toute particulière. Ces feuilles sont très épaisses. Les
trois nervures principales ne font jamais défaut. Les nervures
secondaires sont en nombre variable suivant l’âge du végétal
et surtout les dimensions des feuilles. Les nervures secondaires
émettent elles-mêmes un grand nombre de filaments fort apparents
et qui sillonnent le parenchyme de la feuille en venant aboutir
presque en droite ligne aux bords. La face supérieure a une couleur
verte foncée très prononcée. Elle est légèrement veloutée. La
couleur de la face inférieure est verte très pâle. Elle est aussi
légèrement veloutée. Enfin le pétiole d’un brun verdâtre à
la base est d’un vert tendre à son sommet.
Les fleurs sont unisexuées, réunies sur un même spadice, les
femelles à la base, les mâles au-dessus, non périanthées. Elles
sont enveloppées dans une spathe peu ouverte, roulée en cornet
et de couleur blanche légèrement jaunâtre. Le fruit est une
baie globuleuse uniloculaire renfermant de deux à huit graines. Je
dédie cette plante nouvelle à M. le professeur Heckel en la nommant
_Arum Heckeli_.
[Illustration : _Arum Heckeli_ Rançon.
Diabéré : Aroïdée comestible du genre Arum (feuille d’après nature).
(Dessin de A. M. Marrot).]
La racine est un tubercule de la grosseur du poing environ, d’un
brun noirâtre et ayant un peu la forme d’un oignon légèrement
allongé. Sur ce tubercule viennent, quand la plante arrive à
maturité, douze ou quinze turions environ dont les plus volumineux
atteignent tout au plus la grosseur d’un œuf. C’est la partie
comestible, et qui sert à la reproduction. Leur forme est celle
du tubercule auquel ils adhèrent fortement. Leur couleur est aussi
la même. La chair de ces turions est blanche, fortement aqueuse et
compacte, elle rappelle celle de la pomme de terre ou plutôt de la
patate. Leur odeur est légèrement vireuse.
Les semis de _diabéré_ se font en juin et en juillet. Il suffit
pour cela de placer les turions dans un trou creusé dans la terre à
une profondeur d’environ dix à quinze centimètres. La récolte
se fait en décembre. Vers la fin d’octobre ou au commencement
de novembre, les habitants du Sandougou ont l’habitude de couper
les feuilles à une hauteur de dix centimètres du sol environ pour
faire grossir davantage les turions.
Le _diabéré_ est un légume qui n’est pas à dédaigner
même pour le palais délicat des Européens. Bouilli ou frit à
la poële, il constitue un aliment d’un goût agréable. Je me
souviens en avoir mangé avec plaisir en ragoût avec du mouton. Les
indigènes le préfèrent bouilli et dans certaines régions, le
Diaka, le Sandougou, le Tenda par exemple, ils en font une grande
consommation. Dans ces derniers pays surtout on en consomme beaucoup,
et les indigènes des pays voisins attribuent à l’abus qu’ils en
font la maladie de peau et les nombreux goîtres dont sont atteints
les habitants du Tenda. Nous y reviendrons plus longuement plus loin
quand nous parlerons de ce pays.
A sept heures quinze minutes, nous traversons sans nous y arrêter
le village de Diakaba. Le soleil commence à devenir brûlant,
et la température chaude et humide est absolument intolérable.
_Diakaba._ — Diakaba est un village d’environ 600 habitants. Sa
population est uniquement formée de Malinkés musulmans. Il est
littéralement couvert de verdure et à part une grande quantité
de papayers[14] il ne présente rien de particulier à signaler. Ce
végétal croît là en pleine terre et n’a pas besoin de soins
spéciaux. On le rencontre dans presque tous les villages du
Sandougou. Son fruit, que tout le monde connaît, est savoureux et
délicat et l’un des meilleurs desserts que l’on puisse rencontrer
dans les pays chauds.
A un kilomètre et demi environ de Diakaba, nous traversons un assez
gros village Peulh, Sidigui-Counda, qui disparaît littéralement
dans une épaisse forêt de mil et de maïs.
_Sidigui-Counda._ — Sidigui-Counda est un village de 400 habitants
environ. Il est habité par des Peulhs récemment émigrés du
Fouladougou. Ils se livrent là paisiblement à l’élevage et à
la culture de leurs champs. Il est construit en paille et argile
comme tous les villages Peulhs, du reste. Chaque chef de case a ses
cases séparées de celles des autres et les intervalles sont semés
de mil, arachides, tabac, oseille, etc., etc.
