Le beurre de Karité sert également à panser les plaies. C’est

un excellent cérat et nous en avons obtenu de bons résultats dans

le traitement d’ulcères anciens et pour panser les crevasses de

nos chevaux. Il est également précieux quand on a à soigner des

plaies résultant de brûlures profondes.

Si l’on incise l’écorce du Karité dans toute son épaisseur,

la blessure laisse couler un suc blanc laiteux qui, par évaporation,

donne de la gutta-percha. Nous avons fait, sur place, à ce sujet, les

études les plus complètes, nous nous contenterons de les résumer

ici, notre intention étant de publier prochainement sur cette

importante question un mémoire des plus détaillés. Un Karité,

arrivé à complet développement, ne donne pas plus de 500 grammes

de suc, et encore en pratiquant sur toutes les parties de l’arbre

et aux époques les plus favorables une dizaine d’incisions.

Le rendement diffère suivant les saisons, les heures du jour où

on pratique les incisions, l’âge, l’état des végétaux et

les régions qu’ils habitent.

C’est pendant l’hivernage et à l’époque de la floraison

que le rendement est le plus considérable, c’est-à-dire de la

fin de juin au commencement de février. Pendant la saison sèche,

de mars à juin, il ne faut pas compter sur une récolte abondante.

La quantité de suc obtenue est bien plus faible pendant la journée

que le soir, le matin et la nuit.

L’âge des végétaux influe aussi sensiblement sur le rendement. Il

ne faut pas s’attaquer aux arbres trop jeunes ; car leur suc

contient une proportion d’eau considérable, à tel point qu’il

se coagule difficilement. De plus le produit obtenu n’est pas aussi

bon que lorsque le végétal est plus âgé. Il ne convient pas non

plus d’inciser des Karités trop âgés, car on n’obtient que

des quantités de suc absolument insignifiantes. Il est préférable

de n’opérer que sur des végétaux d’âge moyen et arrivés à

complet développement. C’est là que l’on aura les meilleurs

résultats ; de plus l’arbre ne souffre nullement de ces incisions,

si nombreuses qu’elles puissent être.

Les végétaux sains doivent être préférés à ceux qui sont en

mauvais état, et ceux qui vivent sur les plateaux et les versants

des collines donnent un rendement plus considérable que ceux qui

croissent dans les vallées.

Le suc ainsi obtenu est d’un blanc laiteux, sirupeux. Il poisse les

doigts et les rend collants. On ne peut guère s’en débarrasser

que par le râclage. Il se coagule rapidement sous l’action de

la chaleur solaire et par évaporation. Ce coagulum n’est autre

chose que de la gutta-percha. Si on l’obtient sur l’arbre même,

il est d’un brun rougeâtre et, sous une masse assez épaisse, il

prend la couleur noire chocolat très foncée. Cette coloration est

due, croyons-nous, aux substances colorantes que renferme en plus

l’écorce du végétal. Obtenu dans un vase à l’air libre,

il se présente, au contraire, sous l’aspect d’une masse de

couleur blanchâtre, légèrement teintée en rose ; vu sous une

faible épaisseur, il est absolument opaque. Réduit en boule

et pétri, ce coagulum donne au palper la sensation d’un corps

gras. Nous croyons, en effet, que la gutta du Karité n’est pas

absolument pure et doit contenir des matières grasses en quantité

relativement considérable.

Les indigènes n’extraient pas la gutta du Karité et le suc

qu’il donne ne leur sert à rien. Ils n’en connaissent pas les

propriétés.

Je reçus à Damentan un accueil auquel j’étais loin de

m’attendre ; car il m’avait été dit et répété maintes

fois que les habitants de ce gros village, musulmans fanatiques,

n’étaient que des pillards et des voleurs de grand chemin qui

ne voudraient jamais entrer en relations avec nous. Ma surprise et

ma satisfaction furent donc grandes lorsque j’entendis le chef me

dire qu’ils seraient tous heureux d’être nos amis et qu’il me

priait de parler aux gens du village pour les décider à « venir

avec nous » (_sic_).

