utilisées. Les indigènes des Rivières du Sud les emploient avec
succès dans les cas de fièvres bilieuses simples ou inflammatoires,
de rémittentes bilieuses et de bilieuses hématuriques. C’est
au révérend père Raimbault, missionnaire apostolique à la
côte occidentale d’Afrique, que l’on doit d’avoir attiré
l’attention du monde scientifique sur ce précieux végétal, et ce
sont les savants professeurs Heckel et Schlagdenhauffen qui l’ont
les premiers étudié et analysé. Voici comment, d’après le père
Raimbault qui l’a fréquemment utilisé et toujours avec succès,
on le doit employer. « Le Kinkélibah est administré sous forme
de tisane. Les feuilles sont employées en décoction. On les fait
bouillir pendant un quart d’heure environ soit fraîches, soit
desséchées. Sous ce dernier état, les feuilles pilées peuvent
se conserver pendant plusieurs années avec les mêmes propriétés.
Pour se servir de la poudre de Kinkélibah, on met dans une bouilloire
autant de cuillerées à café de cette poudre qu’il y a de verres
d’eau (4 grammes pour 250 gr. d’eau, 16 gr. pour un litre). On
couvre bien et on laisse bouillir 15 minutes, on décante, on filtre,
ou bien on boit le liquide tel quel au choix du malade.
La tisane doit être amère et jaunâtre. Si elle prenait une couleur
brune, c’est qu’elle serait trop forte et il faudrait ajouter
de l’eau, si elle devient jaune clair, c’est qu’elle est trop
faible, alors il faut faire bouillir plus longtemps et ajouter au
besoin de la poudre.
On prend un verre (250 grammes) de Kinkélibah dans les cas de fièvre
bilieuse hématurique, le plus tôt possible ; puis, après 10 minutes
de repos, un demi-verre (125 grammes), ensuite repos de dix minutes
et enfin un autre demi-verre. Les vomissements se produisent alors,
mais ils ne tardent pas à s’arrêter et à cesser pour toujours. On
doit, du reste, faire boire du Kinkélibah à la soif du malade,
durant tout le cours de la maladie, et pendant quatre jours au moins,
en ne dépassant guère, toutefois, un litre et demi par jour.
Aucune nourriture ne doit être prise pendant toute la durée de
la teinte ictérique, c’est-à-dire pendant les trois premiers
jours. Le 4e jour, nourriture très légère et peu à la fois. Le
mieux même le 4e jour est de ne prendre que du Kinkélibah comme
boisson. Le R. P. Raimbault nourrit ses malades avec des œufs crus
battus dans du rhum et du cognac. Il donne avec succès un purgatif,
dès le commencement de l’accès ; c’est nécessaire en tout cas,
quand la constipation intervient.
Le 4e jour au matin, en même temps que le Kinkélibah, il donne 0
gr. 80 de sulfate de quinine ; il continue ce fébrifuge autant que
dure la fièvre, en diminuant chaque jour la dose, tout en continuant
le Kinkélibah.
Il conseille de prendre un verre de Kinkélibah chaque fois qu’il
y a embarras gastrique de nature biliaire, et considère comme un
moyen sûr d’acclimatement, pour l’Européen, de prendre, chaque
matin à jeûn, un verre de cette décoction. » (De l’emploi
des feuilles du _Combretum Raimbaulti_ Heckel, contre la fièvre
bilieuse hématurique des pays chauds, par le Dr Edouard Heckel,
professeur à la Faculté des Sciences et à l’Ecole de Médecine
de Marseille. — Extrait du _Répertoire de Pharmacie_, juin 1891).
