semis. On pratique simplement à l’aide d’un morceau de bois,
un trou de cinq à six centimètres de profondeur, dans lequel
on introduit deux ou trois graines. Le coton lève deux semaines
environ après avoir été semé. Il rapporte six ou sept mois
après. Une plantation faite en juin fleurit vers la fin d’octobre
et la récolte peut être faite en janvier ou février. Ce n’est
guère que lorsque la capsule s’est ouverte et que les soies s’en
échappent que l’on y procède. Ce travail peu pénible est fait
par les femmes et les enfants. La cueillette terminée, le coton
est étendu sur des nattes au soleil afin de le bien sécher et de
le faire blanchir. Puis, les graines sont enlevées, séparées de
la bourre. Celle-ci, si on ne l’emploie pas immédiatement, est
placée dans des vases en terre, où elle est absolument à l’abri
de l’humidité. A leurs moments perdus, le soir notamment dans
les dernières heures du jour, les femmes le filent à l’aide de
petits fuseaux analogues à ceux dont on se sert encore dans nos
campagnes et fabriquent un fil très résistant avec lequel les
tisserands tissent ces étoffes dont nous avons parlé plus haut.
De tout temps, les indigènes ont cultivé et utilisé le coton, et
bien avant notre installation dans le pays, ils savaient en fabriquer
des étoffes. Mais pour cela, comme pour tout le reste, ils font
preuve de la plus grande imprévoyance et ne récoltent que ce qui
leur est absolument nécessaire pour leurs besoins. La production,
depuis que ces régions sont soumises à notre autorité, n’a pas
augmenté d’un kilog. Il faut dire aussi que nous n’avons rien
fait pour cela.
Le coton le plus commun en Gambie est le coton à courte soie
(_Gossypium punctatum_ G. et P.). Il est loin d’être aussi beau
qu’on a bien voulu le dire. Si l’on ne regarde que la couleur, il
est d’une blancheur éclatante. Mais il est peu souple, difficile à
filer, et surtout le rendement en est peu considérable. En résumé,
un coton de cette valeur n’est pas commercial en Europe. En 1827,
on a bien tenté d’acclimater, au Sénégal, les espèces les
plus estimées sur nos marchés. Successivement on y a cultivé les
espèces _indicum_ Lk., _hirsutum_ L., _barbadense_ L., _acuminatum_
Roxb. Mais aucune n’a donné de résultats satisfaisants. Les
essais ont dû être abandonnés. Il en sera encore de même
aujourd’hui. Seule, l’espèce indigène y réussira. Le climat,
la nature du sol n’ont pas changé et ne permettront jamais
aux cotons de qualité supérieure d’y prospérer. Bien plus,
nous sommes intimement persuadé qu’ils y dégénèreront aussi
bien que les autres végétaux que l’on a voulu y importer. Il
serait bien plus logique d’améliorer par la culture celui qui y
croît déjà que de tenter des expériences qui ne seront jamais,
quoiqu’il arrive, rémunératrices.
Outre les espèces dont nous venons de parler, il en existe encore
une autre dite _Gossypium intermedium_ Tod. Peu abondante dans le
bassin de la Gambie, elle est surtout cultivée au Sénégal et
dans le Grand Bélédougou. Elle donne un coton plus grossier,
de couleur jaune sale et dont les soies adhèrent fortement aux
graines. Le tissu que l’on en obtient est plus grossier et de
moins bonne qualité que le tissu que donne la première.
Les graines sont peu utilisées en dehors des semis. En Gambie, on en
extrait parfois l’huile et l’on s’en sert dans la thérapeutique
courante, surtout pour le pansement des plaies. En temps de disette,
les indigènes mangent parfois les jeunes feuilles de coton sous forme
de bouillie. On en fait également des cataplasmes très émollients,
et elles servent à préparer des bains, souverains, disent-ils,
contre les douleurs rhumatismales des extrémités.
