_Le Mil._ — Le mil (_Sorghum vulgare_) forme au Sénégal,

au Soudan, en un mot dans la plupart des régions de l’Afrique

tropicale, la base de l’alimentation des indigènes et de leurs

bestiaux. C’est une graminée de haute stature dont la tige

atteint parfois en certaines régions trois et quatre mètres de

hauteur. Il croît, de préférence, dans les climats chauds, où les

deux saisons, sèche et pluvieuse, sont parfaitement tranchées. Il

demande un sol assez fertile et riche surtout en nitrate de potasse.

Son grain est petit, rond. Il est enveloppé de deux écailles

coriaces, résistantes, difficiles à séparer, de couleur tantôt

noirâtre, tantôt rouge foncé.

On le sème au commencement de la saison des pluies, vers la fin mai

ou dans les premiers jours de juin, et la récolte se fait pendant

la saison sèche, aux mois de novembre et décembre.

Les terrains destinés à sa culture demandent peu de

préparation. Les indigènes se contentent d’enlever les mauvaises

herbes et de les brûler sur place. Ils en répandent les cendres

sur les terrains destinés à être ensemencés et placent environ 8

à 10 graines par trou. Ces trous, profonds de 8 à 10 centimètres

au plus, sont distants les uns des autres de trente à quarante

centimètres. La graine enfouie est ensuite légèrement recouverte

de terre. Dans certaines régions, comme à Damentan, au Niocolo,

etc., etc., les cultivateurs ne s’en tiennent pas à ces procédés

primitifs et forment de véritables sillons sans doute dans un but

d’irrigation afin de permettre à l’eau des pluies de séjourner

plus longtemps aux pieds de la plante. J’ai remarqué, en effet,

que ce mode de culture était surtout employé dans les régions

sèches, pauvres en marigots, et dans lesquelles on ne peut compter

que sur l’eau du ciel pour fertiliser le sol.

Le rendement donné par le mil est considérable. Il est d’environ

une tonne et demie par hectare et sa valeur vénale est de dix

francs à peu près les cent kilos. Dans la Haute-Gambie tout le

mil récolté est consommé sur place.

Il y existe certaines régions, comme le Sandougou et le Niani,

dans lesquels on en fait deux récoltes par an, la première dans

les terrains élevés et la seconde sur les berges du fleuve et

des marigots, lorsque l’inondation a cessé et que les eaux

sont rentrées dans leur lit. Le sorgho croît alors, grâce à

l’humidité que le sol a conservée. Mais, en tous cas, cette

seconde récolte est bien moins fructueuse que la première.

En général, le mil n’a qu’une panicule ; mais il n’est pas

rare de voir des tiges en porter trois ou quatre. Cela se produit

surtout dans les années très pluvieuses. Mais alors ces pousses

secondaires sont petites et produisent peu.

Les feuilles sont longues et assez larges. Vertes, elles forment un

aliment précieux pour les animaux, et sèches elles sont surtout

recherchées par les chèvres et les moutons. Les bœufs, animaux

délicats, n’en mangent que fort peu, dans ce second cas. Il en

est de même pour les chevaux.

Le diamètre d’une tige de mil, pris à partie moyenne, varie

entre deux et trois centimètres et demi.

On distingue deux sortes de sorghos ou mils : le _gros_ et le

_petit_. Elles se subdivisent à leur tour en un nombre infini de

variétés portant chacune un nom indigène particulier et qui se

distinguent les unes à la forme et les autres à la couleur de

leurs grains.

Les variétés de gros mil les plus communes dans la Haute-Gambie

sont : le _gadiaba_, le _guessékélé_, le _baciba_, le

_hamariboubou_, le _madio_.

Le _gadiaba_ demande des terrains argileux comme, du reste, toutes

les variétés de gros mil. Sa tige est très élevée. Les axes de

ses panicules sont très longs et très nombreux. Ils portent à

leur extrémité libre une graine de la grosseur d’un pois dont

l’enveloppe est noirâtre.