Nous avons expérimenté le Kinkélibah deux fois sur nous-mêmes à
Nétéboulou, alors que j’étais atteint de rémittente bilieuse,
et à Oualia contre l’accès bilieux dont nous avons parlé
plus haut. Je m’en suis également servi à Mac-Carthy pour
soigner plusieurs de mes hommes qui y furent atteints de fièvres
intermittentes compliquées d’embarras gastriques prononcés. Je
m’en suis toujours très bien trouvé et n’ai eu à enregistrer
que des succès. Je me suis toujours attaché à suivre à la lettre
les indications formulées par le R. P. Raimbault et j’ai toujours
vu le médicament agir comme il vient d’être dit. D’après
ce que nous avons observé, nous croyons donc que les feuilles de
Kinkélibah jouissent de précieuses propriétés. Il est à n’en
pas douter, tonique, diurétique et légèrement cholagogue. Il est
de plus émétique au début, et, par l’emploi répété, empêche
le retour des vomissements. D’après Heckel, ses propriétés
toniques et diurétiques seraient justifiées par la présence
du tannin et du nitrate de potasse. Quant aux autres actions, la
composition chimique n’en donne aucune explication plausible.
* * * * *
CHAPITRE V
[Illustration : _Sandougou_]
Le Sandougou. — Description géographique. — Aspect général. —
Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. —
Flore. — Productions du sol. — Cultures. — Faune. — Animaux
domestiques. — Populations. — Ethnologie. — Situation
et organisation politiques. — Rapports avec les autorités
françaises. — Conclusions.
Le Sandougou est peut-être, de tous les pays que nous avons visités
dans le bassin de la Gambie, celui qui présente les frontières
les mieux définies. Bien que cet Etat ait été mutilé par suite
de ce que les Toucouleurs Torodos s’y sont taillés une petite
principauté, nous n’en donnerons pas moins la description
géographique, comme si cette mutilation n’avait pas eu lieu.
Ses limites extrêmes sont comprises entre les 13° 16′ et 13°
34′ de latitude Nord et les 15° 23′ et 16° 50′ de longitude
Ouest. La Gambie forme sa frontière Sud et le sépare du Fouladougou,
au Sud-Est le marigot de Maka-Doua le sépare du Ouli et à l’Est
une ligne fictive serait frontière entre ces deux pays. Cette ligne,
partant de Toubacouta, aboutirait à mi-chemin entre Diabaké et
Koussanar. Enfin, à l’Ouest et au Nord, le Sandougou lui donne
une frontière naturelle. Au Nord, c’est la branche septentrionale
qui forme la séparation. Il conduit à l’Ouest au Niani et au Nord
au Kalonkadougou. Comme on le voit, ce pays est assez important. Il
est très peuplé dans la partie Sud. Sa partie Nord l’est fort
peu. Du Nord au Sud, sa plus grande dimension est d’environ 53
kilom. et de l’Est à l’Ouest elle est de près de 18 kilom. Sa
superficie est d’environ 2500 kilom.
_Description géographique._ — _Aspect général._ — De même
que pour le Ouli, on peut considérer dans le Sandougou deux parties
bien distinctes l’une de l’autre sous tous les rapports, une
partie Nord et une partie Sud. Une ligne fictive allant de Paqueba
dans le Sandougou à Goundiourou dans le Ouli indiquerait d’une
façon à peu près exacte la séparation de ces deux régions.
La partie Nord appartient à la région des Steppes. C’est un pays
plat, à peine vallonné et absolument stérile. Son sol ingrat ne se
prête à aucune culture et il est à peu près inhabité. On n’y
trouve, en effet, que trois villages, Colibentan, Sandougoumana et
Lamen, encore sont-ils situés sur les bords du marigot où la terre
est un peu plus fertile.
Si l’on descend vers le Sud, l’aspect du pays change rapidement,
surtout à partir de Kouta-Counda. Les steppes disparaissent, la
végétation devient plus riche, et la nature du sol se modifie
complètement. Enfin, à vingt kilomètres environ de la Gambie,
nous trouvons un pays qui présente absolument l’aspect d’une
de nos rivières du Sud. C’est la végétation des tropiques dans
toute sa splendeur. Le sol y est d’une fertilité étonnante et le
pays présente un aspect qui repose la vue du voyageur. En résumé,
au Nord région de steppes stérile et inhabitée, au Sud, région
tropicale riche, fertile et excessivement peuplée. Peu de collines
dans le Sandougou, et celles que l’on y rencontre dans le Sud
particulièrement sont fort peu élevées. Elles sont, par contre,
excessivement boisées, et, en tout temps, les végétaux qui les
couvrent sont couverts de feuilles. A notre avis, la partie Sud du
Sandougou est la plus fertile des régions que nous ayons visitées
au Soudan.
