Coniaguiés se liment en
pointe les incisives de la mâchoire supérieure. Cette opération
se fait parfois aussi sur celles de la mâchoire inférieure ;
mais elle est généralement assez rare.
La coiffure des hommes et celle des femmes est la même. Elle
ressemble à s’y méprendre à celle des femmes Toucouleures du
Bondou, des Khassonkées et des Peulhes du Fouladougou. C’est
absolument le même cimier de casque dont l’arète est souvent
agrémentée de petits glands faits en laine rouge. Certains jeunes
gens, pour en rehausser l’éclat, fixent sur le sommet du cimier un
ornement fait d’étoffes rouges et bleues et qui peut avoir environ
trente centimètres de hauteur. Il ressemble à une véritable crête
de coq. Ses deux faces sont ornées de verroterie et de cauris, et son
bord supérieur est couvert de petits glands en laine rouge. Son bord
inférieur concave a absolument la forme du cimier de la coiffure
auquel il est solidement fixé à l’aide de liens. Quand cette
coiffure est en place, son extrémité antérieure s’avance jusque
sur le front et son extrémité postérieure descend jusqu’à la
nuque. On ne peut certes s’empêcher de reconnaître que tout cela
est élégant au premier chef, mais, ce doit être bien gênant et
bien incommode surtout pour dormir. Impossible de se coucher sur
le dos. La coiffure des femmes est absolument la même que celle
des hommes ; mais elle est bien moins ornée. En général tout le
monde est tête nue.
Le vêtement est des plus simples et des plus primitifs. Le costume
des femmes n’a rien à envier en simplicité à celui de notre
mère Eve. La plupart sont absolument nues ; d’autres portent entre
les jambes une petite bande d’étoffes qui est retenue en avant
et en arrière par une corde passée autour des reins. D’autres
enfin portent un pagne qui ne descend guère qu’à mi-cuisses. En
général, ce sont les femmes mariées qui seules s’affublent de
ces simples atours. Les jeunes filles sont toujours absolument et
complètement nues.
Le costume des hommes est un peu plus compliqué. Outre les vêtements
que nous appellerions volontiers de luxe et que nous avons décrits
plus haut, ils portent encore autour du cou un collier en cuir
ornementé de verroteries et qui, large d’environ cinq centimètres,
forme un véritable carcan. Son diamètre est de trente centimètres
à peu près et il repose gracieusement sur les épaules. Parfois,
mais c’est très rare, ils portent aussi un petit boubou qui,
jamais, du reste, ne descend au-dessous du nombril. Les fesses
sont garanties par un morceau de peau de bœuf ou d’antilope, sur
lequel ils s’asseaient et qui est attaché en avant et au niveau
du pubis par des lanières de cuir destinées à le maintenir en
place. Son extrémité inférieure descend jusqu’à l’union du
quart supérieur de la cuisse avec les trois quarts inférieurs.
Le vêtement antérieur, si je puis m’exprimer ainsi, consiste
simplement en un étui fait de feuilles de rôniers tressées entre
elles et est désigné sous le nom de _Sibo_, du nom du rônier
(_Borassus flabelliformis_) en Malinké. Ils y introduisent
la verge. C’est, en un mot, le _manou_ des Canaques de la
Nouvelle-Calédonie. Je me suis souvent demandé quelle pouvait
être l’utilité d’une semblable gaîne. Ce n’est certes point
un vêtement visant spécialement à l’ornementation. Je serais
plutôt porté à croire qu’il est destiné à la protection, et
j’estime que les peuples qui s’en servent le portent surtout
pour protéger le pénis des piqûres de moustiques. Ce qui me
le ferait supposer, c’est qu’on ne trouve cet étui que chez
les peuplades qui ne connaissent pas d’autres vêtements et qui
habitent dans des régions où l’on rencontre le moustique en
grande quantité. Il est généralement tressé grossièrement. Il
est finement travaillé. Son extrémité antérieure effilée porte
parfois un petit gland fait en laine rouge. Ce sont surtout les
jeunes gens qui recherchent ce dernier ornement.
Quand un Coniaguié se rend à Damentan ou à Yabouteguenda, il
met généralement un mauvais pantalon que lui prête un habitant
d’une de ces deux localités. C’est, du reste, pour eux, une
mauvaise recommandation que de porter un boubou quelconque ou un
pantalon. Je me rappelle encore ce que me disait au sujet d’un chef
de village des environs, le vieux Tounkané, le chef du Coniaguié,
à Yffané. « C’est un brave et bon homme, mais pourquoi porte-t-il
un boubou, cela n’est pas bon ». Le chef est absolument vêtu
comme le plus humble de ses sujets. Il ne porte aucun ornement,
aucun signe particulier qui permette de le distinguer des autres.
Le Coniaguié, habitué de bonne heure à vivre dans la brousse,
est excessivement brave. Il est absolument incapable de pitié, et,
contrairement aux autres peuples du Soudan, peu hospitalier. Ainsi,
pendant les quelques jours que nous sommes restés à Yffané, c’est
avec les plus grandes difficultés que j’ai pu me procurer ce qui
m’était nécessaire pour nourrir mes hommes et mes animaux.
Dans tout le pays, les bestiaux sont attentivement surveillés,
mais ils ne sont pas domestiqués au sens exact du mot ; ils ne
sont qu’apprivoisés.
Nous ne croyons point que les Coniaguiés soient anthropophages ;
mais, par contre, ils feraient, paraît-il, en certaines
circonstances, des sacrifices humains. Nous en reparlerons plus
loin. Nous ne nous sommes pas aperçu de ces pratiques pendant notre
voyage. Nous tenons ce renseignement des habitants du Damentan et
nous ne le relatons ici que sous toutes réserves.
Les parents élèvent leurs enfants absolument comme le pratiquent
les autres peuples noirs du Soudan. Ils ne s’en occupent guère
que pendant leur bas-âge et dès que l’enfant peut manger seul,
on le laisse se « débrouiller » de lui-même. Il mange à la
calebasse commune.
De même, les enfants ne s’occupent guère de leurs parents, sauf
cependant quand ils sont vieux ou impotents et qu’ils ne peuvent
plus travailler. La mère y est bien plus respectée que le père,
et cela résulte évidemment de leurs habitudes de polygamie.