Le _guessékélé_ est cultivé un peu partout. Il ressemble beaucoup

comme port au gadiaba ; mais il en diffère par ses panicules dont les

axes sont peu fournis et beaucoup plus longs. Sa graine dépourvue

de son enveloppe, moins noire que celle du précédent, est d’un

beau blanc nacré. C’est le mil nacré très recherché pour les

animaux. Il est tendre et se broie facilement.

Le _baciba_ a le même aspect que les précédents, mais ses feuilles

sont plus courtes et plus larges. Ses panicules sont relativement

courtes et leurs axes moins longs que ceux des variétés dont nous

venons de parler. La couleur de ses grains est rouge, ainsi, du reste,

que les détritus que donnent la préparation de sa farine. Il est

surtout employé par les indigènes pour la préparation de leur

couscouss. Son grain très dur est difficilement broyé par les

animaux. Aussi doit-on éviter de l’employer pour leur alimentation

à l’exclusion des autres ; car il peut parfois déterminer de

graves occlusions intestinales. Il importe de ne pas le confondre

avec le mil rouge de Sierra-Leone, qui est une autre variété tout

aussi mauvaise pour les chevaux.

Le _hamariboubou_ diffère des précédents par sa panicule dont

les axes sont excessivement courts, ce qui la fait ressembler à un

véritable pain de sucre. La taille de la plante ne dépasse jamais

1m50 à deux mètres, et ses grains sont enveloppés par une pellicule

de couleur roussâtre caractéristique. Le rendement de ce mil est

considérable. C’est la plus productive de toutes les variétés.

Le _madio_, c’est la seule espèce de gros mil dont la panicule

porte des axes si rapprochés et si courts qu’on pourrait la

confondre avec un véritable épi. Il ressemble comme forme au

millet que nous donnons en France aux oiseaux. Arrivé à maturité,

les panicules ont une couleur brunâtre caractéristique. Leur

longueur est d’environ trente à trente-cinq centimètres. Il

n’en vient généralement qu’une seule à l’extrémité de

la tige dont la hauteur ne dépasse pas deux mètres. Les feuilles

sont longues et très étroites en forme de fer de lance. Une des

enveloppes de la graine se termine à son extrémité libre par un

filament de plusieurs centimètres, 5 ou 6, de longueur, qui tombe

à la maturité. La graine, dépourvue de ses enveloppes, qui sont

moitié blanches et noires, a une belle couleur d’un blanc mat. On

le récolte un des premiers.

Les variétés de petit mil les plus communes dans la Haute-Gambie

sont : le _Souna_, le _Sanio_, le _N’guéné_.

Le _Souna_ est, de toutes les variétés de mil, celle qui arrive le

plus rapidement à maturité. Semé en juillet, on peut le récolter

en septembre et en octobre. Sa tige est de petite taille. Ses

feuilles, très étroites et très longues, sont peu nombreuses,

huit ou dix au maximum par pied. Sa panicule est relativement

longue, trente à trente-cinq centimètres environ, et ses axes

sont si courts que son diamètre à la partie moyenne ne dépasse

pas un centimètre et demi. Contrairement au madio, l’enveloppe

de sa graine ne se termine pas en filament. La graine, très petite,

égale en grosseur la moitié de celle du gros mil. Elle est d’un

blanc mat et est très difficile à décortiquer. Sa farine donne

à la cuisson un couscouss fort apprécié.

Le _Sanio_. — Il ressemble beaucoup à ce dernier. Par exemple, il

ne mûrit que longtemps après lui, vers le milieu de novembre. Quand

il est mûr, ses panicules diffèrent de celles du Souna par leur

couleur vert glauque qui permet de ne pas les confondre. L’enveloppe

de ses graines est aussi légèrement verte. Il est de petite taille

et ses feuilles, au lieu de retomber comme celles des autres mils,

sont presque droites, fortement engaînantes à la base et presque

appliquées contre la tige.

Le _N’guéné_ pourrait presque être considéré comme une

variété intermédiaire entre le gros mil et le petit mil. Il a

l’aspect du sanio, mais ses graines sont plus volumineuses sans

égaler toutefois la grosseur de celles du gros mil. Il arrive à

maturité complète de fin octobre à fin novembre. Quand il est mûr,

ses graines se détachent facilement. Aussi le cueille-t-on avant

qu’il soit arrivé à complète maturité et le fait-on sécher

en tas de forme cubique dressés sur des piquets qui soutiennent

des nattes et qui sont fixés sur une aire bien battue et enduite

au préalable de bouse de vache délayée dans une petite quantité

d’eau.

