Je reçus aussi la visite du traitant Lamine, qui est installé

à Yabouteguenda, et qui opère pour le compte de la compagnie

anglaise de Bathurst. C’est un homme fort intelligent, dévoué

aux Français, et qui a déjà rendu des services signalés aux

différentes missions Françaises qui ont visité le pays. C’est

lui qui, demain, fera encore traverser la Gambie à toute ma

caravane. Il est très influent dans la région et y jouit d’une

grande popularité. A Passamassi, notamment, il a tout l’air

d’être le chef du village. Le véritable chef m’a pourtant paru

assez autoritaire et bien obéi.

[Illustration : La Gambie à Yaboutéguenda.]

J’ai remarqué aux environs de Passamassi de belles plantations

d’indigo. Ce végétal est très commun dans toute cette région

et chaque village en possède plusieurs beaux lougans aux environs

des cases. Les indigènes en retirent la couleur bleue dont ils se

servent pour teindre leurs étoffes. La culture de cette plante est

très facile. Elle croît, pour ainsi dire, spontanément et on n’a

absolument besoin que de la semer. Les feuilles sont récoltées

vers la fin du mois de novembre et les ménagères leur font subir

la préparation suivante. On les fait sécher au soleil et macérer

ensuite dans environ trois fois leur poids d’eau pendant plusieurs

heures. On y ajoute une petite quantité de cendres. On laisse

reposer et on décante. Le produit ainsi obtenu est alors pétri en

pains qui ont la forme de cônes et mis à sécher au soleil. On

a soin, tous les soirs, de les rentrer pour ne pas les exposer à

l’humidité. Ces pains ont à peu près la forme conique. Leur poids

varie de cinq cents grammes à trois et cinq kilogrammes. C’est sous

cette forme ou bien en petits fragments que l’on trouve l’indigo

sur tous les marchés du Soudan. Son prix varie de quatre à six

francs le kilogramme. Cet indigo donne une couleur bleue violacée qui

est en grand honneur chez tous les peuples du Soudan. Mais elle passe

rapidement et les étoffes qu’elle a servi à colorer déteignent

au lavage. Les indigènes ignorent, en effet, les procédés les

plus efficaces pour la fixer. Ils ne se servent pour cela que des

cendres d’un arbre très commun dans toutes ces régions, le _rhatt_

(_Combretum glutinosum_ G. et Perr.). Bien que l’indigo du Soudan

soit de qualité inférieure aux indigos de Java, du Bengale et

d’Amérique, nous estimons qu’il pourrait être utilisé avec

fruit par nos industriels. C’est pourquoi nous devrions faire tous

nos efforts pour propager dans notre colonie cette plante dont le

rendement considérable sera certainement rémunérateur.

_16 décembre._ — La journée s’écoula à Passamassi sans aucun

incident. La température pendant la nuit fut des meilleures. Nous

sommes en pleine saison sèche. Dans la journée le vent de Nord-Est

commence à faire sentir sa brûlante haleine ; mais il tombe vers

le soir et au coucher du soleil se lève le vent de Nord-Ouest qui

souffle jusqu’au lendemain matin huit ou neuf heures, rafraîchit

l’atmosphère et nous permet de goûter un sommeil bienfaisant et

réparateur. C’est pour l’Européen l’époque la plus agréable

de l’année. C’est pendant ces trois mois de décembre, janvier

et février que sa santé peut se remettre des fatigues éprouvées

pendant l’hivernage. Au contraire, cette saison est néfaste à

l’indigène. Vêtu aussi légèrement qu’il l’est, il est

exposé à toutes les intempéries, et à toutes les affections

inflammatoires qui sont la conséquence inévitable des brusques

variations de température caractéristiques de cette période

de l’année.

Nous quittâmes Passamassi à 5 h. 30, et, à 6 h. 10, nous étions

à Yabouteguenda, sur la rive droite de la Gambie. Dans ce court

trajet, on ne trouve que des argiles compactes et sur les bords de

la Gambie quelques alluvions anciennes et récentes où croissent

les végétaux familiers des marais.