_Hydrologie._ — A ce point de vue, le Sandougou appartient tout
entier au bassin de la Gambie. C’est dans ce fleuve, en effet,
que se jettent tous les marigots qui arrosent le pays, marigots, du
reste peu nombreux et fort peu importants, à part le Sandougou. Si
la Gambie ne reçoit que peu de marigots, par contre, elle forme un
grand nombre de véritables criques qui donnent aux terres qui les
avoisinent une étonnante fertilité.
La région Nord du Sandougou est fort peu arrosée. Nous n’y
trouvons, en effet, que le Sandougou lui-même tout-à-fait à
l’extrémité Nord. Il forme là deux branches dont l’une passe
à Koussanar et l’autre non loin de Goundiourou dans le Ouli. Bien
que toute l’année il y ait de l’eau, elle n’y coule cependant
pas, pendant la saison sèche. Comme nous l’avons dit plus haut,
cette région septentrionale est absolument un pays de steppes, et
c’est à peine si de loin en loin on y rencontre quelques mares
où croupit une eau absolument impropre aux usages domestiques.
La région du Sud est, au contraire, puissamment arrosée, non pas
qu’il s’y trouve beaucoup de marigots, mais parce que le sol
est, pour ainsi dire, imprégné par les eaux d’infiltration et
cela à une distance assez considérable du cours du fleuve. Il en
résulte de véritables marécages qui, pendant l’hivernage, sont
transformés en magnifiques rizières et qui se dessèchent pendant
la saison sèche, laissant à nu une couche assez épaisse de vases
et d’argiles. Le pays est parsemé de mares peu profondes, à
fonds d’argiles et de vases qui se dessèchent également pendant
la saison sèche.
Le Sandougou, de son embouchure entre Paddy et Fory, jusqu’aux
environs de Sandougoumana, où il se divise en deux branches, est un
large marigot de 60 à 70 mètres environ de largeur et excessivement
profond. Entre ces deux points extrêmes, en toute saison, l’eau y
coule claire et limpide. Non loin de ses bords, sur les deux rives,
s’élèvent des villages relativement nombreux. On a pu remarquer
à ce propos que les rives de la Gambie étaient peu peuplées. Les
villages que l’on y rencontre sont assez éloignés du fleuve. Il
en est de même pour le Sandougou. Cela tient à ce que les bords
du fleuve sont, pendant l’hivernage et pendant une bonne partie
de la saison sèche, transformés en véritables marais absolument
inhabitables.
En résumé, l’hydrologie du Sandougou est des plus simples :
deux grands cours d’eau, la Gambie et le Sandougou. Pas de
marigots proprement dits, mais de véritables criques que forment
dans l’intérieur des terres les nombreux détours que présente
le fleuve. La région Nord absolument aride, la région Sud,
au contraire, couverte de mares et de marais produits par les
infiltrations souterraines, transformées en rizières pendant
l’hivernage et à sec pendant la saison sèche.
_Orographie._ — De ce que nous venons de dire de l’hydrologie
du Sandougou, on peut facilement en déduire ce que peut être son
orographie. Dans la région Nord, terrain absolument plat, quelques
dunes de sables ou d’argiles compactes et voilà tout. Pays à peine
vallonné. Dans la région Sud, nous ne trouvons à mentionner comme
reliefs de terrain appréciables que la chaîne de petites collines
qui longe la Gambie à environ 1500 mètres de sa rive et que nous
retrouvons dans tout le cours de ce fleuve, sauf dans une certaine
partie du Tenda. Ces collines sont peu élevées. Elles n’ont
guère plus au maximum de trente à quarante mètres au-dessus
du niveau du fleuve, et elles sont excessivement boisées. Par-ci
par-là, on trouve, en outre, quelques petites collines d’un ou
deux kilomètres de longueur sur 500 mètres ou un kilomètre de
largeur et venues là on ne sait d’où ni comment. Elles semblent
placées dans les plaines, comme de véritables buttes de tir et
sont couvertes d’arbres. Leurs flancs sont assez à pic, et, de
ce fait même, profondément ravinés par les pluies de l’hivernage.