Mentionnons encore une variété intermédiaire entre le gros et le

petit mil. C’est le _Tiokandé_. Cette variété est très sucrée

et peu cultivée. Elle est peu appréciée pour le couscouss. Mais

je crois qu’il serait bon d’en favoriser le développement et

la propagation ; car elle pourrait être utilisée avec profit

pour la fabrication d’un alcool qui a été reconnu être de

bonne nature. C’est avec de la farine de Tiokandé que, dans les

pays mandingues, on confectionne, le dernier jour de l’année,

pour la fête des captifs (_Dionsali_), les friandises, boulettes

et galettes que l’on a l’habitude, en cette circonstance, de

distribuer aux enfants du village.

Il existe enfin une dernière espèce de mil assez commune dans

le Niani, le Nord du Ouli et du Sandougou, le Tenda et le pays

de Gamon, c’est le _Bakat_, ou mil des oiseaux, qui croît à

l’état sauvage et ressemble au millet de France. Les indigènes

n’en font guère usage que lorsque, pour une cause quelconque,

le mil cultivé vient à manquer.

Toutes ces variétés de mil servent à la nourriture des

indigènes. Sauf le mil rouge, toutes pourraient être également

employées dans l’alimentation des animaux. Mais nous croyons

préférable de n’avoir recours qu’au gros mil. Il se broie,

en effet, aisément et se digère bien. Il n’en est pas de même

du petit mil. Ses grains sont parfois trop petits pour être saisis

sous les arcades dentaires, ils glissent sans être broyés dans

le pharynx et l’animal les avale, en majeure partie, entiers. De

ce fait, ils se digèrent mal, et la bête se nourrit peu. Nous

avons vu des animaux, chez lesquels l’usage exclusif du petit mil

déterminait parfois des diarrhées qui disparaissaient dès qu’on

en supprimait l’emploi. Pour se bien nourrir, un cheval doit,

en temps ordinaire, consommer de quatre à cinq kilos de mil par jour.

La paille des panicules constitue également un excellent aliment

dont les chevaux, bœufs, chèvres, moutons sont exclusivement

friands. Mais elle est loin d’égaler en principes nutritifs la

paille d’arachides.

Les indigènes consomment les grains de mil sous quatre formes

différentes, en entier crus ou bouillis, concassé, c’est le

_Sankalé_, ou transformés en farine.

Rarement ils les mangent crus. Ils n’en font guère usage sous

cette forme que lorsqu’il est vert et pendant les longues routes

quand ils sont pressés par la faim. De même, il est peu fréquent

qu’ils les mangent simplement bouillis avec leur écorce. Ils

préfèrent surtout le sankalé et la farine.

Pour préparer le sankalé, les grains de mil sont placés dans

un mortier spécial que tout le monde connaît. On y ajoute un

peu d’eau simplement pour les mouiller légèrement. Puis, à

l’aide d’un pilon manié de haut en bas, on les écrase et

on les réduit en fragments de la grosseur d’une grosse tête

d’épingle environ. Cette opération terminée, le sankalé est

vanné à l’air libre pour le débarrasser des parcelles de son

écorce qui lui donneraient un goût astringent peu agréable. Il

est ensuite mis à sécher au soleil pendant quelques heures et cuit

ensuite soit à la vapeur d’eau, soit à l’étuvée. On le mange

alors avec de la viande ou du poisson et une sauce relevée dans

laquelle entre souvent une décoction mucilagineuse de feuilles

de baobab destinée à en masquer l’astringence. Le sankalé se

conserve peu de temps, il prend rapidement, au bout de trois jours

à peu près, une odeur rance qui le rend impropre à la consommation.