A quatre kilomètres de Sidigui-Counda nous arrivons au village
de Saré-Fodé, où Guimmé-Mahmady me quitte en me souhaitant un
bon voyage.
_Saré-Fodé._ — C’est un petit village Peulh de 350
habitants environ. Nous y faisons la halte et y prenons quelques
minutes de repos sous un petit appentis que recouvrent de belles
Cucurbitacées. La population en est uniquement formée de Peulhs. A
peine avions-nous mis pied à terre que le chef vint me saluer et
m’apporta pour me rafraîchir plusieurs calebasses d’un bon
lait fraîchement tiré dont nous nous régalâmes mes hommes et
moi. Nous nous remîmes en route par une chaleur torride.
A peu de distance nous traversons le petit village Peulh de
_Saré-Bourandio_, le dernier du Sandougou oriental et, six
kilomètres plus loin, nous trouvons enfin _Saré-Demba-Ouali_,
le premier village du Sandougou oriental, où j’avais décidé de
faire étape ce jour-là.
_Saré-Demba-Ouali._ — C’est un village Peulh d’environ 550
habitants. Il a absolument l’aspect des autres villages que nous
venons de traverser et la route qui y conduit depuis Saré-Bourandio,
traverse une forêt de bambous de trois à quatre kilomètres de
largeur, et, de ce fait, est difficile à pratiquer.
Je fus bien reçu dans ce village de simples cultivateurs. Pas de
tapage, pas d’ostentation, mais simplement une bonne hospitalité
franche et généreuse. Par exemple, le logement laissait un peu à
désirer et je pus là me convaincre que les cases Peulhs étaient
bien loin d’être confortables. Rien cependant ne me manqua et
mes animaux, mes hommes et moi, nous eûmes à foison de tout ce
que l’on peut trouver dans un village noir. Le chef, Demba, est
un homme jeune, actif et sachant faire respecter son autorité,
chose rare chez les peuples Soudaniens. Je me souviens encore avec
quel ton il intima à l’un de ses notables l’ordre de se taire
parce qu’il s’était permis de l’interrompre pendant qu’il
parlait. Almoudo, mon interprète, qui est cependant un autoritaire,
en était absolument étonné.
Vers quatre heures de l’après-midi, je reçus la visite du
frère de Maka-Cissé, le chef du Sandougou occidental, qui venait
me faire part du chagrin que je lui avais fait en n’allant pas
camper dans son village distant de quelques kilomètres seulement
de Saré-Demba-Ouali, dans le Sud. Il craignait de m’avoir
mécontenté. Je le rassurai complètement et achevai de calmer ses
alarmes en lui faisant cadeau d’une douzaine de _kolas blancs_,
pour lui bien prouver que j’étais son ami. On sait qu’au Soudan
Français, pour prouver à quelqu’un toute l’estime que l’on a
pour lui, il suffit de lui faire cadeau de quelques kolas blancs. Il
comprit d’autant mieux que je ne pouvais aller chez lui, quand je
lui eus dit que j’étais très pressé et que je ne pouvais ainsi
m’écarter de ma route. Il partit tranquille et satisfait et, le
lendemain, à Oualia, il vint de nouveau me voir et m’apporter un
bœuf pour mon déjeuner et celui de mes hommes.
La nuit, malgré la chaleur étouffante, se serait bien passée, si je
n’avais eu à repousser sans cesse les attaques multiples d’une
véritable nuée de puces et de punaises qui vinrent m’assaillir
et m’empêchèrent littéralement de fermer l’œil. Ces insectes
pullulent littéralement dans tous les villages Peulhs, et leurs
habitants, vrais nids à parasites de toutes sortes, n’en semblent
nullement incommodés. Il n’en a pas été de même pour nous. Nous
en avons fait, mes hommes et moi, la pénible expérience. Aussi,
dès le point du jour, tout mon monde était-il debout et les
préparatifs du départ rapidement faits.
