Ces Peulhs sont venus là, mi-partie du Fouta-Diallon, mi-partie

du Fouladougou. Les uns sont des Musulmans fanatiques et les autres

des buveurs de gin enragés. Ils s’adonnent principalement à la

culture et à l’élevage des bestiaux. La plupart ont cherché

dans le Coniaguié un refuge contre les exactions des almamys du

Fouta-Diallon et de Moussa-Molo, le souverain du Fouladougou. Leurs

villages sont, comme partout ailleurs, construits en paille, et,

en général, sales et mal entretenus. Ils vivent là tranquillement

sous la protection des Coniaguiés qui, à l’encontre des autres

peuples, ne les molestent et ne les tracassent jamais.

[Illustration : Groupe de Coniaguiés.]

2o _Malinkés._ — Les Malinkés sont de beaucoup plus nombreux. Ils

forment plusieurs villages qui sont, en général, situés non loin

du village Coniaguié auquel ils empruntent le nom. Ces villages sont,

pour la plupart, construits en paille. On n’y trouve que fort peu de

cases en terre bâties comme celles des autres pays Malinkés. Pas de

tatas. Le village est simplement entouré d’une légère palissade

faite en tiges de mil. Voici les noms de ces villages :

Tamba-Coumba-Coto.

Navaré-Maninka-Counda.

Iguigui-Maninka-Counda.

Yffané-Maninka-Counda (Il y a trois petits villages Malinkés

de ce nom autour du village Coniaguié).

Uttiou-Maninka-Counda.

Yokounkou-Maninka-Counda (Trois villages Malinkés de ce nom

autour du village Coniaguié).

Kidaqui-Maninka-Counda.

Tatini-Maninka-Counda.

Idiri-Maninka-Counda (Trois villages Malinkés de ce nom).

Feddé-Maninka-Counda (Trois villages Malinkés de ce nom).

La population de ces différents villages forme un total d’environ

1,500 ou 2,000 habitants. Les Malinkés du Coniaguié sont, en grande

partie, venus du N’Ghabou aujourd’hui Fouladougou, chassés par

la guerre sans merci que leur firent Moussa-Molo et son père. Ils

sont pour la plupart musulmans et s’adonnent spécialement à

la culture. Beaucoup d’entre eux se livrent en même temps au

commerce. Ce sont eux qui, en grande partie, introduisent dans

le pays les quelques étoffes, le sel, la verroterie, etc., etc.,

dont font usage les Coniaguiés. C’est surtout à Mac-Carthy et

à Yabouteguenda qu’ils se procurent tout ce dont ils ont besoin

pour leur commerce. Bien qu’ils vivent en très bonne intelligence

avec leurs hôtes qui ne les pillent et ne les rançonnent jamais,

ils seraient très heureux de voir le pays soumis à l’influence

française ; car ils ne doutent pas que la paix la plus profonde

y règnerait alors et qu’ils pourraient faire leur petit trafic

en toute sécurité. Pendant notre séjour dans le Coniaguié, les

Malinkés d’Yffané me rendirent de signalés services et ce fut

à eux que mes hommes durent de ne pas souffrir de la faim.

La majorité des Malinkés du Coniaguié appartient à la grande

famille Mandingue des Dioulas. Je ferai remarquer à ce propos qu’il

importe de ne pas confondre la famille des Mandingues Dioulas avec les

commerçants auxquels les Européens donnent ce nom. C’est à tort

que nous appelions ces colporteurs Dioulas, car cette appellation

qui peut s’appliquer aussi bien à des Ouolofs, des Sarracolés,

des Bambaras, etc., etc., qu’à des Malinkés, peut donner lieu à

des confusions contre lesquelles il est important que le lecteur se

mette en garde. Peut-être l’origine de cette expression vient-elle

de ce que les Malinkés Dioulas de la rive droite du Niger sont

surtout marchands ambulants. On aurait alors, à la longue, donné

ce qualificatif à tous les colporteurs du Soudan à quelque race

qu’ils appartiennent. On a toutefois toujours soin d’y ajouter

le nom de leur nationalité. Ainsi on dira : un dioula Malinké,

un dioula Sarracolé, un dioula Peulh, etc., etc. Mais si l’on

parle d’un Malinké de la famille des Dioulas on dira : un dioula

au même titre que l’on dit : un Tarawaré, un Sisoko.