Dès que je fus installé dans la belle case qui avait été

préparée à mon intention, il me fit demander s’il pouvait venir

me voir sans me déranger. Almoudo le fit immédiatement entrer ainsi

que ses principaux notables. Je vis un beau vieillard d’environ

65 ans, portant toute sa barbe en pointe et commençant à grisonner

un peu. Figure très intelligente, œil vif, type parfait du métis

Toucouleur et Malinké, et pourtant il se dit Mandingue de pure

race. Alpha-Niabali, tel est son nom, est un fervent musulman. Il

est connu dans tous les environs, Tenda, Coniaguié, Ouli, Niocolo,

etc., etc., comme un marabout fameux, à telles enseignes, qu’on ne

l’appelle guère que Damentan-Moro ou Alpha-Moro (Moro en Mandingue

du Sud signifie Marabout). Par son intelligence, son énergie et

son initiative, il a su se créer là un sort des plus heureux pour

un noir.

A peine fut-il assis, et à peine eûmes-nous échangé les

politesses d’usage et les serrements de main habituels en

pareille circonstance, qu’il me déclara qu’il était très

heureux de me voir. Il avait appris que j’étais resté longtemps

à Nétéboulou, que j’y avais été très malade et qu’il se

disposait à m’envoyer son fils pour me saluer lorsqu’on lui avait

annoncé ma prochaine arrivée. Il désirait beaucoup voir un officier

français dans son village : car il n’ignorait pas tous les mauvais

bruits qu’on faisait courir sur son compte dans tout le pays. Il

voulait être notre ami et faire « un papier avec nous ». Jamais il

n’avait reçu de blancs dans son village, j’étais le premier et

je n’aurais qu’à me louer d’avoir eu confiance en lui et de

ne pas avoir écouté ceux qui avaient voulu m’empêcher de venir

le voir. « Tu peux rester ici tant que tu voudras, tu es chez toi,

Bissimilahi, et je ne vous laisserai manquer de rien ». C’était

la meilleure des réceptions, car, en général, un chef noir

se gardera bien de mal traiter l’hôte auquel il aurait dit :

« Bissimilahi ». C’est dans tout le Soudan le souhait de bienvenue

qui vous assure d’une cordiale hospitalité. Aussi le voyageur

se gardera bien de séjourner longtemps chez celui qui ne le lui

aura pas donné. Sur ces paroles, il me quitta, car il voyait bien

que je n’étais pas encore « fort » et que j’avais besoin de

me « reposer ». « Nous causerons mieux plus tard ». Nous nous

serrâmes de nouveau la main et il sortit de ma case suivi de tous

ceux qui l’avaient accompagné. Il était à peine rentré chez

lui qu’il m’envoya par son fils un superbe bœuf « pour mon

déjeuner » et du couscouss de mil et de riz pour mes hommes, en

si grande quantité que Samba, mon cuisinier, l’estomac le plus

complaisant de ma caravane, déclara qu’on serait « plein »

avant d’avoir tout mangé. Un des hommes de Sandia fit l’office

de boucher et coupa le cou au bœuf. En quelques minutes, il fut

dépouillé et dépecé. Je pus en manger un bon bifteck et je ne

manquai pas d’envoyer à Alpha un quartier de devant. C’est le

morceau qui est toujours donné aux chefs. Le reste fut distribué

entre mes hommes, les gens du Kantora et les habitants du village. Ce

jour-là ce fut à Damentan une bombance générale.

Dans la journée, les Malinkés de Son-Counda me demandèrent à

retourner chez eux, car il pourrait bien se faire, disaient-ils, que

me sachant parti, Moussa-Molo vienne les attaquer. Bien que je fusse

intimement persuadé qu’il n’en serait rien, je leur fis dire par

Sandia qu’ils étaient libres de me quitter quand ils voudraient et

je les congédiai en leur faisant un petit cadeau. Mandia, le frère

du chef du Kantora, resta cependant et m’accompagna au Coniaguié

et jusque dans le Tenda.

Heureux de l’accueil qui m’avait été fait, je décidai de

rester deux jours à Damentan dans le but de décider le village à

conclure une entente avec nous et de prendre tous les renseignements

possibles sur le pays et sur ses voisins.