La farine demande une préparation plus longue et plus délicate. Elle

se prépare de la même façon que le sankalé, et l’appareil dont

on se sert, un mortier et un pilon, est le même. Mais l’opération

doit être continuée jusqu’à ce que les grains soient réduits en

poudre absolument impalpable. Quand ce résultat a été obtenu, le

produit est versé soit dans une calebasse, soit dans des corbeilles

finement tressées. On leur imprime une sorte de mouvement circulaire

qui a pour but de faire venir à la surface les résidus et les

fragments mal pulvérisés. On les enlève à la main ; ces déchets

sont donnés au bétail et à la volaille et souvent consommés par

les indigènes eux-mêmes en temps de disette. La farine ainsi obtenue

est de couleur café au lait clair, douce au toucher, hygrométrique,

avec tendance à se pelotonner. Elle dégage rapidement une forte

odeur d’huile rance. Cuite à l’étuvée ou à la vapeur, elle est

mangée sous forme de bouillie, de galettes ou de boulettes avec de la

viande ou du poisson, et une sauce très relevée. Séchée au soleil,

elle constitue un couscouss précieux pendant les longues marches.

Le mil est relativement assez riche en matières azotées. Malgré

cela, il ne constitue pas un aliment très nourrissant ; aussi les

indigènes en consomment-ils de grandes quantités pour arriver à

satisfaire leur faim.

Les Malinkés et les Bambaras confectionnent avec le mil une sorte de

boisson fermentée, légèrement alcoolique, qu’ils nomment _dolo_

et pour laquelle ils ont un penchant tout particulier. Cette bière

a un petit goût aigrelet qui est loin d’être désagréable,

et l’Européen, appelé à vivre dans ces régions, s’y habitue

rapidement. Prise en petite quantité, elle est rafraîchissante,

mais elle finit par occasionner des gastrites et des dyspepsies

quand on en fait un usage prolongé. Ces affections disparaissent

dès que l’on cesse d’en boire. Mélangé avec du miel, le dolo

forme un hydromel très apprécié des Bambaras du Bélédougou.

Les cendres données par les tiges de mil sont remarquablement

blanches et fines. Elles renferment une notable quantité de nitrate

de potasse.

Des feuilles et des tiges de certaines variétés, le baciba et

le guessékélé, par exemple, les forgerons retirent, je ne sais

trop par quel procédé, une belle couleur rouge vineux, qui leur

sert à teindre les pailles avec lesquelles ils tressent leurs

corbeilles, leurs chapeaux et les paillassons destinés à couvrir

les calebasses. Avec la farine on fait d’excellents barbottages

pour les chevaux. Quand nous aurons dit enfin que les tiges servent

dans la construction des cases et des palissades qui les entourent,

on comprendra aisément que le mil, vu ses usages multiples, soit

regardé, à juste titre, par les indigènes, comme la plante la

plus précieuse.

Le _Maïs_[16]. Il existe dans cette région, comme dans les autres

parties d’ailleurs du Soudan Français deux variétés de cette

graminée : le maïs jaune à grains moyens et le maïs blanc. Elles

sont cultivées en aussi grande quantité toutes les deux : mais les

champs de maïs sont loin d’avoir l’étendue et l’importance

des champs de mil. Le mil est l’aliment indispensable. C’est la

manne quotidienne. Le maïs est, au contraire, un aliment de luxe,

bien moins estimé que le mil et le riz. Il n’en est pas moins

précieux ; car de toutes les céréales c’est celle qui arrive la

première à maturité et qui, vers la fin de la saison des pluies,

permet au noir imprévoyant d’attendre la récolte du mil.

Le maïs demande une terre bien plus riche que le mil. C’est

pourquoi on ne le trouve qu’en quantité relativement peu

considérable et on peut dire que la production de cette céréale

est à celle du mil comme un est à cinquante. Les indigènes le

sèment de préférence dans l’intérieur même des villages et

aux alentours, surtout dans les ruines et partout où le terreau

est assez abondant.

Les semis se font au commencement de la saison pluvieuse, vers la

fin du mois de mai ou au commencement de juin. La récolte a lieu

dans les premiers jours de septembre. Après la récolte, la terre

est de nouveau travaillée et semée en arachides, mais ce fait

est assez rare et je ne l’ai jamais observé que dans certaines

régions du Fouta et sur les bords de la Gambie, dans le Ouli, le

Sandougou et le Niani. Dans les terrains plus élevés et moins bien

arrosés on ne fait qu’une seule récolte. Les semis sont faits

absolument comme ceux du mil. Les graines toutefois sont enfouies

dans la terre à des distances plus grandes que celles auxquelles on

place le mil. Les intervalles sont comblés soit avec des arachides,

soit avec des haricots.