_Yabouteguenda_, dont il a été si longuement question dans ces

dernières années, à propos du traité du 10 août 1889, qui

détermine d’une façon définitive la ligne de démarcation

des possessions anglaises et françaises en Gambie, est le point

terminus auquel aboutit sur la Gambie la zone d’influence dévolue

à nos voisins. C’est un petit village de _cinquante habitants_ au

plus et qui est uniquement formé par les cases et les magasins du

traitant Niamé-Lamine, dont nous avons parlé plus haut. En face,

sur la rive gauche, se trouvent deux ou trois cases où, pendant

la belle saison, il reçoit les indigènes de la rive gauche qui

viennent commercer avec lui.

Il a tout disposé pour nous faire traverser le fleuve et, dès

mon arrivée, l’opération commence. A l’aide de deux grandes

pirogues habilement manœuvrées par ses hommes, en peu de temps,

les bagages et les porteurs sont portés de l’autre côté. Puis

vient le tour des chevaux. Je suis loin d’être tranquille car, en

cet endroit, la Gambie a environ 250 mètres de largeur et est très

profonde. Elle est, de plus, littéralement infestée de caïmans. Les

chevaux dessellés sont mis à l’eau et sont tenus par le bridon

par leurs palefreniers montés dans la pirogue ; à l’avant et à

l’arrière de l’embarcation se tient un adroit tireur qui fait

feu sur chaque caïman qui montre sa tête hors de l’eau. Grâce

à ces précautions tout se passa bien et nous n’eûmes aucun

accident à déplorer. Sandia et moi nous passâmes les derniers,

et, arrivés sur la rive gauche, nous montâmes immédiatement à

cheval, puis la caravane prit la route de Son-Counda, où j’avais

fait annoncer mon arrivée pour ce jour-là et où j’étais attendu.

Le caïman que l’on trouve en abondance dans le Sénégal, la

Gambie et la plupart des cours d’eau de l’Afrique occidentale,

est assurément l’animal le plus répugnant et le plus dangereux

de ces régions. Cet immonde amphibie n’est pas à craindre sur la

terre ferme, mais dans l’eau il est excessivement redoutable. Aussi

est-il imprudent de se baigner dans les lieux qu’il fréquente. Ses

terribles mâchoires saisissent les membres de l’audacieux nageur

et l’attirent au fond de l’eau où il est rapidement noyé. Nous

nous souvenons encore avoir vu disparaître ainsi, en 1883, un

Marocain qui, malgré la consigne, avait voulu gagner à la nage la

rive gauche du Sénégal en face de Tambo-N’kané. A Sillacounda,

dans le Niocolo, le jour où nous y sommes arrivés, un bœuf fut

ainsi entraîné par un caïman pendant qu’il s’abreuvait au

bord de la Gambie. A terre, il se meut difficilement et lentement,

mais dans l’eau, il est au contraire excessivement agile. Sa

constitution ne lui permet pas de rester longtemps sous l’eau et il

est obligé de venir souvent respirer à la surface. Le bouillonnement

qu’il produit alors suffit pour décéler sa présence. On le voit

fréquemment aussi se laisser aller au courant du fleuve. Alors sa

tête seule émerge et sa couleur brune la fait souvent confondre

avec les morceaux de bois qui flottent sur tous les cours d’eau qui

arrosent ces régions. Il construit son nid dans des cavités qu’il

creuse dans la berge au niveau du fleuve et au moment des basses

eaux. C’est là que la femelle dépose ses œufs et qu’éclosent

les petits. Les coquilles, au moment de la montée des eaux, sont

entraînées par le courant et il est d’usage de dire, quand on

les voit passer à Saint-Louis, que l’hivernage est commencé. Le

caïman peut atteindre des proportions énormes et nous en avons vus

qui n’avaient pas moins de quatre mètres de longueur. Toutefois

la longueur moyenne de ceux que l’on rencontre ne dépasse pas

généralement deux mètres cinquante à trois mètres.

Les Indigènes, surtout les Malinkés, les Sarracolés et les

Khassonkés mangent sa chair. Nous en avons vu assez souvent sur le

marché de Kayes. Ce mets est loin d’être délicieux. Il rappelle

un peu le thon pour la texture, mais il a un goût musqué qui est

loin d’être agréable.

Bien que l’on puisse trouver dans tous les traités spéciaux la

description de cet animal, nous croyons devoir mentionner ici ses

caractères particuliers.

