centimètres, à l’état de maturité complète, et de couleur
rougeâtre. Il renferme plusieurs graines noirâtres, ovales,
ressemblant beaucoup à celles de l’_Amomum Melegueta_ Rosc., que
nous avons trouvé en quantité notable dans le Niocolo. Il s’ouvre
spontanément quand il est sec. La floraison a lieu en septembre,
et les fruits sont mûrs en novembre et décembre. La racine est
un rhizôme, dont le diamètre est d’environ un centimètre à
un centimètre et demi. Sa couleur est légèrement jaunâtre. Il
acquiert de grandes dimensions, prolifère très rapidement, et le
lit des marigots du Damentan en est littéralement tapissé. A des
distances qui varient de deux à cinq centimètres, il présente
des bourrelets assez saillants, d’où émanent les rejets de
la plante. Ce rhizôme se casse facilement, et sa chair présente
une belle couleur blanche. Cette chair est, de plus, excessivement
aqueuse.
Toutes les parties du Belancoumfo exhalent une odeur poivrée très
prononcée, qui rappelle beaucoup celle du gingembre. Le rhizôme
possède cette odeur à un degré bien plus pénétrant que les
feuilles ou les graines. Le goût en est également poivré. On
sait que les noirs aiment beaucoup cette saveur. Aussi mangent-ils
souvent, surtout dans les régions où il croît un petit fragment
de Belancoumfo, pour « se donner la bonne bouche » (_sic_).
C’est surtout dans les Rivières du Sud, à partir de la Casamance,
que les Noirs se servent du Belancoumfo comme tænifuge. Suivant
les régions, ils se l’administrent sous forme de décoction,
d’infusion ou de macération. Dans la Haute-Gambie, le Bondou, le
Soudan et le Sénégal, ce sont surtout ses propriétés purgatives
qui sont appréciées. Je dirai même que je n’y ai rencontré
que fort peu d’indigènes qui connaissent ses propriétés
tænifuges. Voici comment on s’en sert dans ce cas. On peut
administrer le rhizôme de Belancoumfo soit à l’état frais,
soit sec. Frais, on le mange tel quel. Deux fragments de 10 à 15
centimètres de longueur suffisent pour provoquer une abondante
diarrhée. On le coupe encore en petits fragments, de trois
centimètres environ de longueur, que l’on met à macérier
pendant vingt-quatre heures dans l’eau froide. On décante et
on boit environ un verre et demi de cette liqueur après y avoir
ajouté un peu de sel. — Si, au contraire, le rhizôme est sec,
on le pile et la poudre ainsi obtenue est mise à infuser dans
l’eau tiède pendant douze à quinze heures environ. Ceci fait,
on décante et l’on boit environ un verre de la liqueur ainsi
obtenue après y avoir ajouté un peu de sel. Dans les deux cas,
on obtient un effet purgatif violent. La dose de poudre à employer
est de soixante à quatre-vingts grammes par litre d’eau.
M. le professeur Schlagdenhauffen, de Nancy, a isolé le principe
actif de cette plante. C’est une huile essentielle qui possède
à un haut degré les propriétés tænifuges. Il résulte des
expériences absolument concluantes faites par MM. Heckel et
Dujardin-Beaumetz que vingt gouttes de cette huile enfermées dans
une capsule de gélatine et administrées au réveil, suffisent
pour provoquer l’expulsion d’un tænia. Il est bon, afin de
hâter l’évacuation, d’administrer deux heures après une dose
d’huile de ricin.
Le grand avantage de ce tænifuge est de ne provoquer ni nausées,
ni vertiges, et d’agir rapidement.
_22 décembre._ — A trois heures et demie du matin, je réveille
tout mon monde et à quatre heures nous nous mettons en route. La
nuit a été très bonne et nous avons tous très bien dormi. Malgré
l’heure matinale, les préparatifs du départ sont rapidement
faits. Les porteurs marchent bien et la route est très belle. Elle
parcourt d’abord la partie Sud du plateau sur lequel nous avons
campé ; puis par une pente assez raide, nous arrivons dans une
petite vallée où nous traversons le marigot de _Niantafara_ à 4
h. 50. Ce marigot est tributaire de la Rivière-Grey. A 6 heures 45,
nous traversons le marigot de _Filandi_, à 7 heures 35 celui de
_Nomandi_, qui forme la séparation entre le pays de Damentan et
celui des Coniaguiés. Enfin, à 7 heures 45, nous franchissons le
marigot de _Talidian_ sur les bords duquel nous faisons la halte.