_2 novembre 1891._ — A cinq heures cinquante minutes du matin,
nous quittons Saré-Demba-Ouali. Une rosée abondante et fraîche
inonde la brousse qui est fort haute dès que nous sommes sortis du
village. Heureusement que le chef a eu la précaution de faire marcher
devant nous quatre de ses hommes qui, armés de grands bambous,
frappent à tour de bras sur les herbes et font ainsi tomber les
gouttes d’eau. Sans cette prévenance nous n’aurions pas fait
deux cents mètres sans être trempés jusqu’aux os. Quarante
minutes après avoir quitté Saré-Demba-Ouali, nous arrivons au
petit village Ouolof de Tabandi.
_Tabandi._ — C’est un village d’environ 500 habitants. La
population en est entièrement Ouolove. Elle a émigré du Bondou pour
fuir les exactions des Almamys Sissibés et de leur famille. Tabandi
ne le cède en rien en malpropreté aux villages Peulhs et
Malinkés. Il est tout aussi mal entretenu et ne possède aucun
moyen de défense, ni tata, ni sagné. Il est entouré de lougans
bien cultivés et jusque dans les cours des habitations on trouve
de jolis jardins de diabérés, tomates, oseille et oignons. Les
Ouolofs, du reste, cultivent beaucoup plus et mieux que les autres
peuples du Soudan. Cela tient sans nul doute à ce qu’ils font
tout par eux-mêmes et qu’ils n’ont pour ainsi dire que quelques
rares captifs. Nous faisons la halte sous un superbe _N’taba_
et les notables et le chef viennent me saluer. Ils me demandent de
passer la journée dans leur village, et, à mon grand regret, je
suis forcé de refuser leur invitation, étant attendu à Oualia et
ne pouvant m’attarder ainsi dans chaque village. Ces braves gens
voudraient après la récolte retourner dans le Bondou, leur pays
natal, mais ils redoutent encore les exactions des Sissibés. Je
les rassure du mieux que je puis, à ce sujet, et m’efforce de
leur faire comprendre que, grâce à nous, leur situation dans le
Bondou ne sera plus ce qu’elle était autrefois. Je leur serre
la main et remonte à cheval. A sept heures quarante minutes nous
arrivons enfin à Oualia, où nous allons passer la journée.
_Oualia._ — Oualia est un gros village d’environ 1200
habitants. Il est relativement propre et bien construit. Il est
entouré d’un fort sagné de quatre mètres de hauteur environ qui
l’enveloppe de toutes parts. Cinq portes qui y ont été ménagées
permettent de pénétrer dans l’intérieur. Sa population est
uniquement composée de Toucouleurs venus du Fouta-Toro, sous
la conduite de leur chef. Ces Toucouleurs s’adonnent là à la
culture de leurs vastes lougans et élèvent avec soin de nombreux
bestiaux. Nous verrons dans le chapitre suivant quelle a été
jusqu’à ce jour leur histoire et quel avenir leur est réservé
dans le Sandougou. Oualia est situé à environ quatre kilomètres
du Sandougou, sur une petite éminence qui domine une vaste plaine
bien cultivée.
Je fus d’autant mieux reçu à Oualia que son chef Ousman-Celli
avait fait avec nous la campagne de Toubacouta contre le marabout
Mahmadou-Lamine et qu’il nous est absolument dévoué. C’est
un homme fort intelligent, rusé comme un Toucouleur et en ayant,
du reste, le type et tout l’aspect extérieur.
Il avait fait préparer, à mon intention, une belle case, la plus
belle du village. Mais je fus obligé de renoncer à y loger, car elle
était tellement obscure que je n’y aurais pas vu assez clair pour
y travailler, et, de plus, elle était divisée en compartiments si
petits que j’aurais pu à peine m’y retourner. Je me contentai,
en conséquence, d’une habitation moins élégante, mais où je
ne manquais ni d’air ni de lumière. Là, encore, je reçus de
nombreuses visites, et c’est à peine si je pus trouver le temps
nécessaire pour faire mon travail journalier. Vers quatre heures
du soir, me sentant un peu indisposé, je montai à cheval et, pour
me distraire un peu de l’énervement que j’avais éprouvé dans
la journée, je fis une courte promenade jusqu’au Sandougou et
revins à Oualia au soleil couchant. A deux kilomètres de Oualia, je
traversai le petit village de _Saré-Demboubé_, dont la population,
d’environ 250 habitants, est d’origine Toucouleure et a pour chef
le frère lui-même d’Ousman-Celli. — A environ quinze cents
mètres de ce village coule le Sandougou qui forme la séparation
entre le Niani et le Sandougou. C’est le marigot le plus important
de la région. Ses eaux coulent en toute saison. Sa largeur est
là d’environ cinquante à soixante mètres, et Ousman-Celli y a
toujours deux pirogues pour en faciliter le passage aux voyageurs. A
six kilomètres en amont de cet endroit on le peut traverser à
gué. Ce gué porte le nom de _Gué de Oualia_. Il n’est guère
praticable que du mois de février au mois de juin. Je pus m’assurer
que nous pourrions le franchir en face de Saré-Demboubé sans trop
de difficultés.