Le caïman est un vertébré de l’ordre des _crocodiliens_. Son

corps est couvert de grandes plaques osseuses, carénées sur le

dos, lisses sur le ventre. Leur couleur grisâtre sur le dos est

jaunâtre sur le ventre. L’animal tout entier est ainsi enveloppé

d’une sorte de cuirasse si épaisse que les balles ne peuvent

l’entamer. Les flancs sont les régions les plus vulnérables. Sa

queue est longue et munie d’une crête de fortes dentelures. — Les

vertèbres cervicales sont pourvues de fausses côtes qui s’appuient

les unes sur les autres ; la clavicule manque. Les os coracoïdiens

s’articulent avec un sternum cartilagineux et très allongé. Il

existe, en outre, une sorte de sternum abdominal, qui porte sept

paires de côtes ventrales. Les pubis ne s’unissent pas entre

eux, et ne contribuent pas à former la cavité cotyloïde. Ils

constituent des sortes de côtes dirigées en avant. Les pieds

antérieurs ont cinq doigts, les postérieurs en ont quatre, plus ou

moins palmés, dont les trois internes sont armés d’ongles. La

mâchoire inférieure s’articule directement avec le crâne. Les

dents sont uniradiculées, creuses, caduques, implantées dans

des alvéoles distincts. Chacune d’elles est remplacée par

une nouvelle, après sa chute. Les dents de remplacement sont

enchassées successivement l’une dans l’autre, de telle sorte

que, la supérieure venant à tomber, il s’en trouve toujours

une autre en dessous pour occuper sa place. L’oreille externe se

ferme à l’aide de deux lèvres. Le museau est élargi, renflé

au bout, et la quatrième dent inférieure est reçue dans une

fossette de la mâchoire supérieure. C’est cette particularité

qui distingue surtout le caïman du crocodile, chez lequel cette

dent est reçue dans une échancrure simplement. Le caïman habite

la côte occidentale d’Afrique, tandis que le crocodile habite la

côte orientale. Ils sont tous les deux également à redouter.

Nous arrivons à 8 heures 25, sans incidents, à Son-Counda, après

avoir reconnu les ruines de Farintombou et de Carassi-Counda et

laissé sur notre droite celles de Kantora-Counda. A mi-chemin,

entre Son-Counda et la Gambie, nous rencontrons le frère du chef

que celui-ci a envoyé à mon avance.

La route de Yabouteguenda à Son-Counda présente ceci de particulier

qu’on peut y discerner aisément la différence qui existe entre

la latérite et les argiles compactes. Ces deux sortes de terrain

se succèdent sans interruption. Après une plaine d’argiles

compactes viennent de petits îlots de latérite qui sont bien

cultivés. Par endroit, le sous-sol est formé de terrain ardoisier,

et dans d’autres, de quartz et de grès ferrugineux. C’est du

moins ce que nous avons cru reconnaître par les flancs des collines

que nous laissons à droite et à gauche. Pendant la route, on ne

traverse que deux marigots situés à peu de distance de la Gambie, le

marigot de _Fania_ et celui de _Soubasouto_. Ils sont peu importants.

La flore se rapproche de plus en plus de celle des régions

tropicales. Nulle, ou peu variée dans les plaines argileuses, où

ne croissent guère que quelques maigres cypéracées, elle prend un

tout autre aspect dans les terrains à latérite. Là, nous voyons,

en effet, dans tout leur développement, d’énormes caïl-cédrats,

de gigantesques ficus et de belles légumineuses.