Pendant que nous prenions un peu de repos, Sandia aperçut dans
la brousse, à gauche de la route que nous suivions, quatre grands
gaillards qui s’enfuyaient à toutes jambes dans la forêt. Fodé,
le guide que me donna le chef de Damentan, courut aussitôt après
eux, les appela, se fit reconnaître et enfin les décida à venir
nous rejoindre. C’étaient des Coniaguiés venus dans cette région
chasser la grosse bête. En m’apercevant, leur premier mouvement
est de reculer ; mais ils s’enhardissent et s’avancent vers
moi. Je leur tends la main, malgré toute la répugnance qu’ils
m’inspirent. Car, je n’ai jamais rien vu d’aussi sale et
d’aussi dégoûtant. Leur taille élevée, leur coiffure et
leur costume tout particulier, que nous décrirons plus loin, me
prouvèrent que Sandia ne m’avait pas trompé. Je leur souhaite la
bienvenue et leur demande de me conduire auprès de leur chef. Ils
y consentent volontiers et l’un d’eux même, qui paraissait
être supérieur aux autres fit, à ce sujet, une plaisanterie
assez intelligente que je tiens à relater ici : A la question que
lui posa Fodé, notre guide, il répondit d’un petit air malin :
« Nous étions venus ici pour chasser et nous n’avons encore rien
tué, mais nous retournerons quand même avec vous, car nous avons
trouvé un blanc. C’est la meilleure chasse que nous puissions
faire et cela nous portera bonheur ». Ils m’offrirent alors un
gigot de biche grillé qu’ils tirèrent d’une peau de bouc de
propreté plus que douteuse. Je l’acceptai tout en me promettant
bien de ne pas y toucher, et, en échange, je leur fis donner, par
Almoudo, quelques poignées de sel. Ce petit cadeau eut l’air de
leur plaire beaucoup et ils m’en remercièrent vivement. Je donnai
alors le signal du départ. Les Coniaguiés prirent la tête de la
colonne, et à 8 heures, nous nous remîmes en marche sous un soleil
brûlant. A 8 heures 35, nous traversons un petit marigot que l’on
me dit être celui de _Poutou-Pata_. Nous longeons alors une vaste
plaine marécageuse que nous parcourons de l’Ouest à l’Est et
à l’extrémité de laquelle on traverse de nouveau, à 9. h. 15,
le marigot de Poutou-Pata. Cette disposition m’intriguant beaucoup,
car je ne pouvais me figurer qu’à si peu de distance je puisse
retrouver le même cours d’eau, Fodé, que j’interrogeai à
ce sujet, me tira d’embarras en m’expliquant qu’à peu de
distance à l’Est du point où nous avions franchi la première
fois ce marigot, il se divisait en deux branches, l’une Ouest et
l’autre Est. Cette dernière est de beaucoup plus importante que la
première. Elle peut avoir six mètres de largeur environ et un mètre
de profondeur à l’endroit où nous l’avons traversée. Pendant
la saison des pluies sa largeur triplerait et sa profondeur serait
bien plus grande également. Le courant, qui y est à peu près nul
en la saison où nous sommes, serait relativement rapide pendant
l’hivernage. La branche Ouest est insignifiante. Ce n’est
qu’un petit ruisseau bourbeux qui n’a pas plus de deux mètres de
largeur. L’espace compris entre les deux branches est un véritable
marécage à fond d’argile et couvert de plantes aquatiques.
A une centaine de mètres environ de la branche Est du marigot de
Poutou-Pata, le terrain s’élève sensiblement. Par une pente
douce de deux kilomètres de longueur environ, on arrive sur un
vaste plateau formé d’argiles compactes excessivement boisé et
où croît une brousse épaisse. A trois kilomètres du marigot de
Oudari, le terrain s’abaisse légèrement et l’on arrive ainsi
sur les bords de ce petit cours d’eau où nous devons camper. Il
est 11 h. 5 quand nous y arrivons. Cinq cents mètres environ avant
de faire halte, nous avions relevé sur la route le passage d’une
troupe d’éléphants. Elle devait être nombreuse, à en juger par
les traces qu’elle avait laissées. Sur un espace de plusieurs
centaines de mètres à droite et à gauche de la route, le sol
était absolument bouleversé, des arbres relativement volumineux
étaient renversés et l’herbe avait complètement disparu. En
voyant tout ce désordre, Almoudo se mit à rire bruyamment. Je lui
demandai le motif de cette gaieté qui me surprenait chez un garçon
habituellement taciturne et réservé. « Eh ! eh ! me dit-il,
l’aphant y en a beaucoup rigolé, va, y a content pour faire
bêtises ». J’avoue qu’à cette réponse je ne pus m’empêcher
d’éclater de rire moi-même.