La journée se passa sans incidents, et le soir, vers 5 heures,

j’allai rendre au chef sa visite. Notre conversation fut des

plus cordiales. Je lui fis part du projet que j’avais formé

d’aller au Coniaguié. Il en fut stupéfait et me déclara net

que je n’en reviendrais pas ; car, me dit-il, « les gens de ce

pays sont de mauvais hommes qui ne donnent jamais un grain de mil

au voyageur. Ce sont de véritables bœufs (missio) ». Je ne crus

pas devoir lui cacher que j’étais absolument décidé à faire le

voyage et que rien ne pourrait modifier ma résolution. Il me promit

alors de me donner tout ce dont j’aurais besoin pour mener à

bien mon entreprise et qu’il ordonnerait à cent de ses guerriers

de m’accompagner, car sans cela on me « couperait sûrement le

cou ». Je le remerciai de ses bonnes intentions et lui déclarai

que mon intention était de n’emmener aucun homme armé et que,

du reste, il pouvait constater que moi-même je n’avais ni sabre,

ni fusil, ni revolver. Je ne lui demanderais simplement que quelques

hommes pour seconder les miens et pour porter mes bagages. Ce à

quoi il me répondit que je pouvais emmener tout son village si

cela me plaisait, que j’étais le maître de faire comme bon me

semblerait, mais que je me repentirais peut-être de ne pas avoir

suivi ses conseils. Je le rassurai du mieux que je pus et nous

nous quittâmes à la nuit tombante après avoir décidé que, le

lendemain matin, dans un grand palabre, j’exposerais aux notables

tous les avantages qu’ils auraient à se lier d’amitié avec nous.

Je rentrai fort satisfait dans ma case et quelques minutes après,

j’entendis dans la mosquée qui était proche de mon habitation

psalmodier le « Lahilahi Allah ». Je n’avais, du reste, entendu

pendant toute la journée que ces paroles monotones et je m’étais

bien gardé de suivre le conseil d’Almoudo qui voulait aller dire

aux fidèles que le bruit de leurs voix m’importunait. Dans les

conditions où je me trouvais, une semblable démarche n’aurait

pas manqué de m’être préjudiciable.