_Son-Counda_, chef-lieu du Kantora, compte environ huit cents

habitants de race Malinkée. Il est situé au centre d’une vaste

plaine que dominent au Sud-Est des collines formées de quartz

ferrugineux et dont l’altitude est environ de vingt à trente

mètres. C’est un des villages noirs les mieux fortifiés que

j’ai visités. Le système défensif se compose, d’après les

renseignements qu’a bien voulu rédiger à mon intention M. le

lieutenant Tête, de l’infanterie de marine : 1o d’une enceinte

ou sagné formée de pieux fortement enfoncés en terre et reliés

entre eux par des liens en écorce d’arbre auxquels sont fixées

des branches d’épine ; en arrière un petit fossé ; 2o une

seconde enceinte composée de palanques sur deux rangs, hautes de deux

mètres, avec un fossé en arrière. Des ouvertures y sont ménagées

pour le tir. La troisième est formée par une muraille en terre

battue de 3m50 à 4m de hauteur et ayant 2 mètres d’épaisseur

à la base et 0m80 au sommet. Des créneaux y sont pratiqués de

distance en distance. Le tracé présente des rentrants et saillants

se flanquant mutuellement. Dans l’intérieur du village, chaque

îlot est entouré de palanques. La mosquée et la case du chef en

ont une double rangée. Toutes les cases sont en terre battue et

recouvertes d’un chapeau en paille. Toutes ces précautions sont

prises contre Moussa-Molo et ses bandes de pillards.

Les environs sont bien cultivés, mais on sent que les habitants

vivent dans un qui-vive perpétuel. Ils ne sortent que par groupes,

bien armés ; et, dans les lougans, ils ont toujours le fusil auprès

d’eux. Leurs lougans sont bien entretenus et dans leurs petits

jardins, ils cultivent en abondance, courges, calebasses, tomates,

oseille et gombos.

Les _courges_ et _calebasses_ sont, au Soudan, cultivées en grande

abondance dans tous les villages. Les courges sont généralement

semées au pied des cases au début de la saison des pluies. Elles

rampent sur les toits qui, en peu de temps, finissent par

disparaître complètement sous leurs larges feuilles. Les fruits

sont comestibles et cueillis au commencement de la saison sèche,

vers la fin d’octobre. Il en existe un grand nombre de variétés,

la plus commune, le _Lagenaria vulgaris_ Ser. sert à faire des

vases et des bouteilles. Les indigènes connaissent les propriétés

thérapeutiques des graines de courges et les utilisent, dans

certaines régions, pour expulser le tænia qui y est très commun.

Le calebassier (_Crescentia Cujete_ L.) est, au contraire, cultivé en

pleine terre dans les lougans. Son fruit est comestible et sa coquille

coupée en deux sert de vase et d’ustensiles de ménage. Il existe

des calebasses de toutes formes et de toutes dimensions. Ce sont les

plats dans lesquels on sert le couscouss et elles tiennent également

lieu de terrines pour laver le linge dans les villages situés

loin des cours d’eau. Leur face externe est généralement unie ;

cependant on en trouve parfois qui sont artistement sculptées. Ce

sont surtout celles qui tiennent lieu de verres et à l’aide

desquelles on puise l’eau dans ces sortes de vases poreux en terre

que l’on désigne sous le nom de _canaris_ et que l’on trouve

dans toutes les cases. Ces canaris ont la propriété de rafraîchir

considérablement, grâce à l’évaporation constante qui se fait

à leur surface extérieure, l’eau que l’on y met.

Le _Gombo_ (_Hibiscus esculentus_ L.), de la famille des Malvacées,

se cultive surtout dans les jardins. C’est une plante annuelle

qui atteint de grandes dimensions. Elle aime les terrains humides

et riches en humus. On la sème vers le commencement de juillet et

ses fruits sont cueillis et mangés au commencement de la saison

sèche. Dès que les pluies ont cessé, la plante se dessèche

rapidement et meurt. Les graines germent très rapidement et en

trois mois le développement est complet. Les fruits sont oblongs

et ont environ dix centimètres de longueur sur trois ou quatre de

largeur. La coque porte des côtes très marquées suivant lesquelles

elle s’ouvre quand elle est sèche. Elle est très pointue au

sommet et couverte de poils. On mange les fruits quand ils sont encore

jeunes. Si alors on en sectionne un transversalement, on trouve les

graines noyées dans une pulpe blanchâtre, visqueuse. A la cuisson,

cette pulpe se transforme en une sorte de mucilage peu savoureux. Elle

disparaît quand le fruit est sec. Les indigènes mangent le gombo

bouilli avec du riz, du couscouss, de la viande ou du poisson. Cuit à

l’eau et assaisonné ensuite à froid à l’huile et au vinaigre,

on en fait une salade qui n’est pas dédaignée des Européens.