De même que sur les bords de la Gambie, nous avons remarqué une
petite chaîne de collines, de même il en existe une semblable
le long du Sandougou, ces collines n’atteignent pas plus d’une
dizaine de mètres de hauteur et sont formées d’argiles et non
de roches, comme les précédentes. Ce sont plutôt de légères
ondulations du sol que des collines véritables.
_Constitution géologique du sol._ — A ce point de vue, nous
considérons dans le Sandougou deux régions bien distinctes : la
région Nord et la région Sud. Nous avons indiqué plus haut la
ligne qui pourrait les séparer.
Dans la région Nord région de steppes soudaniennes, nous trouvons à
peu près les mêmes terrains que dans le Kalonkadougou et la partie
Nord du Ouli auxquels, du reste, elle confine. Une couche épaisse
de sables, soit alluvionnaires, soit produits par la désagrégation
des roches par les pluies d’hivernage, recouvre par endroits une
couche plus épaisse d’argiles compactes. En d’autres lieux, cette
première couche fait absolument défaut et on trouve de suite les
argiles. Le sous-sol est généralement formé de terrains ardoisiers,
dont les schistes apparaissent à nu en certains endroits, schistes
lamelleux et micacés surtout. Ailleurs, et le fait est assez rare,
nous trouvons quelques grès et quelques quartz. La roche et le
conglomérat ferrugineux font presque partout défaut. On n’en
trouve que quelques rares échantillons semés par-ci par-là, on
ne sait ni comment ni par qui, véritables cailloux roulés, blocs
erratiques qui ont dû être entraînés dans ces régions désolées
par les inondations. Il est facile de voir, du reste, qu’ils sont en
voie rapide de désagrégation. La latérite fait absolument défaut.
Telle est la constitution géologique du sol de la région
méridionale du Sandougou. A mesure que nous descendons dans le Sud,
l’aspect du terrain change absolument. Les sables du Nord et les
argiles disparaissent quand on approche de la Gambie. Elles font
place à un tout autre terrain qui mérite une description toute
particulière.
Tout d’abord le sous-sol n’est plus le même. Les schistes du
terrain ardoisier ont disparu pour faire place aux quartz, grès
et conglomérats ferrugineux. Par-ci, par-là, la roche émerge
au-dessus de la croûte terrestre et forme ces collines isolées,
rouges, dont nous avons parlé plus haut. Ailleurs ce sont de vastes
plateaux rocheux, creusés parfois en cuvettes remplies d’eau
pendant la saison des pluies. Plus on approche de la Gambie et plus
le sous-sol rocheux est profondément enfoui sous une épaisse
couche de terres fertiles et cultivées. Cette couche diffère
suivant les endroits où on l’étudie. Au nord, au point où
commence la région méridionale, elle est formée d’une couche
peu épaisse de latérite que recouvre un sable excessivement fin,
produit par la désagrégation des roches cristallines. Plus au sud,
nous avons bien toujours la même couche de latérite ; mais les
sables ont disparu et ont fait place en certains endroits à une
couche relativement épaisse d’humus, et, en d’autres, dans les
marais, à une couche vaseuse qui repose elle-même sur une couche
épaisse d’argiles compactes.
Ainsi que nous l’avons dit plus haut, les rives de la Gambie à
un kilomètre environ à l’intérieur des terres sont couvertes
de marécages pendant l’hivernage, et, pendant la saison sèche,
présentent une couche relativement épaisse d’alluvions récentes,
séchées, durcies et profondément fendillées par l’action du
soleil et du vent d’Est.
Les collines qui la bordent sont formées de terrains identiques au
sous-sol que nous venons de décrire. En maints endroits, la roche
s’y montre à nu. Cela est dû à ce que les flancs sont assez
abrupts pour que les grandes pluies d’hivernage entraînent dans
la plaine toute la terre qui peut s’y trouver. Aussi sont-elles
profondément ravinées.
_Flore. Productions du sol. Cultures._ — La région nord est
absolument stérile. Nous n’y trouvons que la flore des terrains
pauvres en humus, quelques mimosées rachitiques aux dards acérés
et autres végétaux aux formes bizarres, étranges, que le sol n’a
pu faire se développer d’une façon normale. Dans le fond des
vallons où croupit, pendant la saison des pluies, une eau absolument
impropre à n’importe quel usage domestique que ce soit, on trouve
une brousse maigre formée de quelques graminées minces et ténues
et de quelques cypéracées.