_20 décembre._ — La nuit a été excellente. La température

était un peu chaude, par exemple. Toute la nuit le vent de

Nord-Est a soufflé. Malgré cela, j’ai très bien dormi,

et au réveil, le chef m’envoie pour mon déjeuner deux beaux

poulets. Ils viennent du Coniaguié, me dit Sandia, et ressemblent

en tout à nos plus belles volailles d’Europe. A 9 heures, je

me rends au palabre qui avait été décidé la veille. Sandia,

Mandia et Almoudo m’accompagnent. Ils ont pour la circonstance

revêtu leurs plus beaux vêtements. Almoudo et Mandia ont pris

leurs longs boubous blancs et Sandia un beau boubou en soie verte,

présent de M. l’agent de la Compagnie Française de Mac-Carthy,

par-dessus lequel il a jeté son manteau de chef. Tous ont coiffé

le petit bonnet blanc Toucouleur. C’est dans la case d’entrée

du tata d’Alpha que doit avoir lieu le palabre. Quand nous y

arrivons tous les notables y sont réunis déjà. Des nattes ont

été étendues sur le sol à notre intention et en face de celle

sur laquelle je dois m’asseoir une peau de bœuf attend le chef

du village. Il entre en même temps que moi par la porte opposée à

celle par laquelle nous sommes venus. Chacun s’asseoit à sa place

marquée d’avance suivant l’étiquette observée en pareille

circonstance. A ma droite Sandia et Mandia, à ma gauche Almoudo

et mon vieux palefrenier Samba, qui, par sa race et sa naissance,

avait accès dans toutes les cérémonies noires. En face de moi,

Alpha-Niabali, derrière lui et en cercle ses notables. A la porte

qui donne accès dans le village se tiennent bon nombre des habitants

qui, par leur rang, ne peuvent pas prendre part au palabre. A la porte

qui permet d’entrer dans l’habitation d’Alpha sont ses femmes,

ses enfants et ses captifs. Après les avoir tous salués, j’expose

en peu de phrases tout l’avantage qu’ils auront à se placer sous

notre protectorat. Je leur montre ce que nous faisons pour nos amis

et comment nous traitons nos ennemis. Almoudo traduit textuellement

nos paroles, Sandia et Mandia font leur petit discours et je me retire

pour les laisser délibérer. Leur réponse ne se fit pas attendre, et

j’étais à peine revenu dans ma case qu’Alpha vint m’y trouver,

m’annonça que tout le monde avait trouvé que j’avais dit de

« bonnes paroles », et qu’on serait enchanté d’être avec les

Français. Comme je n’avais aucune qualité pour signer avec lui un

traité provisoire, il fut décidé d’un commun accord qu’à mon

retour du Coniaguié, son fils et un notable auxquels il déléguerait

tous ses pouvoirs m’accompagnerait jusque dans le Tenda et de là

irait avec Sandia à Nétéboulou à la rencontre du commandant de

Bakel, le capitaine Roux, qui devait s’y trouver dans les premiers

jours de janvier et qui était l’agent politique tout désigné

pour terminer cette affaire. Tout s’arrangeait donc au gré de mes

désirs et par cette combinaison notre autorité s’établissait

sans conteste, sur toute cette partie de la rive gauche de la Gambie

qui s’étend du confluent de la rivière Grey au Niocolo. Avec le

Tenda et le Badon déjà en notre possession, tout le haut-cours de

la Gambie allait être ainsi placé sous notre protectorat.

Vers onze heures du matin arriva à Damentan un Coniaguié qui venait

directement d’_Yffané_, la résidence du chef du pays. Il fut

littéralement passé en revue par mes hommes et son costume plus

que primitif que nous décrirons plus loin les stupéfia tous. Je

le fis manger et après qu’il eut pris quelques heures de repos,

je l’expédiai vers quatre heures du soir à son chef pour lui

annoncer ma visite prochaine.

Je fis alors mes préparatifs de départ, car je comptais quitter

Damentan, le lendemain, dans l’après-midi. A cet effet, je confiai

à Alpha-Niabali tous les bagages qui m’étaient inutiles. Je

ne gardai que ceux dont j’avais besoin pour ma route, et, après

avoir bien choisi, j’arrêtai à neuf le nombre des porteurs qui

me seraient nécessaires. Le chef me déclara, à ce sujet, qu’ils

seraient à ma disposition quand je voudrais. Tranquille alors à

ce point de vue, j’allai dans la soirée visiter les environs du

village avec Almoudo et Sandia. Partout, je ne trouvrai que de belles

rizières, de grands lougans de mil, maïs, arachides, et autour du

village de nombreux jardins d’oignons, tomates, oseille, gombos,

etc., etc. Mais ce qui attira le plus mon attention, ce furent

de beaux échantillons de ricin plantés en bordure autour d’un

lougan d’arachides.

_Le Ricin_ (_Ricinus communis_ L.) croît à merveille au Sénégal

et au Soudan, mais il n’est guère cultivé qu’au Sénégal,

dans le Cayor, et encore depuis quelques années seulement, grâce

à l’intelligente initiative de M. le Docteur Castaing, pharmacien

principal de la marine. Les indigènes n’aiment généralement

pas à en ensemencer leurs lougans, car ils prétendent que ce

végétal nuit à leurs autres cultures. Le fait est qu’il

prolifère avec une grande rapidité et finit par couvrir de

ses rejetons, en peu de temps, de grandes étendues de terrain,

et sa destruction demande beaucoup de travail, ce qui, on le sait,

n’est guère l’affaire du noir. La graine du ricin du Sénégal

et du Soudan est plus petite que celle des ricins d’Amérique,

mais elle jouit des mêmes propriétés purgatives et l’huile

qu’elle donne peut être employée, avec avantages, aux mêmes

usages. Cette graine est ovoïde, convexe du côté externe, aplatie

avec un angle longitudinal peu saillant du côté interne. Sa surface

est généralement lisse et luisante, grise avec des taches brunes. Sa

largeur est d’environ huit millimètres.

[Illustration : N’TABA (_Sterculia cordifolia_).

A, feuille. — B, feuilles et fruits.]

Le ricin donne au Sénégal et au Soudan un rendement

considérable. Il pourrait, de ce fait, faire l’objet de

transactions commerciales importantes. Déjà, les résultats

obtenus dans la banlieue de Saint-Louis sont des plus satisfaisants

et la compagnie française le paye couramment dans le Cayor vingt

et vingt-cinq francs la barrique. Il serait facile de le cultiver

en grand au Soudan. Cette plante ne demandant que peu de soins et

croissant, pour ainsi dire spontanément, les indigènes en feraient

de belles plantations, si, surtout, on s’efforçait de leur faire

comprendre tout le bénéfice qu’ils en pourraient retirer.

* * * * *

CHAPITRE XIII

[Illustration : _Damentan Tenda et Gamon_]

Le pays de Damentan. — Limites. — Frontières. — Aspect

général. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution

géologique du sol. — Flore, productions du sol, cultures. —

Faune, animaux domestiques. — Populations, ethnographie. —

Rapports de Damentan avec les pays voisins. — Rapports de Damentan

avec les autorités françaises.