A peine fus-je rentré à Oualia que l’accès de fièvre, qui
me menaçait depuis quelques heures, se déclara violemment. Je
fus obligé de me coucher sans souper. Frissons, chaleur, sueurs
se succédèrent rapidement et au point du jour je me sentis assez
vigoureux pour me remettre en route.
De Toubacouta à Saré-Demba-Ouali et au Sandougou la route change peu
d’aspect. Nous pourrions répéter à ce sujet ce que nous avons
dit pour la route de Sini à Toubacouta, mais en accentuant encore,
si cela est possible. On suit une véritable vallée de latérite
entrecoupée par deux endroits différents par deux plateaux assez
élevés formés de quartz et de roches ferrugineuses. La latérite
domine partout, mais si on s’écarte à droite ou à gauche de la
vallée on retrouve immédiatement les argiles compactes et sur les
bords de la Gambie des marais et des alluvions. — Le terrain compris
dans le grand coude que forme au Sud la Gambie en cette région
est uniquement formé d’argiles compactes et d’alluvions. Les
collines qui viennent y mourir sont formées de quartz et de
roches ferrugineuses. Elles sont excessivement boisées. — La
végétation dans ces régions est absolument luxuriante et les
cultures magnifiques. La flore varie peu. Toujours les mêmes
essences : _Nétés_, _N’tabas_, _Fromagers_, _Caïl-cédrats_,
_Légumineuses_ les plus variées, quelques beaux Baobabs et quelques
échantillons de belles Combrétacées ! Les mil, maïs, arachides,
riz, etc., etc., y poussent à merveille et n’y ont besoin que de
peu de soins pour donner une récolte abondante.
_Le Baobab._ — Dans presque toutes nos possessions Sénégambiennes
et Soudaniennes, on trouve cet arbre, fantastique, étrange, aux
formes bizarres, véritable Titan végétal, auquel on a donné
le nom curieux de _Baobab_, comme si on voulait attirer sur lui
l’attention rien qu’en le prononçant. C’est l’_Adansonia
digitata_ L.[15] de la famille des Malvoïdées. Il peut atteindre
jusqu’à 12 mètres de diamètre. Cette plante est si diversement
employée par les indigènes et peut rendre de tels services à
l’Européen lui-même que nous aurions été incomplets si nous
n’en avions pas fait l’histoire de façon à bien faire connaître
ses propriétés et ses usages.
Le Baobab est facile à reconnaître. Quiconque l’a vu une fois
n’oubliera jamais sa forme bizarre, ses dimensions gigantesques,
l’aspect tout particulier de ce géant des solitudes Africaines qui
le fait ressembler à quelque animal légendaire et préhistorique. On
dirait une pieuvre de taille démesurée, dont le corps serait
représenté par la tige courte et énorme et les tentacules par
les rameaux tordus et noueux.
L’écorce est très épaisse. L’épiderme est assez mince
et de couleur gris ardoisé. La couleur de celui du tronc est
légèrement terne, celle de celui des rameaux est au contraire très
brillante. Cette écorce est très épaisse, environ trois à quatre
centimètres chez les adultes. Elle peut s’enlever aisément,
et en larges plaques. Sa face interne est blanchâtre, luisante,
gluante. Si, à l’époque de la floraison, on y pratique une
incision intéressant toute son épaisseur, on voit s’écouler
par la blessure un liquide mucilagineux, d’un gris sale qui,
à l’air libre, ne tarde pas à prendre la consistance de la
gélatine. D’après Heckel, de Marseille, ce mucilage serait
donné par des lacunes mucilagineuses, dans un point très
limité de l’écorce seulement. Ces lacunes proviendraient
de la gélification non d’une cellule, mais d’un groupe de
cellules. Dans la composition de l’écorce, entrent encore des
fibres très résistantes, et en grande quantité, dont les indigènes
se servent journellement pour fabriquer des cordes excessivement
fortes qu’ils emploient à maints usages et avec lesquelles ils
fabriquent des hamacs d’une remarquable solidité. Aussi, dans
ce but, ils dépouillent l’arbre de son écorce sur une hauteur
d’environ 1m50 ou 2 mètres à partir du sol. Ces blessures,
même réparées, contribuent à donner à ce végétal un aspect
encore plus saisissant.