3o _Coniaguiés._ — Les Coniaguiés sont de beaucoup les plus

nombreux. Ils forment un grand nombre de villages dont voici les

noms :

Karakaté.

Iguigui.

Benania.

Ouraké.

Poumoukia.

Tianané.

Kogani-Counda.

Yffané (résidence du chef du pays).

Ceddé.

Oussou (No 1).

Oussou (No 2).

Yokounkou.

Ygguissaia (No 1).

Ygguissaia (No 2).

Oussouqui (No 1).

Iviri.

Akoungou.

Bambou.

Cotta.

Kounkali (No 1).

Kounkali (No 2).

Yalloupadinia.

Uttiou.

Tiékaia.

Ouiané.

Ypparé.

Oussouqui (No 2).

Navaré.

Boumbou.

Boutinti.

Tatini.

Countifounti.

Tafoumaia.

Batianké.

Tiakourou.

Nouma.

Paqueni.

Oulousato.

Kidaqui.

D’où vient cette peuplade ? Quelle est son origine ? A quelle

grande race du Soudan pouvons-nous la rattacher. Je reconnaîtrai

franchement qu’à ce sujet, je n’ai pas une opinion encore bien

arrêtée. Je me contenterai de rapporter ici les versions diverses

que j’ai recueillies à leur sujet. Je ne crois point qu’il faille

les rattacher à la famille des Kroumens de la côte de Guinée,

bien que leur costume, leur aspect extérieur et leurs mœurs

permettent de les confondre avec ces derniers. Ils en diffèrent

profondément par des caractères anthropologiques qui ne peuvent

laisser aucun doute et sur lesquels nous aurons occasion de revenir

plus loin. De même, j’estime que rien ne nous permet et de les

rattacher à la grande famille des Sarracolés ou Soninkés. Certaines

cartes portent, en effet, comme celle de Vallière, que toute cette

région est habitée par des Soninkés. Cela provient, à n’en

pas douter, d’une erreur facile à expliquer. L’opinion dont

m’a fait souvent part mon excellent ami, le capitaine Roux, de

l’infanterie de marine, me semble des plus plausibles et je crois

devoir la mentionner ici. D’après lui, cette erreur proviendrait

de ce que, à Bady et dans tout le Tenda-Touré, on se sert souvent

de l’expression « nous autres, Soninkés ». Ce qui ne veut pas

dire du tout qu’ils appartiennent à la race Sarracolée, mais

bien : « hommes restés buveurs, » comme le dit Hecquart et non

« hommes restés païens, » comme le disent d’autres auteurs.

Pour moi, j’opinerais volontiers pour les rattacher à la famille

des Malinkés. Mais alors, nous aurions affaire à des Malinkés

dégénérés ou plutôt à des Malinkés restés absolument à

l’état sauvage. Selon toutes probabilités, les Bassarés,

les Coniaguiés et d’autres familles établies dans le Haut

N’ghabou ont eu leur berceau sur les bords du Niger, qu’ils

ont abandonné avec la grande émigration de Koli-Tengrela vers

le XIVe siècle. Cette émigration s’est répandue dans toute la

vallée du Haut-Sénégal, et un groupe principal est descendu dans

le Fouta-Diallon. On peut supposer que quelques familles, fuyant

devant les agressions incessantes des Peulhs, se sont réfugiées

dans les forêts de la rive gauche de la Gambie. Traquées ensuite

comme des animaux, aux prises avec la faim et les bêtes féroces,

elles ont dû mener là une existence des plus misérables. Les

Coniaguiés et les Bassarés pourraient être regardés comme les

derniers descendants de ces familles errantes.

Mais c’est là, bien entendu, une simple supposition : certains

caractères que nous avons pu constater chez ces peuplades et surtout

une grande parenté de langage nous permet de la regarder comme

vraisemblable. Du reste, les griots que nous avons interrogés à ce

sujet, les chefs que nous avons questionnés et, parmi eux, notre

ami Abdoul-Séga, l’intelligent chef de Koussan-Almamy (Bondou),

ne mettent pas en doute l’origine Mandingue de ces peuplades. Leur

opinion ne diffère guère de la nôtre que sur l’époque à

laquelle aurait eu lieu cette migration. D’après eux, elle serait

de beaucoup antérieure à celle de Koli-Tengrela. Nous ne croyons

cependant pas qu’il en soit ainsi ; car nous n’avons trouvé

nulle part trace de leur passage avant cette époque. S’il en

était ainsi, il faudrait admettre, ce qui serait beaucoup plus

vraisemblable, que les Coniaguiés et les Bassarés sont absolument

originaires du bassin de la Haute-Gambie. Ce que nous ne saurions

admettre, étant donné surtout ce que nous savons des migrations

de la race Mandingue.