Le pays de Damentan est à peu près inconnu. Je crois être le

premier Européen qui l’ait visité. Avant nous un mulâtre de

Bathurst allant au Fouta-Djallon pour y commercer était passé

par ce pays. Il ne s’y était reposé que peu de temps, et,

sur l’ordre du chef, qui, cependant, l’avait fort bien reçu,

avait dû continuer sa route vers Timbo. Je tiens cela du chef même

de Damentan.

Ce pays est fort intéressant à bien des points de vue. Nous avons

pu l’étudier en détail et consciencieusement pendant les quelques

jours que nous y sommes restés. Nous l’avons parcouru de l’Ouest

à l’Est et du Nord-Ouest au Sud-Est. Aussi, croyons-nous pouvoir

en donner une description à peu près exacte.

_Limites. Frontières._ — D’après les renseignements que nous

nous sommes procurés, le pays de Damentan serait compris dans les

limites extrêmes suivantes. Il serait compris entre les 15° 53′

et 15° 14′ de longitude Ouest et entre les 13° 12′ et 12° 43′

de latitude Nord. C’est, comme on le voit, un pays assez étendu. Il

est bien entendu que ces limites sont absolument approximatives.

Il a pour frontières : au Nord, la Gambie ; à l’Ouest, la

rivière Grey ou Koulontou et une partie de la branche descendante

du grand coude que forme la Gambie en face du Tenda. Au Sud-Ouest,

les frontières sont mal définies. On pourrait toutefois lui

assigner la corde du grand coude que forme en cette région la

rivière Grey. Mais tout cela est bien fictif et incertain. Enfin,

au Nord-Est, au Sud et à l’Est, le marigot de Nomandi lui forme

une frontière à peu près naturelle.

Il confine au Nord, au Tenda et au Ouli dont le sépare la Gambie,

à l’Ouest au Kantora et à ce territoire désert et inhabité qui

le sépare du Fouladougou. Au Sud, son territoire touche à celui

de Pajady et de Toumbin et enfin au Nord-Est et au Sud-Est il a pour

voisin le pays de Coniaguié.

Par sa situation, le pays de Damentan est assez isolé ou du moins,

il est assez éloigné de tout voisin. Malgré cela, Damentan est

un lieu de passage pour les dioulas, assez fréquenté surtout par

ceux qui viennent du pays de Bassaré et de Coniaguié ainsi que

de Toumbin et de Pajady et qui se rendent à Yabouteguenda et à

Mac-Carthy pour y faire leurs échanges.

_Aspect général._ — D’une façon générale, nous pouvons dire

que le pays de Damentan est dans sa partie Ouest un pays de plaines

et dans sa partie Sud et Sud-Est un pays de montagnes, ou plutôt

il offre de nombreuses collines assez élevées, entrecoupées de

vallées profondes dans lesquelles coulent des marigots. L’aspect

de cette région plaît, et nous délasse des immenses plaines nues

et arides du Kantora et du Tenda. La végétation sur les crêtes

des collines et sur les plateaux rocheux est, bien entendu, pauvre

et peu importante ; mais dans les vallées et sur les bords des

marigots, elle acquiert une étonnante vigueur et rappelle celle des

pays tropicaux du Sud. En résumé, l’aspect général du pays de

Damentan diffère sensiblement de tout ce que nous avons vu jusqu’à

ce jour, du moins dans certaines régions. Dans le courant de ce

travail nous verrons à quoi tiennent ces différences capitales,

et appréciables pour l’œil même le moins exercé.

Si nous prenons ses points extrêmes, sa plus grande longueur,

mesurée de l’Ouest à l’Est, atteindrait environ 115 kilomètres,

et sa plus grande largeur, mesurée du Sud au Nord, aurait à peine

80 kilomètres. Sa superficie serait environ de 9000 kilomètres

carrés. Mais, nous le répétons, toutes ces mensurations sont

absolument approximatives et n’ont rien de certain.

_Hydrologie._ — Le pays de Damentan appartient tout entier au

bassin de la Gambie. C’est, en effet, ce fleuve et son affluent,

la rivière Grey, qui reçoivent tous les marigots qui l’arrosent,

et sous ce rapport, il est très bien partagé. De plus, l’eau

est courante dans la plupart des marigots. La plupart de ceux qui

arrosent sa partie Ouest se jettent dans cette rivière et ceux que

l’on trouve dans les parties Est et Sud-Est sont tributaires de

la Gambie. L’eau de ces marigots est toujours claire et limpide,

et, ce qui n’est point à dédaigner, pour ceux qui voyagent dans

ces contrées, délicieuse à boire.