Le bois de Baobab est peu utilisé par les indigènes. Difficile
à travailler, ils ne l’emploient qu’à défaut d’autres dans
la construction de leurs pirogues. Je n’ai point appris qu’ils
s’en servent à aucun titre que ce soit dans leur thérapeutique.
Les feuilles sont d’un beau vert et très tendre, elles ressemblent
à celles du marronnier d’Inde. Elles sont alternes et accompagnées
de deux stipules à la base, le limbe en est lisse sans dentelures
sur leur contour quand elles sont vieilles, dentelées au contraire
quand elles sont jeunes, surtout vers leur sommet. Ces feuilles
sont en général peu nombreuses. Il n’y a que les jeunes
rameaux qui en soient pourvues. Elles poussent au commencement de
la saison des pluies et tombent dès qu’elle cesse et dès que la
température de la nuit se rafraîchit. On sait combien est funeste
à l’Européen appelé à vivre sous les climats où croît le
baobab la saison des pluies. De même la saison sèche, à cause
du refroidissement nocturne, est fatale à l’indigène. Aussi
existe-t-il au Sénégal et au Soudan un dicton fort connu de ceux
qui habitent ces régions. Les indigènes disent, en effet, « que
la pousse des feuilles de baobab est le signal de la mort du blanc
et que leur chute est l’annonce de celle du noir ».
Les fleurs sont énormes, suspendues à l’extrémité des jeunes
rameaux par un pédoncule de vingt-cinq à trente centimètres de
longueur. Le calice en est coriace, caduc, gamophylle, pentamère,
chargé en dehors de poils cotonneux. La corolle est blanche
à cinq pétales très épais et très résistants. Étamines
biloculaires, indéfinies, monadelphes ; ovaire à cinq carpelles,
multiovulés. Cette fleur exhale une odeur assez douce qui rappelle
assez celle de l’Althæa.
Le fruit a la forme d’un jeune melon vert, velu et allongé. Il
est porté sur un long pédoncule et il pend à l’extrémité des
jeunes rameaux au bout desquels il s’insère. C’est une capsule
indéhiscente et il faut un choc assez violent pour la briser. Ce
fruit renferme trente à quarante graines entières, réniformes,
pourvues d’un épisperme dur et noirâtre, d’un embryon huileux,
et de cotylédons plissés. Ces graines sont noyées dans une pulpe
blanc-rougeâtre abondante et d’un goût légèrement acide. De
nombreux filaments d’un rose tendre la traversent. La face interne
de la capsule en est également absolument tapissée. Ce fruit,
dont les singes sont très friands, est connu en France sous le nom
de _pain de singe_.
Nous savons que le baobab est très employé non seulement par
les indigènes, mais aussi par les Européens. Nous avons vu
que les fibres que renferme son écorce servaient aux noirs pour
fabriquer leurs cordes et qu’ils utilisaient parfois son bois
pour la construction de leurs pirogues. Je me rappelle avoir lu,
dans je ne sais trop quel livre, qu’ils l’employaient aussi
pour fabriquer des cercueils. Jamais, de mémoire d’homme, dans
n’importe quel village indigène du Sénégal ou du Soudan, le
cadavre d’un noir n’a été enfermé dans un cercueil quelconque
pour être inhumé. L’auteur faisait sans doute allusion à ce
fait que, dans certaines régions, le Djolof, par exemple, on avait
l’habitude de creuser dans le tronc des baobabs la sépulture
des griots. Cette caste si méprisée y est, de ce fait, exclue
des cimetières communs. On jugera par là combien sont grandes les
dimensions que peut atteindre ce végétal.
C’est surtout dans l’alimentation et dans la thérapeutique
que certaines parties du baobab, les feuilles et les fruits
particulièrement, sont employées.