Je fus reçu à bras ouverts à Son-Counda et j’y passai une

bonne journée pendant laquelle je pris tous les renseignements dont

j’avais besoin pour continuer ma route vers Damentan. Le vieux chef

du pays, Kouta-Mandou, me rendit en cette circonstance les plus grands

services, et il prescrivit à son frère Mandia de m’accompagner

pendant toute la durée de mon voyage à Damentan et au pays des

Coniaguiés. De plus, il me donna une dizaine d’hommes qui devaient

m’accompagner jusqu’à Damentan et seconder mes porteurs. Avant de

le quitter, je lui fis cadeau de deux sacs de sel et d’une caisse

de 12 bouteilles de genièvre, liqueur avec laquelle il aimait à

s’enivrer et pour laquelle il avait un penchant tout particulier.

* * * * *

[Illustration : _Kantora_]

CHAPITRE XI

Le Kantora. — Limites, frontières. — Aspect général. —

Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du

sol. — Flore, productions du sol, cultures. — Faune, animaux

domestiques. — Populations. — Ethnographie. — Rapports du

chef avec ses administrés. — Situation politique actuelle. —

Rapports avec les autorités françaises. — Émigration.

Le Kantora est situé sur la rive gauche de la Gambie. C’est

un pays relativement peu étendu et aujourd’hui absolument

dépeuplé. Il eut, paraît-il, au commencement du siècle, une

grande prospérité, et d’Almada, géographe portugais, rappelle

qu’il y avait autrefois à Kantor un marché qui était dans

ces régions ce qu’était sur les confins du Sahara celui de

Tombouctou. C’est ce marché qui a donné son nom à la région

environnante et pendant longtemps ce pays n’a été connu que sous

le nom de _pays de Kantor_ ou _Kontor_. Jusqu’en 1879 il fut, pour

ainsi dire, oublié. Gouldsbury le visita très superficiellement à

cette époque et le trouva désert. En 1888 les quelques habitants

qui y sont restés vinrent d’eux-mêmes à Kayes nous demander

notre protection, et, en 1889, Briquelot visita Son-Counda. En 1891,

le lieutenant Tête poussa une pointe jusque-là et c’est quelques

mois après lui que nous y passâmes. Nous avons pu recueillir sur ce

pays quelques notes qui ne seront pas sans intérêt pour le lecteur.

Les limites du Kantora sont assez nettement établies, sauf au Sud,

où une ligne fictive le séparerait du Fouladougou de Moussa-Molo

(autrefois pays de Ghabou). Toutefois, nous pouvons dire d’après

les renseignements que nous nous sommes procurés, qu’il serait

compris entre les 15° 50′ et 16° 27′ de longitude Ouest et les

13° 3′ et 13° 16′ de latitude Nord. Il est bien entendu que

nous donnons là ses limites extrêmes. Il est séparé à l’Est

du pays de Damentan par la Gambie et environ vingt kilomètres du

Koulontou ou rivière Grey, à partir de son embouchure dans la

Gambie. Au Nord, la Gambie le sépare du Ouli jusqu’aux environs

de Tambacessé. A l’Ouest, il est séparé ainsi qu’au Sud du

Fouladougou par une ligne fictive qui, partant de la Gambie entre

Piraï et Tambacessé, passerait non loin de Cissé-Counda et de

là se dirigerait directement à l’Ouest jusqu’à la Rivière

Grey ou Koulontou.

_Aspect général._ — L’aspect général du Kantora diffère

suivant qu’on le parcourt dans sa partie Est ou dans sa partie

Ouest. A l’Est, on ne rencontre que de vastes plaines marécageuses

et absolument stériles. Du reste, à part un petit village de

Sarracolés situé aux environs de Son-Counda, toute cette région est

absolument inhabitée, et d’après les renseignements qui m’ont

été donnés, elle aurait toujours été déserte. Il en est tout

autrement de la partie Ouest. Ce pays présente plutôt un aspect

montagneux. La terre y est fertile et c’est là uniquement où

s’élevaient autrefois les nombreux villages du Kantora disparus

aujourd’hui, soit par la guerre, soit par l’émigration. La

végétation y est magnifique et rappelle celle des Rivières du

Sud. Il n’en est pas de même de la partie Est, où on ne voit

qu’une brousse épaisse et quelques rares arbres rabougris.

En résumé, le Kantora appartient dans sa partie Est aux pays

de plaines et de marécages et dans sa partie Ouest aux pays de

montagne, si toutefois on peut appeler ainsi les nombreuses collines

qui le parcourent.