L’aspect géologique du terrain que nous avons parcouru du marigot
de Bamboulo à celui de Oudari est bien peu différent de celui des
terrains que nous avons antérieurement visités. Ce n’est qu’une
succession de plateaux argileux et ferrugineux séparés les uns des
autres, à peu de distance par de petites vallées marécageuses
à sol d’argile où coulent les marigots. Pas la moindre trace
de latérite.
Au point de vue botanique, les télis sont peu nombreux, et
nous ne trouvons que les essences que nous avons précédemment
signalées. Mentionnons particulièrement quelques Karités de la
variété Mana, et d’énormes plantes grasses. Les lianes Saba
et Delbi y sont excessivement abondantes, et y acquièrent des
proportions énormes.
La direction générale du marigot de Bamboulo à celui de Oudari,
est Sud-Sud-Est et la distance qui les sépare est de 31 kilomètres
environ.
A peine sommes-nous arrivés à l’étape, que les hommes de
Damentan et ceux de Sandia me construisent, en peu de temps,
sous la direction d’Almoudo, un gourbi fort confortable. Mes
quatre Coniaguiés s’en mêlent, et ce ne sont pas les moins
actifs ni les plus maladroits. A midi tout est terminé, et chacun
s’est construit un petit abri en branchages, pour se garantir des
ardeurs du soleil. Notre camp est situé à l’ombre d’un superbe
Cail-cédrat, autour duquel s’enroule une liane à caoutchouc,
un vrai Saba, énorme et couverte de fruits qui, malheureusement,
ne sont pas encore mûrs. Je la saigne dans la soirée, et elle me
donne, malgré le vent d’Est, un suc relativement abondant.
La journée se passa sans incidents et sans fatigue et, à la nuit
tombante, tout le monde se coucha autour des feux, car la température
s’était considérablement refroidie. Pour moi, je m’enroulai
dans ma couverture et m’endormis aussitôt.
_23 décembre._ — La température, un peu froide pour les
indigènes qui grelottent littéralement au réveil, est excellente
pour moi. Tout le monde a bien dormi. Je fais lever le camp à
quatre heures et demie, et à cinq heures nous nous mettons en
route. Les porteurs marchent bien, et tous sont animés de la
meilleure volonté. A quelques centaines de mètres du campement,
nous sommes obligés de traverser le marigot de Oudari, dont les
bords sont couverts d’une luxuriante végétation. Le passage
est très pénible, car son lit est encombré de branches mortes
et de racines. Je suis obligé de descendre de cheval. On fait
d’abord passer l’animal, et je suis porté sans accident, sur
l’autre rive, par Almoudo et Samba, le palefrenier. L’eau y est
peu profonde, 60 centimètres au plus, et la largeur est d’environ
15 mètres.
Ce marigot, comme tous ceux de cette région, est tributaire
de la rivière Grey. La végétation se fait de plus en plus
maigre à mesure que nous avançons vers le Sud-Est, et, à peine
avons-nous traversé le marigot, que nous entrons dans une vaste
plaine argileuse, stérile, de plusieurs kilomètres de largeur
et littéralement couverte de termitières de toutes formes et de
toutes tailles.
Tous les voyageurs qui ont parcouru le Soudan français connaissent
ces constructions bizarres qu’élève un peu partout cet industrieux
insecte que l’on désigne sous le nom de _termite_. Il appartient
à l’ordre des Névroptères et ressemble au premier aspect à
une grosse fourmi blanche dont il a, du reste, les mœurs. On le
rencontre partout au Sénégal et au Soudan, où il prolifère avec
une rapidité surprenante. C’est assurément un des insectes les
plus voraces de ces régions lointaines. Partout et à toutes les
époques de l’année, il faut s’en garer, car il s’attaque
aussi bien au cuir, à la laine, au bois, etc., etc. Que de fois ne
nous est-il pas arrivé, en ouvrant une de nos caisses de provisions,
d’y trouver un nid de ces malfaisants animaux. Aussi, lorsqu’on
campe dans la brousse, faut-il avoir grand soin de placer sur des
pierres assez élevées les objets que l’on veut préserver de
leur atteinte. De même, il ne faut pas négliger de suspendre aux
branches des arbres voisins ou bien aux montants de son gourbi,
ses bottes, guêtres et vêtements ; on risquerait fort, si on ne
prenait pas cette précaution, de constater le lendemain, au réveil,
des dégâts difficiles à réparer ; car c’est surtout la nuit que
le termite commet ses déprédations. Le jour, il se tient caché
au fond de sa cellule où l’on n’accède que par un labyrinthe
de galeries ingénieusement construites. Il habite par colonies
innombrables dans ces édifices bizarres qu’ils savent élever
en peu de temps. Il existe deux types principaux de ces étranges
constructions ; l’un a absolument la forme d’un énorme champignon
à pied volumineux et relativement court. L’autre, tout en hauteur,
affecte les formes les plus curieuses. Ce sont de véritables
tours avec clochetons, pans coupés et gracieuses aiguilles. Le
premier se trouve surtout dans les terrains argileux et le second
dans les terrains ferrugineux et à latérite. Les termites qui les