Une autre version, aussi vraisemblable que la précédente

sur l’origine des Coniaguiés et des Bassarés, est

la suivante. D’après les renseignements que j’ai pu

recueillir, ce ne seraient que des captifs qui auraient fui en

masse le Fouta-Diallon, et auraient cherché là, sur ces plateaux

difficilement accessibles, un refuge contre les Peulhs, leurs anciens

maîtres. Le Bondou était autrefois, avant sa colonisation par

Malick-Sy et ses Toucouleurs, habité par de nombreuses populations

Malinkées, absolument sauvages, dont les Badiars, les Oualiabés,

etc., etc., étaient les principales. Maka-Guiba, un des successeurs

de Malick-Sy, voulant reconquérir le pays et rétablir l’autorité

de ses ancêtres, fut puissamment aidé dans ses campagnes par

les bandes de ses cousins alors almamys du Fouta-Djallon. Ceux-ci

envoyèrent pour le secourir une armée de plus de 20,000 hommes,

lesquels, la guerre terminée, rentrèrent dans leur pays, chargés

de butin et emmenant en captivité la plus grande partie de ces

peuplades Malinkées dont, aujourd’hui, nous ne retrouvons plus de

traces dans le Bondou. Ceci étant admis, d’une façon générale,

ne pourrait-on pas en conclure que ces captifs s’enfuirent un beau

jour et vinrent se réfugier dans les forêts de la Haute-Gambie,

dans le N’ghabou ? Les Coniaguiés et les Bassarés seraient donc

les descendants des Badiars, Oualiabés, etc., etc., qui peuplaient

autrefois le Bondou. Ce qui permettrait d’accepter cette manière

de voir, c’est que, dans les pays voisins, quand on demande des

renseignements sur leur origine, on ne peut obtenir que ceci, c’est

que ce sont d’anciens captifs du Fouta-Djallon. Quoiqu’il en

soit, nous pouvons aisément, d’après tout cela, admettre que ce

sont des peuplades d’origine Mandingue. Toutefois, nous tenons à

faire, à ce sujet, toutes réserves. La question reste pendante et

tout ce que nous venons d’en dire n’est que suppositions. Une

étude ethnographique plus complète que la nôtre pourrait seule

résoudre cet intéressant problème scientifique.

Les villages Coniaguiés sont, en général, beaucoup plus propres

et mieux entretenus que la plupart des villages des autres pays

Soudaniens que nous avons visités. Ils présentent aussi un tout

autre aspect. La forme des cases diffère complètement de celles que

nous avons vues jusqu’à ce jour. Elles sont rondes et construites

en bambous tressés. Leurs dimensions sont des plus petites, environ

deux mètres à deux mètres cinquante centimètres de diamètre sur

deux mètres cinquante centimètres à trois mètres de hauteur. La

porte s’élève jusqu’au toit, et, de chaque côté d’elle, se

dressent jusqu’au dessus du toit les deux bambous qui lui servent

de montants. Le toit est petit, plus élevé que celui des cases des

autres Noirs, et son bord dépasse de fort peu le corps de la case. Ce

qui leur donne absolument l’aspect d’une ruche d’abeilles. Le

sommet du chapeau est souvent terminé par un ornement en bambou. Il

est formé par un morceau de bois vertical qui sert de support,

sur lequel est fixé un autre morceau de bois en forme de croissant

dont la partie convexe regarde le ciel et supporte des morceaux de

bambous d’environ quinze centimètres de longueur.

La case est immédiatement construite sur le sol qui a été

bien battu au préalable. Pendant la nuit la porte est fermée à

l’aide d’une natte grossièrement faite à l’aide de chaumes de

Graminées ou de tiges de Cypéracées, nattes qui sont connues dans

tout le Soudan sous le nom de _Sécos_. Au milieu de la case se trouve

une petite dépression de terrain de 0m40 environ de diamètre et qui

tient lieu de foyer. Quant au mobilier, il est des plus primitifs :

une natte ou de la paille sur laquelle couche le propriétaire et

voilà tout.