Les jeunes feuilles vertes et fraîches sont utilisées pour fabriquer
les sauces destinées à assaisonner le couscouss. Desséchées
et pulvérisées, elles donnent une poudre qui, sous le nom de
_Lalo_, est mêlée aux aliments et sert de condiment. Cette poudre,
légèrement astringente au goût, a, de plus, une odeur absolument
nauséabonde. Bouillies, ces feuilles servent à confectionner des
cataplasmes excessivement émollients. Les bains de feuilles de lalo
jouissent également, à un haut degré, de cette propriété. Elle
est évidemment due à la grande quantité de mucilage qu’elles
contiennent ; je me suis très bien trouvé, en maintes circonstances,
de m’en être servi.
Le fruit est de beaucoup le plus employé, et c’est la pulpe
qui entoure ses graines qui est principalement active. En temps
de disette, les indigènes en font une grande consommation, et
il est pour eux une précieuse ressource. Le _pain de singe_ est
très commun dans tous les villages et on le trouve en abondance
sur tous les marchés. Il est considéré par les indigènes comme
le médicament antidysentérique par excellence. Il est mélangé
aux aliments mêmes. Ainsi le noir se nourrit souvent de farine
de mil et de lait caillé. On désigne ce mélange sous le nom de
_Sanglé_. Lorsqu’il est atteint par la dysenterie, il mélange le
pain de singe à cette bouillie. La pulpe, desséchée et réduite
à l’état de farine, s’expédiait autrefois en Europe sous le
nom de _terre sigillée de Lemnos_ ou _terra Lemnia_. D’après
Heckel et Schlagdenhauffen (de Nancy), l’action de cette pulpe
serait due, dans la dysenterie, à l’abondance des corps gras,
qui, suspendus par les matières gommeuses, peuvent constituer un
léger laxatif et émollient. L’écorce pilée et les graines
torréfiées sont aussi usitées contre cette affection, mais dans
les cas graves. Elles sont également préconisées contre les
hémorrhagies, les fièvres intermittentes et la lientérie. Leur
action est alors due, vraisemblablement, au tannin spécial qu’elles
renferment. Constatons en terminant que tous les médecins qui se
sont servis du baobab sont unanimes à en reconnaître les bons
effets et ne lui ont trouvé aucun inconvénient.
[Illustration : Kinkélibah (_Combretum Raimbaulti_ Heckel :
rameau floral).]
_Kinkélibah._ — Un autre végétal non moins précieux, dont nous
avons été à même de constater sur nous-mêmes la bienfaisante
action, se trouve en grande quantité notamment sur les plateaux
élevés du Sandougou. C’est le Kinkélibah (_Combretum Raimbaulti_
Heckel), famille des Combrétacées. Très commun dans les Rivières
du Sud, on le trouve encore dans le Cayor, où les Ouolofs lui
donnent les noms de _Sekhaou_ et _Khassaou_. Avec ses rameaux ils
construisent des greniers dans lesquels ils conservent leur mil
et leurs haricots. Ces greniers sont appelés _Lakhass_, nom que,
dans cette région, on donne encore parfois au Kinkélibah, qui est
son nom en langue Soussou. Il croît dans les terrains sablonneux
et pierreux. On ne le trouve jamais au bord de la mer. Il fleurit de
mai à juin. Voici la description qu’en donne le professeur Heckel,
de Marseille : « Cet arbuste, plus ou moins touffu suivant l’âge,
et dont la tige peut atteindre un décimètre de diamètre, devient
alors tout blanc et tranche beaucoup sur les arbres et arbustes qui
l’environnent ; aussi, est-ce à cette époque qu’il est le plus
facile de le reconnaître. Son fruit caractéristique se dessèche
en même temps que les feuilles et tombe avec elles pendant la saison
sèche. Son ombrage agréable est très recherché. Il donne souvent
abri pendant la nuit aux caravanes de l’intérieur. Ce végétal
est muni d’une racine pivotante, dont les ramifications se terminent
par des nœuds à radicelles, d’où naissent de nouveaux rejets. Une
des tiges s’élève au-dessus des autres pour former un arbrisseau
(jamais un arbre) avec branches étendues dans tous les sens, mais
plutôt horizontales que verticales. La tige du Kinkélibah est lisse
et blanchâtre, elle porte des rameaux opposés. Son bois est blanc,
dur et serré. »