_Tigalo N’galo_ ou _Niébé gherté._ — Il existe en abondance
dans toute cette région une Légumineuse qui peut être considérée
comme la plante qui forme la transition entre l’arachide (_Arachis
hypogæa_ L.) et le Haricot (_Phaseolus vulgaris_ L.), avec lesquels
elle a des caractères communs. Du reste, les indigènes lui ont
donné un nom composé de ceux de ces deux plantes. Les peuplades de
race Mandingue la nomment : Tigalo N’galo. Arachide en Malinké
se dit _Tigo_ et _Tiga_ suivant les régions. N’galo est le nom
d’un petit haricot très commun dans tout le Soudan. Les peuplades
d’origine Peulhe la nomment _Niébé-gherté_. En Peulh _Niébé_
signifie haricot et _gherté_ arachides. Elle est très cultivée dans
tout le Soudan et ses graines constituent un aliment recherché des
indigènes et apprécié des Européens eux-mêmes. Le port de cette
Légumineuse diffère de celui de l’arachide et rappellerait plutôt
celui de nos petits haricots nains. On la sème au commencement de
juin dans un terrain bien préparé et souvent aussi en bordure autour
des lougans de mil, maïs et arachides. Elle demande une humidité
assez prononcée et donne vers le commencement de novembre un fruit
sec, indéhiscent. Si on en brise la coque, il s’en échappe
une graine ronde d’une blancheur nacrée de la grosseur d’une
noisette, dont elle a un peu la forme. Cette graine est munie d’une
enveloppe épaisse dure, coriace et qui se détache à la cuisson. De
blanche qu’elle était, elle prend une couleur violacée très
prononcée et qui colore fortement le bouillon dans lequel on la fait
cuire. Cette enveloppe n’est pas comestible. On l’enlève dès
qu’elle n’adhère plus aux cotylédons qui sont volumineux et
très savoureux. Les indigènes mangent les Niébés-ghertés bouillis
et, dans nos postes, on en fait de bonnes purées et d’excellents
potages. Elle remplace avantageusement le haricot.
_Patates douces._ — La patate (_Ipomœa Batatas_ Poir.), est
très cultivée également, mais surtout dans les régions humides
et bien arrosées. On en fait de beaux lougans dans le Sandougou,
le Niani, le Kalonkadougou et à Mac-Carthy. Elle pousse très
rapidement et ses ramifications souterraines prennent en peu de
temps un développement si rapide qu’il est difficile d’en
débarrasser le terrain où elle s’est implantée. Les indigènes
la plantent de deux façons : ou bien par boutures ou bien encore
par une méthode mixte qui consiste à faire germer en terre des
tubercules sur lesquels on prend ensuite des boutures que l’on pique
à environ soixante centimètres les unes des autres. En peu de temps,
elles émettent en tout sens des rameaux qui rampent sur le sol où
ils s’implantent par des racines adventives multiples. Au bout de
deux ou trois mois, il se forme au pied de la plante des tubercules
farineux qui grossissent pendant toute la saison des pluies et que
l’on récolte au début de la saison sèche, quand les feuilles
commencent à jaunir. La sécheresse est préjudiciable à la patate,
aussi ne la cultive-t-on que pendant l’hivernage.
Il en existe un grand nombre de variétés qui ne diffèrent, du
reste, entre elles, que par la forme et la couleur. Il en est de
longues et de rondes ou plutôt ovoïdes. Les unes sont blanches,
les autres jaunâtres, d’autres enfin légèrement rosées. Ces
dernières sont d’ailleurs d’une qualité supérieure. Le goût
de la patate rappelle un peu celui de la pomme de terre ; mais il est
plus sucré. De plus, sa chair est parsemée de nombreux filaments
désagréables quand on la mange. Les indigènes la font bouillir
ou cuire sous la cendre. Les Européens en font de bonnes fritures,
d’excellents potages et de succulentes purées. Cuites dans un
sirop de sucre, elle sert à confectionner un entremêt dont le
goût rappelle celui du marron glacé.
Les feuilles constituent un excellent fourrage pour les animaux. La
patate se conserve peu de temps pendant la saison sèche. Elle est
attaquée par les insectes et pourrit rapidement.
CHAPITRE IX
Le Kalonkadougou. — Limites-frontières. — Description
géographique. — Aspect général. — Constitution géologique du
sol. — Flore. — Productions du sol. — Cultures. — Faune. —
Animaux domestiques. — Populations. — Ethnographie. — Situation
et organisation politiques actuelles. — Rapports avec les autorités
françaises. — Conclusions.
On désigne sous le nom de Kalonkadougou un pays vaste, peu peuplé
en raison de son étendue, et dont les limites géographiques sont
peu nettes et mal déterminées. Il est compris à peu près entre
les 13° 40′ et 14° 50′ de latitude Nord et les 16° 20′ et
17° de longitude à l’Ouest du méridien de Paris.