En général, une case n’est habitée que par un seul individu,

homme ou femme. Les enfants, jusqu’à ce qu’ils soient

nubiles, habitent généralement, de préférence, avec la

mère. Contrairement à ce qui se passe chez les autres peuples

du Soudan, les femmes, chez les Coniaguiés et les Bassarés, ne

travaillent pas à la construction des habitations. Ce soin incombe

uniquement aux hommes. C’est, du reste, un travail peu fatiguant et

l’édification de ces demeures primitives demande peu de temps. Huit

ou dix pieux en bois sont disposés en cercle et solidement fichés

en terre. Sur ces pieux sont attachés à l’aide de lianes ou de

cordes de bambous, la grande natte de bambous qui formera les parois

de l’habitation. Au-dessus, se place le toit, également en bambou

ou en chaume et muni de son ornement particulier. Un ou deux jours

au plus sont amplement suffisants pour cette besogne.

Les cases du chef du pays, à Yffané, sont placées au centre d’un

quadrilatère dont les côtés sont formés par des rangées de cases

semblables à celles que nous venons de décrire. L’ouverture en

est dirigée toujours dans le même sens et regarde les derrières de

la case voisine. Ces cases sont peu espacées les unes des autres,

environ un mètre au plus. Elles sont habitées par les jeunes

gens non mariés du village, qui forment, pour ainsi dire, la

garde particulière du chef. Ils y habitent seuls et sont toujours

armés. Rarement, ils s’éloignent tous du village, et dans les

expéditions, ils escortent le chef.

Le Coniaguié est un noir de haute stature. Les hommes de petite

taille sont relativement rares. La moyenne est d’environ un mètre

soixante-douze centimètres. La coloration de leur peau est un peu

moins foncée que celle de la peau du Ouolof et rappelle plutôt

celle du Malinké. Les membres inférieurs sont généralement longs

relativement aux membres supérieurs. Les cuisses sont assez fortes

mais les mollets sont grêles. Les membres supérieurs grêles, en

général, sont d’une longueur démesurée et leur mensuration,

prise de l’articulation scapulo-humérale à l’extrémité du

médius, permet de constater qu’ils atteignent aisément le bord

supérieur de la rotule. Les cheveux sont crépus. La face revêt

à un degré moins prononcé le caractère simiesque de celle du

Malinké. Le nez est moins épaté, les lèvres moins lippues

et l’angle facial est plus ouvert. Le prognathisme est moins

prononcé. Les pectoraux sont bien développés, et les organes des

sens, la vue et l’ouïe, sont excessivement subtils. Cela tient

évidemment au genre de vie qu’ils mènent et à la vie de plein

air à laquelle ils sont condamnés dès leur enfance.

La femme diffère peu des négresses des autres races

soudaniennes. Toutefois elle nous a semblé plus forte et mieux

musclée. Sa face est également moins repoussante et ses membres

inférieurs mieux développés. Sa taille est à peu près la même.

Les Coniaguiés se nourrissent absolument comme les autres peuples

du Soudan. C’est le couscouss, farine de mil, de maïs ou de fonio

et le riz qui constituent la base de leur alimentation. Ils les

mangent cuits simplement à l’étuvée ou mélangés avec de la

viande de bœuf, de mouton, de chèvre ou de poulet ou bien encore

de gibier quelconque : antilope, biche, gazelle, sanglier, etc.,

etc. Ce sont les femmes qui préparent les repas, et, contrairement

à ce qui se passe dans le reste du Soudan, elles mangent souvent

avec leurs enfants à la même calebasse que les hommes. Chez eux,

comme chez les peuples que nous avons déjà visités au Soudan,

le quartier de devant d’un animal abattu est toujours le morceau

réservé aux chefs. Ce sont des buveurs effrénés, et ils ont un

penchant tout particulier pour les liqueurs alcooliques, le genièvre

surtout, que les dioulas leur procurent ou qu’ils vont chercher à

Yabouteguenda et parfois jusqu’à Mac-Carthy. Ils ne fabriquent

pas de dolo, cette sorte de bière de mil dont les Bambaras et

les Malinkés sont si friands. Par contre, ils affectionnent tout

particulièrement le sel et les substances excitantes : piments,

poivre, gingembre. Ils vont souvent à Yabouteguenda échanger

leur beurre de Karité contre quelques sacs de cet excellent sel

qu’importe en si grande quantité en Gambie la Compagnie Française

de la côte occidentale d’Afrique. Quant aux piments, poivre et

gingembre, ils les trouvent sur place.