_Hydrologie._ — Le Kantora appartient tout entier au bassin de

la Gambie, et tous les marigots qui l’arrosent sont tributaires

de ce fleuve. Nous commencerons la description de son hydrologie au

point où sa frontière vient couper la Gambie entre Tambacessé et

Piraï. Un peu en amont de ce village elle reçoit le marigot de

_Suisma_, dont la branche principale passe à Oualiba-Counda. Ce

marigot est formé de deux branches. La seconde, moins importante

que la première, coule dans une étroite vallée que dominent deux

rangées de collines parallèles au cours du marigot et qui est

excessivement fertile. Elle est maintenant inhabitée. Jusqu’au

marigot de _Fania_, nous ne trouvons plus que de petits cours d’eau

sans importance, mais qui n’en contribuent pas moins à augmenter la

fertilité de cette région. Le marigot de _Fania_ débouche dans la

Gambie, non loin de Yabouteguenda. Il passe tout près de la grande

mare de _Nébourou_, coupe la route de Son-Counda à Damentan et

s’étale en un vaste marais aux environs des ruines de Sadofou. Le

marigot de _Soubasouto_, dont l’embouchure n’est située qu’à

deux kilomètres de celle du précédent est de peu d’importance.

A partir de ce point, nous entrons dans la région Est du

Kantora. Bien qu’également très arrosée, elle est, vu la nature

elle-même du sol, absolument stérile. On peut dire qu’une ligne

droite passant par Yabouteguenda et Son-Counda, et coupant la ligne

frontière au Sud, forme la séparation entre ces deux parties du

Kantora. On trouve d’abord en procédant de l’Ouest à l’Est

le marigot de _Kokou_, profond, vaseux et d’un passage difficile,

puis celui de _Médina_, non loin duquel se trouve la grande mare

de _Palama_. Le marigot de _Demba-Sansan_ a son point d’origine

non loin du village de Toubinto dans le Fouladougou. Vers le milieu

de son cours, il s’étale en une vaste mare de même nom que lui,

puis se rétrécit peu à peu pour venir déboucher dans la Gambie,

à quelques kilomètres seulement du marigot de Médina. A peu de

distance du Demba-Sansan, se trouve le marigot de _Tabali_. Il

coule sur un lit de petits cailloux ferrugineux très fins. Non

loin de l’extrême pointe du grand coude que forme la Gambie en

cet endroit, se trouve l’embouchure du marigot de _Canafoulou_

et enfin à quelques kilomètres de là on trouve le _Koulontou_

ou _Rivière Grey_.

L’eau de ces marigots, partout claire et limpide, coule en tout

temps. Elle est toujours excessivement fraîche. Le fond de tous

ces cours d’eau, sauf en ce qui concerne le Fania et le Tabali,

est formé de vases ou d’argiles.

Le cours de la Gambie, du point frontière à l’Ouest à

l’embouchure du Koulontou, n’est qu’une suite de méandres les

plus sinueux. Si nous ne considérons que la direction générale,

nous dirons qu’il est d’abord Ouest-Est, puis Nord-Ouest Sud-Est.

Le régime des eaux diffère légèrement de celui des cours

d’eau des autres pays. Pour la Gambie, c’est la même chose ;

mais il en est autrement pour les marigots. Au Sénégal notamment

l’eau n’y court que pendant la saison des pluies. En Gambie,

au contraire, ils ne sont jamais complètement à sec. Nous estimons

que cela tient beaucoup à ce que la plupart communiquent entre eux

et de plus font communiquer la Gambie avec la rivière Grey, dont

l’eau coule en toute saison, et qui trouve dans le Fouladougou,

le Damentan, le Coniaguié et le pays de Toumbin et de Pajady une

alimentation suffisante pour ne tarir jamais.

Outre les nombreux marigots dont nous venons de parler, on trouve

encore, dans le Kantora, bon nombre de mares dont quelques-unes

contiennent de l’eau pendant toute l’année et sont alimentées

par de petits marigots. Nous citerons parmi les plus importantes,

les mares de _Demba-Sansan_, _Palama_, _Nébourou_ et _Soutou_.

Dans la Haute-Gambie · 第 19 / 54 段