Il confine au Nord au Ferlo-Fouta et au Fouta-Toro, à l’Ouest au
Niani, au Sud au Niani, Sandougou et Ouli, et enfin, à l’est au
Ferlo-Bondou. Il est séparé de ces différents pays, notamment du
Fouta-Toro au Nord et du Ferlo-Bondou à l’Est, par d’immenses
plaines désertes, inondées pendant l’hivernage et qui constituent
pour lui les meilleures frontières. Il en est de même à l’Ouest
et au Sud, mais là ces espaces ne dépassent pas 40 ou 50 kilomètres
au plus, néanmoins ils suffisent à établir une séparation assez
tranchée pour qu’il n’y ait pas de contestations avec les
pays voisins.
_Description géographique : Aspect général._ — Le Kalonkadougou
est un pays plat, par excellence. C’est à peine si le sol est
vallonné en quelques rares endroits. Pas le moindre marigot, de
ce fait, que le terrain y est plus élevé que le niveau des plus
hautes eaux de la Gambie. A peine quelques collines peu élevées
aux environs de Goundiourou et de Daouadi. Partout des plaines
nues et brûlées où pousse une herbe pauvre et rabougrie. Pas
de forêts. Les arbres y sont clairsemés et la haute futaie y est
absolument inconnue. Par contre, des arbres aux formes contournées,
bizarres, véritables rachitiques qui n’ont pu se développer
normalement dans ce sol ingrat et pauvre.
_Constitution géologique du sol._ — Le Kalonkadougou peut être,
au point de vue géologique, considéré comme un vaste plateau
formé d’argiles alluvionnaires compactes. Il fait partie de cet
ensemble d’alluvions anciennes qui comprend le Ferlo, le Bondou,
la partie Nord du Niani et la plus grande partie du Fouta-Toro. Par-ci
par-là, nous voyons bien émerger quelques rares îlots de latérite,
mais la plus grande partie du sous-sol est uniquement formée de
terrain ardoisier.
Il est facile de voir comment se modifie, d’une façon sensible, la
nature du terrain à mesure que l’on s’élève dans le Nord. Sur
les rives de la Gambie, nous sommes en présence de marécages et de
terrains d’alluvions récentes. A mesure que l’on s’avance dans
le Nord, le sol s’élève d’une façon sensible. Les alluvions
récentes disparaissent pour faire place d’abord à une étroite
bande de latérite à peu près au niveau de Kountata. Çà et là
émergent quelques roches ferrugineuses. Enfin, aux environs de
Goundiourou, la latérite disparaît complètement et on ne trouve
plus que des argiles. Nous sommes là sur le plateau proprement dit
du Kalonkadougou. D’après ce qui précède, on ne saurait mieux le
comparer qu’à un mamelon dont le terrain est formé d’argiles
alluvionnaires, mais dont les flancs sont recouverts par une couche
peu épaisse de latérite.
Il résulte évidemment de cette disposition toute particulière
du sol que le Kalonkadougou ne doit posséder ni marigot ni cours
d’eau. Les habitants ne se servent que de l’eau des puits, qui
sont excessivement profonds et qui atteignent, en certains endroits,
jusqu’à cinquante mètres de profondeur. Grâce à ces puits,
nous avons pu nous rendre un compte exact de la nature du sol et
de la superposition des différentes couches géologiques. Nous
en avons examiné attentivement un grand nombre et nous avons
constaté partout une même disposition invariable. La nappe
d’eau souterraine se trouve à une profondeur variant de 45 à
50 mètres. Elle est séparée de la surface du sol : 1o par une
couche peu épaisse de sables produits par la désagrégation de
l’argile ; 2o argiles compactes (3 ou 4 mètres d’épaisseur) ;
3o terrain ardoisier (couche très épaisse) ; 4o couche de sables
non constante et enfin la masse aqueuse reposant sur un lit très
épais d’argiles compactes. L’eau est très abondante et de
bonne qualité. Cela n’est pas étonnant, car elle est une eau
d’infiltration, et elle a filtré à travers les sables de la
couche inférieure. Telle est, dans son ensemble, la constitution
géologique du sol du Kalonkadougou. C’est, à peu de chose près,
du reste, celle de toutes les steppes Soudaniennes.