Le Coniaguié n’est pas tatoué. Cette coloration bleue des lèvres

et des gencives, si estimée des élégantes des pays Malinkés et

Toucouleurs, y est absolument inconnue. On se contente d’enduire

les cheveux de beurre de Karité. Par exemple, tous ont un faible

tout particulier pour les odeurs quelles qu’elles soient. Les

hommes ont pour les parures un goût bien plus prononcé que les

femmes. Ils se perforent les oreilles, et y portent des boucles soit

en fer soit en cuivre. Ils se procurent ce dernier métal surtout à

Mac-Carthy. Ces boucles d’oreilles droites et rigides sont surtout

portées par les jeunes gens. Ou bien elles sont simples, ou bien,

elles sont doubles. Dans ce dernier cas, elles sont très longues

et tombent presque sur les épaules. On peut y remarquer en plus un

détail curieux. L’anneau qui entre dans le pertuis pratiqué au

lobule de l’oreille porte un appendice dirigé en dehors, lequel

se termine par une petite boule supportant un gland fait de laine

rouge. Le rouge, est, du reste, la couleur la plus appréciée par

cette peuplade primitive. La longueur de la boucle d’oreille simple

ne dépasse pas quatre à cinq centimètres. Presque tous les hommes

ont les bras couverts de bracelets soit en fer, soit en cuivre. Ils

portent, de plus, une ceinture faite, en général, de cuir sur

lequel sont cousus en grande quantité des perles en verroterie et en

corail. A cette ceinture, et tout le tour du corps sont attachés de

petits bouts de cordes d’environ vingt centimètres de longueur,

à l’extrémité desquels sont attachées des sortes de lames de

fer très minces recourbées sur elles-mêmes. En s’entrechoquant

pendant la marche, elles produisent un bruit de ferraille qui les

remplit d’aise.

La circoncision se pratique sur l’homme et sur la femme. Cette

opération donne partout lieu à des fêtes comme dans les autres

pays Soudaniens, du reste. Elle se pratique sur les enfants vers

l’âge de quinze ans. De même que les Kroumens et certaines

familles Malinkées du Ouassoulou, les Coniaguiés se liment en

pointe les incisives de la mâchoire supérieure. Cette opération

se fait parfois aussi sur celles de la mâchoire inférieure ;

mais elle est généralement assez rare.

La coiffure des hommes et celle des femmes est la même. Elle

ressemble à s’y méprendre à celle des femmes Toucouleures du

Bondou, des Khassonkées et des Peulhes du Fouladougou. C’est

absolument le même cimier de casque dont l’arète est souvent

agrémentée de petits glands faits en laine rouge. Certains jeunes

gens, pour en rehausser l’éclat, fixent sur le sommet du cimier un

ornement fait d’étoffes rouges et bleues et qui peut avoir environ

trente centimètres de hauteur. Il ressemble à une véritable crête

de coq. Ses deux faces sont ornées de verroterie et de cauris, et son

bord supérieur est couvert de petits glands en laine rouge. Son bord

inférieur concave a absolument la forme du cimier de la coiffure

auquel il est solidement fixé à l’aide de liens. Quand cette

coiffure est en place, son extrémité antérieure s’avance jusque

sur le front et son extrémité postérieure descend jusqu’à la

nuque. On ne peut certes s’empêcher de reconnaître que tout cela

est élégant au premier chef, mais, ce doit être bien gênant et

bien incommode surtout pour dormir. Impossible de se coucher sur

le dos. La coiffure des femmes est absolument la même que celle

des hommes ; mais elle est bien moins ornée. En général tout le

monde est tête nue.

Le vêtement est des plus simples et des plus primitifs. Le costume

des femmes n’a rien à envier en simplicité à celui de notre

mère Eve. La plupart sont absolument nues ; d’autres portent entre

les jambes une petite bande d’étoffes qui est retenue en avant

et en arrière par une corde passée autour des reins. D’autres

enfin portent un pagne qui ne descend guère qu’à mi-cuisses. En

général, ce sont les femmes mariées qui seules s’affublent de

ces simples atours. Les jeunes filles sont toujours absolument et

complètement nues.