On comprend aisément ce que peuvent être les cultures dans un
pareil terrain et ce que peut produire le sol. Hâtons-nous de dire
toutefois que cette région est à peu près inhabitée, sauf en
deux ou trois endroits où la terre, étant plus fertile, se sont
construits les villages de Colibentan, Sandougoumana et Lamen. Le
mil est la principale culture, pour ne pas dire la seule. C’est
surtout la variété baciba qui y est cultivée. Si nous citons,
outre cela, le tabac, et quelques lougans d’arachides, nous aurons
épuisé les cultures de la région Nord.
Autant la région Nord est pauvre, autant la région Sud est riche. La
végétation y est d’une rare vigueur et rappelle celle de nos
Rivières du Sud. Légumineuses gigantesques, N’tabas, fromagers,
caïl-cédrats, ficus énormes et de toutes natures, baobabs, etc.,
etc., y abondent. Le sol y produit tout ce que les indigènes y
veulent bien cultiver. Le mil, le maïs y atteignent des proportions
énormes et y donnent un rendement considérable. Le riz y abonde et
forme la plus grande partie de l’alimentation indigène. C’est
surtout sur les bords du fleuve et du marigot, à deux ou trois
kilomètres de leurs cours, que se trouvent les plus belles et les
plus riches rizières du Sandougou. Mais de toutes les cultures,
celle qui est la plus développée et qui donne le rendement le plus
considérable est assurément celle de l’arachide. Tout, du reste,
concourt, dans le Sandougou, à rendre cette culture excessivement
productive : la nature du terrain et le zèle des travailleurs,
qui s’y livrent sur une grande échelle ; car ils savent qu’ils
en tireront profit. Les arachides du Sandougou sont très belles
et sont fort recherchées des commerçants de la Gambie. Elles sont
de beaucoup supérieures à celles du Cayor et du pays de Galam. Si
l’on parcourt le Sandougou on pourra constater que toute la bande
de terrain qui, des rives du fleuve, s’étend à environ quinze
kilomètres à l’intérieur, est presque uniquement occupée par
cette culture et, encore, que de terrains perdus et qui pourraient
être utilisés. Outre les cultures mentionnées plus haut, nous
citerons encore le tabac, l’oseille, les cucurbitacées de toutes
sortes, le coton, etc., etc. Cette dernière culture est excessivement
développée et avec le produit on fabrique dans le pays une étoffe
qui sert de monnaie.
En résumé, le Sandougou, dans sa partie Sud, peut être
considéré comme le pays le plus fertile de cette région. Il
suffirait de peu d’efforts pour augmenter d’une façon notable
sa production. Malheureusement, la plus grande partie des terres
qui seraient susceptibles de culture ont été cédées par nous aux
Anglais par le traité qui détermine nos possessions et les leurs
en Gambie. Par contre, dans cette région, le commerce qui s’y
fait est heureusement entre les mains de la Compagnie Française de
la côte occidentale d’Afrique et du Sénégal.
_Faune. Animaux domestiques._ — La faune est peu riche. Les
grands fauves y font complètement défaut, et c’est à peine
si on y trouve quelques sangliers et quelques rares biches. Pas
d’antilopes. Peu d’animaux nuisibles. Nous ne citerons que
les chacals, hyènes, lynx et panthères, encore sont-ils très
rares. Dans la Gambie et le Sandougou foisonnent les caïmans et
les hippopotames.
Les animaux domestiques y sont les mêmes que dans les autres
pays. Beaucoup, beaucoup de bœufs petits, mais de bonne qualité. Le
lait que donnent les vaches est absolument de qualité supérieure
et les Peulhs du pays en fabriquent un beurre qui n’est pas à
dédaigner, surtout quand il a été battu à nouveau et nettoyé avec
soin. Le commerce des peaux de bœufs qui se fait avec Mac-Carthy est
assez important et il ne ferait que s’accroître si les habitants
amélioraient leurs procédés d’élevage. Peu de chevaux, ceux que
l’on y trouve viennent du Ouli, du Niani et même du Cayor. Par
contre, tous les villages regorgent littéralement de moutons,
chèvres, poulets, canards. Mentionnons pour mémoire les chiens
très nombreux et qui sont les agents les plus actifs et les seuls,
du reste, de la voirie. Peu de chats.