_Flore._ — _Productions du sol._ — _Cultures._ — De la
constitution géologique que nous venons d’esquisser, nous
pouvons facilement déduire ce que doit être la flore de ce
pays et quelles sont les productions du sol. Dans son ensemble,
la flore est excessivement pauvre. Cela se comprendra aisément,
car l’humus fait partout presque absolument défaut. A mesure
que nous nous avançons dans le Nord, nous voyons disparaître les
belles essences que l’on remarque dans les terrains d’alluvions
récentes des bords de la Gambie. Les Sterculiacées, N’tabas
et autres, les Légumineuses gigantesques disparaissent peu à
peu pour faire place aux Mimosées et à une végétation maigre
et pauvre. On dirait que le sol n’a pas la force de nourrir la
plante. Plus de Nétés, plus de Caïl-Cédrats et, à la place,
des Mimosas et des Acacias de toutes sortes aux dards acérés. La
brousse elle-même est profondément modifiée. Ce ne sont plus ces
excellents fourrages que l’on rencontre dans les terrains dont
la latérite forme l’élément principal ; mais de gigantesques
Joncées et Cypéracées qui ont poussé par touffes épaisses
pendant l’hivernage et qui ont prospéré pendant tout le temps
que le sol a été couvert par les eaux que les argiles n’absorbent
pas. Plus de ces lianes énormes que l’on rencontre sur les bords
des marigots du Sandougou et du Niani ; mais seulement quelques rares
échantillons de lianes qui ont peine à vivre et à se développer
dans un terrain qui, pendant sept mois de l’année, ne peut leur
donner la nourriture dont elles ont besoin pour vivre.
On comprendra aisément que les productions du sol et les cultures
soient peu variées. Ce sont des productions de terrains pauvres en
humus. Pas de riz. Il n’y a pas d’eau. Le mil est la principale
culture et encore sont-ce surtout les variétés désignées sous les
noms de _Baciba_, _Guessékélé_, _Sanio_ qui sont particulièrement
cultivées ; sans doute, parce qu’elles n’ont pas besoin pour
prospérer de terres fortes. Avec le mil, du maïs, des haricots,
oseille, arachides, patates, calebasses, courges, tomates et
tabac. Voilà à peu près tout. Quant aux procédés de culture,
ils ne diffèrent pas de ceux employés dans tout le Soudan.
_Faune._ — _Animaux domestiques._ — La faune est la même que
dans les autres pays du Soudan. Les animaux sauvages y sont rares
cependant. Citons : biches, antilopes, gazelles, girafes dans
la partie Nord. Quelques sangliers dans le Sud. Parmi les animaux
nuisibles : hyènes, chacals, panthères, guépards. Peu ou point de
serpents. Enfin, une grande variété d’oiseaux de toutes sortes :
perdrix, cailles de Barbarie, outardes, pigeons, tourterelles,
oiseaux aux plumages variés et aux brillantes couleurs qui sont
chassés pendant l’hivernage, par des chasseurs spéciaux et sont
l’objet d’un petit commerce dont Bathurst surtout a le monopole.
Parmi les animaux domestiques, nous citerons, en première ligne, le
bœuf. Il est élevé par les Peulhs surtout. Les Malinkés n’en
élèvent pas. La taille est petite ; mais sa chair est savoureuse
et les vaches donnent un lait très riche en matières grasses et
d’excellente qualité. Par contre, si le Malinké n’élève pas
de bœufs, il élève en quantité poulets, chèvres et moutons. Tout
cela ne vaut pas cher comme viande de boucherie. Les chats sont peu
nombreux ; les chiens, au contraire, pullulent. Ils sont chargés
de la voirie, dans les villages.
_Populations._ — _Ethnographie._ — On trouve trois races dans
le Kalonkadougou : 1o _Malinkés_, 2o _Peulhs_, 3o _Ouolofs_.