Le costume des hommes est un peu plus compliqué. Outre les vêtements

que nous appellerions volontiers de luxe et que nous avons décrits

plus haut, ils portent encore autour du cou un collier en cuir

ornementé de verroteries et qui, large d’environ cinq centimètres,

forme un véritable carcan. Son diamètre est de trente centimètres

à peu près et il repose gracieusement sur les épaules. Parfois,

mais c’est très rare, ils portent aussi un petit boubou qui,

jamais, du reste, ne descend au-dessous du nombril. Les fesses

sont garanties par un morceau de peau de bœuf ou d’antilope, sur

lequel ils s’asseaient et qui est attaché en avant et au niveau

du pubis par des lanières de cuir destinées à le maintenir en

place. Son extrémité inférieure descend jusqu’à l’union du

quart supérieur de la cuisse avec les trois quarts inférieurs.

Le vêtement antérieur, si je puis m’exprimer ainsi, consiste

simplement en un étui fait de feuilles de rôniers tressées entre

elles et est désigné sous le nom de _Sibo_, du nom du rônier

(_Borassus flabelliformis_) en Malinké. Ils y introduisent

la verge. C’est, en un mot, le _manou_ des Canaques de la

Nouvelle-Calédonie. Je me suis souvent demandé quelle pouvait

être l’utilité d’une semblable gaîne. Ce n’est certes point

un vêtement visant spécialement à l’ornementation. Je serais

plutôt porté à croire qu’il est destiné à la protection, et

j’estime que les peuples qui s’en servent le portent surtout

pour protéger le pénis des piqûres de moustiques. Ce qui me

le ferait supposer, c’est qu’on ne trouve cet étui que chez

les peuplades qui ne connaissent pas d’autres vêtements et qui

habitent dans des régions où l’on rencontre le moustique en

grande quantité. Il est généralement tressé grossièrement. Il

est finement travaillé. Son extrémité antérieure effilée porte

parfois un petit gland fait en laine rouge. Ce sont surtout les

jeunes gens qui recherchent ce dernier ornement.

Quand un Coniaguié se rend à Damentan ou à Yabouteguenda, il

met généralement un mauvais pantalon que lui prête un habitant

d’une de ces deux localités. C’est, du reste, pour eux, une

mauvaise recommandation que de porter un boubou quelconque ou un

pantalon. Je me rappelle encore ce que me disait au sujet d’un chef

de village des environs, le vieux Tounkané, le chef du Coniaguié,

à Yffané. « C’est un brave et bon homme, mais pourquoi porte-t-il

un boubou, cela n’est pas bon ». Le chef est absolument vêtu

comme le plus humble de ses sujets. Il ne porte aucun ornement,

aucun signe particulier qui permette de le distinguer des autres.

Le Coniaguié, habitué de bonne heure à vivre dans la brousse,

est excessivement brave. Il est absolument incapable de pitié, et,

contrairement aux autres peuples du Soudan, peu hospitalier. Ainsi,

pendant les quelques jours que nous sommes restés à Yffané, c’est

avec les plus grandes difficultés que j’ai pu me procurer ce qui

m’était nécessaire pour nourrir mes hommes et mes animaux.

Dans tout le pays, les bestiaux sont attentivement surveillés,

mais ils ne sont pas domestiqués au sens exact du mot ; ils ne

sont qu’apprivoisés.

Nous ne croyons point que les Coniaguiés soient anthropophages ;

mais, par contre, ils feraient, paraît-il, en certaines

circonstances, des sacrifices humains. Nous en reparlerons plus

loin. Nous ne nous sommes pas aperçu de ces pratiques pendant notre

voyage. Nous tenons ce renseignement des habitants du Damentan et

nous ne le relatons ici que sous toutes réserves.

Les parents élèvent leurs enfants absolument comme le pratiquent

les autres peuples noirs du Soudan. Ils ne s’en occupent guère

que pendant leur bas-âge et dès que l’enfant peut manger seul,

on le laisse se « débrouiller » de lui-même. Il mange à la

calebasse commune.

De même, les enfants ne s’occupent guère de leurs parents, sauf

cependant quand ils sont vieux ou impotents et qu’ils ne peuvent

plus travailler. La mère y est bien plus respectée que le père,

et cela résulte évidemment de leurs habitudes de polygamie.

Dans la Haute-Gambie · 第 28 / 54 段