_Population. Ethnologie._ — Relativement à son étendue, le
Sandougou est peu peuplé. Cela tient à ce que la région Sud est
seule habitée. Il n’y a guère plus d’une douzaine de mille
habitants, ce qui nous donne à peu près 4,5 habitants par kilomètre
carré, ce qui est cependant au Soudan une proportion relativement
élevée. On y trouve des peuples de plusieurs races différentes :
Malinkés musulmans, Peulhs, Toucouleurs, Sarracolés, Ouolofs.
1o _Malinkés musulmans._ — Ce sont les maîtres du pays, les
propriétaires du sol. Ce sont eux qui, venus les premiers dans le
Sandougou après les migrations du Manding, le colonisèrent. Une
seule famille occupa d’abord ce pays relativement étendu :
celle des Dioulas. Ce sont encore les chefs du Sandougou. Quand,
comment et à la suite de quels événements se convertirent-ils à
l’Islamisme, nous ne saurions le dire. Tout ce que nous pourrions
affirmer, c’est que, dans le Sandougou, tous les Malinkés, à
quelque famille qu’ils appartiennent, sont musulmans et musulmans
fanatiques. Aussi la plus grande partie de la population prit-elle
fait et cause pour le marabout Mahmadou-Lamine.
Le Malinké du Sandougou est loin de présenter le type du parfait
abruti que possède à un si haut degré le Malinké non musulman
du Ouli et du Kalonkadougou, par exemple. Il est intelligent, a
l’esprit fort éveillé et ses traits présentent une finesse que
n’ont pas ceux des autres Malinkés. Il est travailleur (autant,
bien entendu, qu’un nègre peut l’être) et propre. Les villages
sont mieux construits, mieux entretenus. Dans chaque village se
trouvent une ou plusieurs mosquées, bien faites, bien disposées
et couvertes en paille. Les abords en sont toujours excessivement
propres, et ce ne sont pas les endroits les moins fréquentés du
village. Les usages, coutumes, etc., sont chez eux les mêmes que
chez les autres peuples musulmans.
2o _Peulhs._ — Les Peulhs sont très nombreux dans le Sandougou. Ils
s’y livrent avec ardeur à la culture et à l’élevage. Ils
sont là aussi sales que partout ailleurs et leurs villages y sont
les mêmes que dans les autres pays. Non loin d’être musulmans,
ce sont, au contraire des ivrognes fieffés ; d’où sont-ils
venus ? Tout porte à croire qu’ils ont suivi les premiers colons
et qu’à ce petit noyau sont venues se joindre d’autres familles
émigrées du Cayor, Fouta-Djallon et surtout du Fouladougou. Le
Peulh est, nous le savons, une race excessivement nomade. Il
vit presque partout dans une espèce de sujétion vis-à-vis des
propriétaires du pays. De ce fait même qu’il est nomade, il est
exposé, dans ses pérégrinations, à être, à chaque instant,
pillé. Aussi cherche-t-il un coin où la terre soit bonne pour y
fixer sa tente, et quand il l’a trouvé, il s’y installe avec
sa famille et avec l’autorisation du chef du pays dont il est,
pour ainsi dire, l’humble serf. Je ne saurais mieux comparer
l’état de sujétion dans lequel vit le Peulh vis-à-vis de son
protecteur. Celui-ci parfois le rançonne et le pressure à outrance,
ce qui entraîne souvent de grandes émigrations. D’autres,
plus intelligents, le laissent en paix dans ses lougans, comprenant
qu’il est une véritable source de richesse et de bien-être pour
son pays. Malgré tout cela, le Peulh jouit de sa liberté entière
et dans le Sandougou plus que partout ailleurs. Il ne contribue pas
peu à augmenter la richesse du pays. C’est ce qu’ont compris
les maîtres du Sandougou.