1o _Malinkés._ — Les Malinkés sont maîtres du pays par le
droit de premiers occupants. D’après les renseignements que nous
avons pu recueillir, tout porte à croire qu’ils sont venus des
bords de la Falémé, chassés par la guerre continuelle que leur
faisaient les Almamys du Bondou. Nous les avons trouvés là tels que
nous les avons vus partout, dans le Bambouck, le Manding, le Ouli,
etc., etc... Voleurs, menteurs, ivrognes, ils sont d’une saleté
repoussante et couverts de vermine. Là, comme ailleurs, le Malinké
ne rêve qu’une seule chose, avoir assez de captifs pour faire
ses lougans et ne pas travailler lui-même. Aussi, je ne crois pas
exagérer en disant que, dans ce pays, la moitié de la population
est captive de l’autre moitié et réciproquement. Leurs villages
sont d’une malpropreté révoltante. Ils tombent littéralement
en ruines, et cela, par défaut de soins et d’entretien. Une
case menace-t-elle ruines, son chapeau est-il en mauvais état,
on se gardera bien de les réparer. On construira plutôt une case
neuve à côté de la première. Presque tous les villages Malinkés
du Kalonkadougou sont entourés par les ruines de leurs anciens
tatas. Les villages n’ayant plus, depuis notre protectorat, à
redouter les attaques du voisin, on n’a plus entretenu le tata,
devenu inutile. Celui qui entoure à l’intérieur les cases du chef
est encore en assez bon état. Dans quelques villages, les parties
écroulées du tata sont remplacées par un sagné. Mais tout cela
est bien mal fait et bien insuffisant. On accède, en général,
au village par une route étroite bordée de pieux de chaque côté
formant une palissade derrière laquelle se trouvent les jardins du
village. Toutes ces routes forment autour des habitations une sorte
d’enchevêtrement qui peut en rendre l’attaque difficile pour
des Noirs.
Le plus grand bonheur du Malinké du Kalonkadougou est de s’enivrer
et de rester des journées entières sous l’arbre à palabres
à causer et à priser, ou plutôt à chiquer des prises de tabac
qu’ils se placent sur la langue à l’aide d’une sorte de
petite cuiller en cuivre. Les femmes les placent entre la lèvre et
l’arcade dentaire inférieures. Quant à la femme, comme dans tous
les pays nègres, elle ne compte pas. C’est la bête de somme de
la case.
2o _Peulhs._ — Les Peulhs du Kalonkadougou présentent absolument
les mêmes caractères que ceux des autres pays du Soudan. Ils
sont nomades, ne font jamais de villages définitifs et sont grands
cultivateurs et grands éleveurs de bestiaux. C’est la richesse du
pays où ils se trouvent. On connaît le Peulh, nous n’en ferons
pas une nouvelle description, nous nous contenterons de signaler
ses traits distinctifs. Grand généralement, élancé, bien fait,
son visage ne présente aucun des attributs de celui du nègre. Les
lèvres sont minces, le nez aquilin, le visage régulier. Sa couleur
est plutôt jaune que noire. La femme est réellement femme et
ne présente aucun des traits masculins qui sont le propre de la
négresse. Les attaches sont fines, les extrémités petites et
tout, dans son individu, révèle qu’elle occupe dans l’échelle
des êtres un rang plus élevé que la négresse. Elle a le même
rang qu’elle, par exemple, dans la société Peulhe. Le Peulh est
d’une saleté repoussante et, de loin, on le reconnaît facilement
à l’odeur toute particulière qu’exhale sa dégoûtante
personne. Cette odeur est due à ce qu’ils ont l’habitude de
s’enduire les cheveux et le corps de beurre et beaucoup aussi à
ce qu’ils ignorent que l’eau sert aussi bien pour se laver que
pour se désaltérer.
Les Peulhs forment, en général, des villages de peu
d’importance. Ils construisent deux ou trois cases, au plus,
séparées les unes des autres par des lougans. Chaque chef de case
vit séparé des autres avec sa famille. Tout est provisoire chez
eux, et ils sont toujours prêts à partir. Aussi leurs habitations
sont-elles des plus rudimentaires et construites uniquement et
complètement en paille.
Les Peulhs du Kalonkadougou sont des émigrés du Fouladougou. Ils
ont quitté leur pays depuis quelques années déjà pour fuir les
exactions de Moussa-Molo et de sa famille.
A l’encontre de leurs congénères du Kaarta, du Macina et du
Fouta-Djallon, les Peulhs du Kalonkadougou sont des ivrognes fieffés,
et la plus grande partie de leurs récoltes sont échangées, dans
les factoreries de la Gambie, contre du gin ou de l’alcool frelaté.