La Gambie, dans tout son parcours dans le pays de Damentan, est

navigable pendant toute l’année pour les chalands à faible

tirant d’eau ; mais elle ne l’est pour aucune sorte de bateau

à vapeur. Elle fait de nombreux détours surtout à partir du Tenda

jusqu’à l’embouchure de la rivière Grey.

A partir du gué, où on la traverse en face de Damentan, jusqu’au

point où elle quitte ce territoire, son cours est beaucoup plus

régulier.

Ses rives sont excessivement boisées et, pendant la saison sèche,

ses bords sont absolument à pic et d’un accès fort difficile.

La rivière Grey, dans sa partie qui coule dans le pays de Damentan,

offre le même régime. Elle pourrait être navigable pendant une

centaine de kilomètres pour les chalands de faible tirant d’eau. En

tout temps, l’eau y coule.

Les marigots qui arrosent la partie Ouest du pays de Damentan sont

relativement nombreux. Ils sont tous tributaires de la rivière

Grey. Nous citerons tout d’abord, en allant de l’Ouest à l’Est,

le marigot de _Sambaïa_ que l’on rencontre à peu de distance de

la rivière et qui se divise en trois branches. A 6 ou 8 kilomètres

de là se trouve le marigot de _Boufé-na-Kolon_, qui coule dans une

vaste plaine marécageuse, dont, pendant l’hivernage, il draine

les eaux qu’il conduit à la rivière Grey. Nous en dirons autant

du marigot de _Konkou-Oulou-Boulo_, dont les eaux sont toujours

courantes, claires et limpides. Les marigots de _Samasindio_ et de

_Bolidiaro_ que l’on trouve ensuite sont de peu d’importance. Il

n’en est pas de même du marigot de Damentan que l’on trouve à

environ douze kilomètres de ce village. Ce marigot, qui se jette

dans la rivière Grey, se dirige du Sud-Est au Nord, à peu de

distance de Damentan, il se divise en deux branches qui passent non

loin du village et arrosent et fertilisent la vallée dans laquelle

il est construit. Ces marigots sont pour nous plutôt de véritables

collecteurs que des marigots à proprement parler.

Les marigots qui arrosent les régions Sud-Est et Sud-Ouest du pays

de Damentan se jettent dans la Gambie. D’après les indigènes,

le marigot de _Niantafara_ ferait communiquer directement la

Gambie avec la rivière Grey. A six kilomètres de Damentan nous

rencontrons d’abord le marigot de _Mahéré_ qui traverse la route

de Damentan à Bady et qui reçoit celui de _Bamboulo_, puis vient

celui de Niantafara, puis ceux de _Filandi_ et de _Nomandi_. Ce

dernier forme la séparation entre le pays de Damentan et le pays

des Coniaguiés. Il reçoit lui-même un autre marigot de peu

d’importance, celui de _Talidian_.

Le pays de Damentan est, on le voit, supérieurement arrosé. Outre

les marigots que nous venons de citer, il en existe un

grand nombre d’autres, affluents de ces derniers, mais peu

importants. Mentionnons encore de nombreux marécages, surtout aux

environs de Damentan, et qui sont transformés en belles rizières.

En résumé, l’hydrologie du pays de Damentan est caractérisée,

d’après les renseignements que j’ai pu recueillir, par ce fait

que la plupart des cours d’eau que l’on y rencontre communiquent

entre eux. C’est un lacis inextricable dont il serait bien difficile

de démêler les fils d’une façon méthodique. Quoiqu’il en

soit, il ressort de cet examen ce fait indiscutable que la Gambie est

le grand régulateur de ce réseau étrange. Marigots et rivières

suivent absolument les fluctuations de son cours. Si elle baisse,

ils baissent, si, au contraire, son niveau monte, de même montera

celui des cours d’eau qui en sont tributaires. On comprendra alors

aisément, d’après ce que nous venons de dire, que tous ces cours

d’eau soient soumis à des crues très rapides et à des baisses

considérables, le régime des eaux de la Gambie, étant, du reste,

comme celui de tous les fleuves africains, excessivement capricieux.

Dans la Haute-Gambie · 第 22 / 54 段