La plante acquiert, surtout si la saison est bonne, ni trop sèche

ni trop pluvieuse, un développement rapide et plus considérable

que dans les pays tempérés. J’ai cru remarquer que les feuilles

sont plus étroites et bien plus longues que celles de nos maïs

européens. Le grain nous a semblé aussi plus petit et plus

coriace. La tige, par contre, est bien plus élevée.

Les indigènes utilisent les jeunes tiges de maïs pour la nourriture

des animaux, bœufs, chevaux, moutons, chèvres. C’est un des

meilleurs fourrages du Soudan : mais il serait mauvais, je crois,

d’en faire la nourriture exclusive des bestiaux. Car il peut

parfois, surtout quand on en fait un usage trop copieux, déterminer

des coliques funestes.

Le grain est également employé pour les animaux et dans

l’alimentation des indigènes.

A peine mûr, et lorsqu’il vient d’être cueilli, il constitue un

excellent aliment d’une très facile digestion. Mais lorsqu’il

a été récolté depuis plusieurs semaines déjà, il durcit très

rapidement et devient excessivement coriace. Aussi les animaux,

les chevaux et les mulets particulièrement le broient-ils très

difficilement et, par ce fait même, le digèrent-ils mal. Le mieux

pour remédier à cet inconvénient est de le concasser avant de le

leur donner. Ainsi préparé, il constitue un aliment précieux et

rapidement assimilable.

Les indigènes le consomment sous plusieurs formes. Quand il est à

peine mûr, ils en font griller légèrement au feu les épis et en

mangent les grains tels quels en les détachant simplement avec les

dents. Nous en avons fait souvent usage sous cette forme et nous

lui avons toujours trouvé un goût fort agréable. C’est dans

les villages un véritable régal pour les petits enfants et, dans

les longs voyages, un élément précieux de ravitaillement par le

fait même que la préparation en est rapide et très facile. Secs,

les grains sont concassés dans le mortier à couscouss à l’aide du

pilon, transformés en sankalé et mangés bouillis avec de la viande

et du poisson et assaisonnés d’une sauce très relevée. Réduits

en farine, ils sont consommés sous forme de bouillie cuite à

la vapeur et préparés comme la farine de mil. Les propriétés

rafraîchissantes de la farine de maïs la font rechercher pour

l’alimentation des malades. Mélangée avec du lait, elle constitue

la nourriture des convalescents et des jeunes enfants. Cette farine ne

se conserve que peu de jours. Elle fermente rapidement et doit être

immédiatement consommée. Il en est de même du maïs en grain quand

il est enfermé dans les greniers avant d’être parfaitement sec.

Les résidus de sa préparation sont donnés en nourriture aux

bestiaux et aux volailles, les tiges servent à confectionner les

_tapades_ (clôtures) des habitations, et les feuilles desséchées

sont mangées avec avidité par les chèvres particulièrement. Elles

seraient utilisées avec profit dans nos postes pour confectionner

des paillasses pour la troupe. Nous nous en sommes très bien trouvé

de nous en être ainsi servi à Koundou, quand nous y remplissions

les fonctions de commandant de Cercle.

Les indigènes, les Bambaras et les Malinkés surtout, fabriquent

encore avec le maïs une sorte de bière (dolo), qui est loin

d’avoir les qualités de celle du mil. Son goût est un peu fade

et sa digestion plus difficile. Aussi ne se sert-on du maïs que

lorsque le mil vient à manquer.

Le rendement du maïs est un peu supérieur à celui du mil. Il est

à peu près de deux tonnes à l’hectare, quand la culture en est

faite dans de bonnes conditions et que la saison lui est favorable. Sa

valeur est environ 10 fr. les 100 kilogrammes.