habitent semblent appartenir à deux variétés différentes. C’est
à l’aide de la terre transportée et enduite par eux d’une
sorte de bave gluante, que ces insectes arrivent en peu de temps
à élever ces importantes constructions. Ils ne travaillent que
pendant la nuit et il est facile de constater le matin ce qui a
été édifié par ces infatigables maçons. Au soleil, la bâtisse
durcit rapidement et acquiert bientôt la solidité du ciment. Nous
en avons vu fréquemment qu’il était difficile d’attaquer à la
pioche. Les indigènes se servent de la terre de termitières pour
construire des murs et surtout pour fabriquer la sole sur laquelle
ils élèvent leurs demeures. Pour cela, on prend des fragments de
termitière que l’on pile. Avec le sable que l’on a ainsi obtenu,
on confectionne en y ajoutant de l’eau une sorte de mortier qui,
lorsqu’il est sec, est excessivement résistant.
A l’intérieur de cet édifice sont creusées des galeries
tortueuses et innombrables où se logent les habitants. Au centre,
se trouve le chef de la colonie, la reine, qui est toujours plus
volumineuse que les autres.
D’après ce que nous venons de dire, on comprendra aisément combien
le termite peut causer de ravages dans les murs de nos constructions
où l’on n’a pu utiliser la chaux. Toute l’argile qui a servi
à les édifier est, en peu d’années, criblée de galeries qui
en diminuent considérablement la solidité. Le termite s’attaque
également au bois. En peu de temps, il détériore les planchers, les
chevrons et nous avons vu des cases de noir s’écrouler parce que
les portants avaient été minés par des milliers de ces insectes.
Comme la fourmi, il est migrateur, mais ce n’est que pendant la
nuit que les colonies changent de résidence. Quand ces déplacements
ont lieu, elles n’oublient rien dans l’habitation qu’elles
quittent et elles emportent leurs provisions et leurs œufs. Il
n’est pas rare de voir ainsi de nombreuses termitières désertes
et abandonnées. C’est la terre de celles-ci que les indigènes
emploient le plus volontiers pour leurs constructions.
Un vaste plateau ferrugineux fait suite à cette triste plaine. Il
s’étend jusqu’au marigot de _Bôboulo_ que nous traversons
à 6 h. 55, et dont le passage, relativement facile malgré la
vase, se fait sans accident. A quelques centaines de mètres
de là nous franchissons un petit marigot sans importance qui en
dépend. Leurs bords sont couverts de beaux bambous qui obstruent la
route et dont les jeunes rameaux nous fouettent désagréablement
la figure. A partir de ce point la route devient de plus en plus
pénible. Les collines et les petites vallées se succèdent sans
interruption et le terrain s’élève d’une façon sensible à
mesure que nous avançons. Au pied des collines coulent des marigots
profonds, à bords à pic et difficiles à traverser. A 8 h. 15 nous
franchissons celui de _Oupéré_. Il est peu large et peu profond,
mais sa traversée présente de réelles difficultés. Son lit est
encombré de roches excessivement glissantes formées de quartz et de
grès ferrugineux et ses bords sont absolument à pic. Ce gué est
très pénible à pratiquer pour les animaux et il ne faut avancer
qu’avec précaution pour éviter des accidents. La végétation
y est puissante et l’on y trouve les belles essences des pays
tropicaux. Du marigot de Oupéré au marigot de _Mitchi_, la route
traverse une verdoyante colline à laquelle succède une fertile
vallée au fond de laquelle coule ce dernier cours d’eau. A 9
h. 23 nous arrivons sur sa rive gauche. La traversée nous a demandé
plus de vingt minutes. Ce marigot est le plus large que nous ayons
rencontré depuis la rivière Grey. Il a environ cinquante mètres
d’une rive à l’autre au point où nous l’avons franchi. Sa
profondeur à cette époque de l’année est à peu près d’un
mètre cinquante centimètres. Sa rive droite, absolument à pic,
est formée d’argiles excessivement glissantes et sa rive gauche
est formée de roches énormes. Au milieu se trouve un petit banc
de sables très fins. La profondeur à cet endroit ne dépasse pas
trente à quarante centimètres. Son lit est partout ailleurs formé
par une couche de vase dans laquelle on enfonce à chaque pas d’une
dizaine de centimètres. Ignorant ce détail, je voulus le passer à
cheval. Mal m’en a pris, car je m’administrai un bain de pied
tel qu’en arrivant sur l’autre bord, je fus obligé de changer
de vêtements des pieds à la tête. Pendant la saison des pluies le
gué n’est pas praticable. Aussi les indigènes ont-ils construit,
pour traverser ce marigot, un véritable pont suspendu qui repose
sur les branches des arbres des deux rives et qui n’est formé que
de bambous et de branchages solidement liés entre eux mais qui ne
reposent au milieu sur aucun pilotis. Il faut être singe ou noir
pour s’aventurer sur une semblable construction. J’ai vu avec
angoisse plusieurs de mes porteurs le franchir avec leur charge sur
la tête. Je n’eus heureusement à regretter aucun accident.