Le Peulh est, dans le Kalonkadougou, ce qu’il est dans les autres
pays où nous le rencontrons, la bonne vache à lait des maîtres du
pays. Le Malinké ne se contente pas de lui faire payer l’impôt,
mais encore il le pressure à chaque instant de telle façon que
ceux-ci, exaspérés, parlent d’émigrer à nouveau et de retourner
dans le Fouladougou. Il faut dire toutefois que, sous ce rapport,
je n’ai pas entendu, dans le Kalonkadougou, des plaintes aussi
vives que dans le Ouli.
Outre ces Peulhs nomades, il en est d’autres qui sont installés
depuis fort longtemps dans le pays, mais toujours d’une façon
toute provisoire. Ils se sont attachés aux Malinkés du pays, qui
leur ont jadis donné l’hospitalité, et ceux-ci ne les tourmentent
pas. L’impôt payé (le dixième de la récolte), ils ne réclament
plus rien. Ces Peulhs sont, avec les Ouolofs, les grands cultivateurs
du pays. Leurs lougans sont immenses et toujours fort bien entretenus.
3o _Ouolofs._ — Les villages ouolofs du Kalonkadougou sont peu
nombreux. On sera étonné peut-être de les voir établis si loin
de leurs lieux d’origine. Parmi eux, les uns sont venus du Bondou
pour fuir l’etat de guerre perpétuelle qui y régna du temps
des Almamys, et surtout pour se soustraire à leurs exactions. Les
autres sont venus du Saloum, chassés par l’arbitraire des chefs du
pays. Ce sont des gens calmes, paisibles, qui cultivent leurs vastes
lougans, élèvent leurs bestiaux et ne s’occupent nullement des
affaires politiques. Ils payent l’impôt au chef Malinké dont
ils dépendent et qui les a reçus sur son territoire. Ils jouissent
d’une indépendance et d’une liberté absolues.
Leurs villages sont un peu comme les villages Peulhs. Tout y est
provisoire. Le Ouolof, du reste, ne construit pas en terre, et ses
cases sont, en général, en paille. Elles sont construites soit
avec des tiges de maïs, de mil, de bambou, ou simplement en chaume
de Joncées et de Cypéracées. Les tiges sont placées de façon
à être absolument jointives ; mais, malgré le soin qu’ils y
apportent, elles laissent filtrer le soleil de partout, et la pluie
y pénètre aisément. Parfois ils appliquent à l’extérieur une
sorte de revêtement en argile, mais le cas est rare. Le chapeau
est en chaume et fait généralement avec grand soin. Les cases sont
rondes. Autre chose est le Ouolof, suivant qu’on le voit dans un
des centres civilisés de notre colonie ou dans l’intérieur. Là,
il est policé, civilisé. Ici, c’est absolument le nègre de la
brousse. Les villages sont mal entretenus, sales, dégoûtants
et lui-même ne le cède en rien au Peulh et au Malinké en
malpropreté. Malgré cela, il est de beaucoup plus intelligent
que les autres peuples du Soudan, et n’est pas rebelle comme le
Malinké à tout progrès. Ses lougans sont avec ceux des Peulhs
les plus riches du pays et les plus étendus. De plus, il élève
force bestiaux, chose que n’a jamais su faire un Malinké.
C’est un fait que j’ai remarqué depuis longtemps, à savoir que
moins un village possédait de captifs, et plus il cultivait. Ainsi
le Peulh et le Ouolof n’ont que peu ou pas de captifs et ce sont
eux qui possèdent les plus riches cultures et les mieux faites. Cela
tient uniquement à ce qu’ils font tout par eux-mêmes.
Outre les Malinkés, Peulhs et Ouolofs dont nous venons de parler,
il existe encore dans le Kalonkadougou un village, _Cissé-Counda_,
qui est habité par des Malinkés marabouts. Ils vivent là absolument
indépendants, ne payant l’impôt à aucun des chefs Malinkés
et ne reconnaissent en rien leur suprématie. Ils sont, du reste,
en fort bonne intelligence avec leurs voisins. Marabouts fanatiques,
comme le sont tous les convertis à l’Islamisme, ils se contentent
de faire leurs lougans et n’ont jamais avec leurs voisins que des
relations de bon voisinage.
Telle est la population du Kalonkadougou. Les Malinkés et les
Peulhs ne sont pas musulmans. Les Ouolofs pratiquent, au contraire,
la religion du prophète, mais ils sont, en général, assez
tièdes. Ouolofs, Malinkés, Peulhs et Marabouts de Cissé-Counda
forment une population dont le total peut être estimé à environ
8.000 individus.