Le _Tamarinier._ — Dans toute cette contrée, il existe un

végétal précieux, fort employé dans la thérapeutique indigène

et qui rend également aux Européens de grands services. C’est le

tamarinier (_Tamarindus Indica_ L.) de la famille des Légumineuses

Cæsalpinées. C’est un arbre élevé qui atteint parfois de belles

proportions, et qui est facile à reconnaître de loin à ses feuilles

et à ses fruits. Les feuilles en sont paripinnées à folioles

elliptiques, inéquilatérales, obtuses, entières, glabres. Les

fleurs sont assez grandes, jaune-verdâtre, entières, veinées de

rouge, en grappes axillaires pauciflores. Calice à quatre divisions

inégales. Corolle à cinq pétales, trois plus longs que le calice,

deux très petits et très étroits. Sept étamines monadelphes, trois

fertiles opposées aux sépales extérieurs ; 4 stériles alternes

aux premières. Style épaissi au sommet, barbu en dehors. Fruit long

de 10 à 14 centimètres, épais, un peu comprimé et recourbé,

brun-fauve, pourvu de plusieurs étranglements, terminé par une

petite pointe et rempli d’une pulpe rougeâtre qui brunit par

la dessiccation. Dans cette pulpe nagent des graines comprimées,

subquadrilatères, luisantes et de couleur brune presque noire. Ces

fruits, même arrivés à maturité complète, se détachent assez

difficilement du rameau qui les porte. Ils ne tombent d’eux-mêmes

que lorsqu’ils sont attaqués par les insectes.

Le bois du tamarinier est dur, dense, solide, liant et bon pour le

charronnage. On s’en sert beaucoup à Kayes pour faire les couples

d’embarcations.

La pulpe est utilisée par les indigènes et les Européens dans

la thérapeutique journalière. Elle a une saveur légèrement

astringente et acidule. D’après Vauquelin, elle renfermerait

des acides tartrique, citrique, malique, du bitartrate de potasse,

du sucre, de la gomme, de la pectine. C’est un des meilleurs

laxatifs et des plus inoffensifs. On trouve le tamarin sur la plupart

des marchés du Sénégal et du Soudan sous forme de boules de la

grosseur du poing environ. Ces boules sont de couleur rougeâtre quand

elles sont fraîches et brunes presque noires quand elles ont été

récoltées depuis quelque temps. Elles sont formées avec les graines

et la pulpe qui, réduite en pâte, les agglutine solidement. On y

trouve encore des fragments d’écorce, des morceaux de la coque

du fruit et surtout, en grande quantité les fibres rouges qui,

dans le fruit mûr, tapissent la face interne de la gousse.

La façon dont les noirs préparent le tamarin pour l’administrer

est de beaucoup la meilleure. Elle a surtout pour résultat de donner

une boisson d’un goût des plus agréables. Dans un litre et demi

d’eau environ, on met à peu près à macérer à froid 50 à 60

grammes de pulpe telle qu’on la trouve au marché, avec ses graines,

ses fragments d’écorce et ses fibres rouges. En trois heures au

plus la pulpe a été complètement dissoute. On n’a plus qu’à

décanter et l’on obtient aussi une liqueur d’un blanc roussâtre

à odeur et saveur acide et légèrement astringente. Si on y ajoute

un peu de sucre on peut en faire une excellente limonade qui nous

a été souvent précieuse pendant les longues étapes. Trois ou

quatre verres par jour de cette boisson suffisent pour maintenir la

liberté du ventre si précieuse sous ces climats malsains.

L’usage prolongé et en abondance du tamarin finit par fatiguer

l’estomac et détermine des gastrites et des dyspepsies qui

disparaissent dès qu’on cesse d’en consommer. On peut également

manger la pulpe sans la faire dissoudre en en débarrassant simplement

les graines avec les dents ; mais on ne saurait trop s’en abstenir

malgré tout le plaisir que procure, pendant les grandes chaleurs,

sa saveur acide, car elle détermine en peu de temps une gingivite

souvent très rebelle et très douloureuse.

Sur les marchés du Soudan, la valeur du tamarin est d’environ 0

fr. 30 cent. la boule de 250 grammes. Il est plus cher à Saint-Louis,

Rufisque, Dakar et Gorée, où une boule de 150 grammes se vend

couramment 0 fr. 50 cent.

Dans la Haute-Gambie · 第 10 / 54 段