La végétation est sur les bords du marigot de Mitchi remarquable
de vigueur et de force. C’est un enchevêtrement de lianes
et de végétaux de toutes sortes absolument inextricable. Je
n’énumérerai pas toutes les essences que j’y ai reconnues,
nous avons déjà décrit la plupart d’entre elles. Je ne
citerai que le palmier oléifère dont j’ai vu là le premier
échantillon. D’après les renseignements qui m’ont été donnés
il serait assez commun dans toute cette région.
Le _palmier oléifère_ ou _palmier avoira_ (_Elæis Guineensis_
Jacq.), est très-rare au Soudan et au Sénégal. On ne commence
guère à le rencontrer que dans le bassin de la Gambie, et plus on
s’avance dans le Sud, et plus il devient commun. Il se multiplie
rapidement, croît spontanément et ne demande aucune culture. Dans
les pays de production, il donne deux récoltes par an en mars et
en novembre. Chaque pied donne deux ou trois régimes au plus qui
portent un grand nombre de fruits. Ces fruits qui ressemblent à de
grosses cerises, sont formés par un sarcocarpe fibreux et huileux et
contiennent une amande grasse incluse dans un noyau très dur et qui
est connue dans le commerce sous le nom _d’amande de palme_. Ces
fruits donnent une huile qui, sous le nom d’_huile de palme_,
est utilisée avec avantage par nos industriels. Voici comment
les indigènes la fabriquent. Les fruits mûrs sont jetés dans une
fosse de terre entourée d’un petit mur et tapissée de feuilles du
végétal. On y verse une quantité d’eau assez considérable pour
qu’ils y baignent. Puis on les écrase de façon à en détacher
la pulpe. L’opération terminée, on verse encore de l’eau,
on agite violemment et à plusieurs reprises. L’huile apparaît
alors à la surface en écume rougeâtre. On la recueille dans de
grands canaris en terre (sortes de vases) placés sur des brasiers
ardents. Elle est alors soumise à une ébullition prolongée puis
tamisée ensuite dans un grand vase à moitié rempli d’eau. Le
liquide ainsi obtenu est alors écrémé et c’est l’huile de
palme du commerce.
Cette huile est d’un beau jaune orangé. Elle exhale une odeur très
agréable d’iris ou plutôt de violette. Elle rancit rapidement au
contact de l’air. Elle a une saveur douce et se solidifie au-dessous
de 30°. On la désigne alors sous le nom de _Beurre de palme_. Les
indigènes de la Haute-Gambie lui donnent en langue mandingue le nom
de _N’té N’toulou_. Elle sert à assaisonner certains mets qui
ne sont pas à dédaigner.
De l’amande du palmier oléifère, on extrait également une
matière grasse solide, qui peut servir, quand elle est fraîche,
aux mêmes usages que le beurre. Les indigènes ne l’utilisent
pas. L’huile et les amandes de palme donnent lieu, en Gambie, dans
les Rivières du Sud et sur toute la côte occidentale d’Afrique,
depuis Sainte-Marie-de-Bathurst, à des transactions commerciales
relativement importantes.
Du marigot de Mitchi au marigot de _Bankounkou_, la route ne présente
aucune difficulté. Elle traverse un plateau absolument stérile et
dénudé qui se termine au S.-S.-E. par une pente douce qui vient
mourir sur la rive droite du marigot. Nous le traversons à 10
h. 30. Il est peu large, dix mètres au plus, et il y coule toujours
une eau limpide et claire sur un lit formé de petits cailloux de
quartz fortement colorés en rouge par de l’oxyde de fer. J’y
fais une halte de quelques minutes pour permettre aux hommes de
s’y désaltérer.