La figure ci-contre peut donner une idée de cette disposition

toute particulière. Ces feuilles sont très épaisses. Les

trois nervures principales ne font jamais défaut. Les nervures

secondaires sont en nombre variable suivant l’âge du végétal

et surtout les dimensions des feuilles. Les nervures secondaires

émettent elles-mêmes un grand nombre de filaments fort apparents

et qui sillonnent le parenchyme de la feuille en venant aboutir

presque en droite ligne aux bords. La face supérieure a une couleur

verte foncée très prononcée. Elle est légèrement veloutée. La

couleur de la face inférieure est verte très pâle. Elle est aussi

légèrement veloutée. Enfin le pétiole d’un brun verdâtre à

la base est d’un vert tendre à son sommet.

Les fleurs sont unisexuées, réunies sur un même spadice, les

femelles à la base, les mâles au-dessus, non périanthées. Elles

sont enveloppées dans une spathe peu ouverte, roulée en cornet

et de couleur blanche légèrement jaunâtre. Le fruit est une

baie globuleuse uniloculaire renfermant de deux à huit graines. Je

dédie cette plante nouvelle à M. le professeur Heckel en la nommant

_Arum Heckeli_.

[Illustration : _Arum Heckeli_ Rançon.

Diabéré : Aroïdée comestible du genre Arum (feuille d’après nature).

(Dessin de A. M. Marrot).]

La racine est un tubercule de la grosseur du poing environ, d’un

brun noirâtre et ayant un peu la forme d’un oignon légèrement

allongé. Sur ce tubercule viennent, quand la plante arrive à

maturité, douze ou quinze turions environ dont les plus volumineux

atteignent tout au plus la grosseur d’un œuf. C’est la partie

comestible, et qui sert à la reproduction. Leur forme est celle

du tubercule auquel ils adhèrent fortement. Leur couleur est aussi

la même. La chair de ces turions est blanche, fortement aqueuse et

compacte, elle rappelle celle de la pomme de terre ou plutôt de la

patate. Leur odeur est légèrement vireuse.

Les semis de _diabéré_ se font en juin et en juillet. Il suffit

pour cela de placer les turions dans un trou creusé dans la terre à

une profondeur d’environ dix à quinze centimètres. La récolte

se fait en décembre. Vers la fin d’octobre ou au commencement

de novembre, les habitants du Sandougou ont l’habitude de couper

les feuilles à une hauteur de dix centimètres du sol environ pour

faire grossir davantage les turions.

Le _diabéré_ est un légume qui n’est pas à dédaigner

même pour le palais délicat des Européens. Bouilli ou frit à

la poële, il constitue un aliment d’un goût agréable. Je me

souviens en avoir mangé avec plaisir en ragoût avec du mouton. Les

indigènes le préfèrent bouilli et dans certaines régions, le

Diaka, le Sandougou, le Tenda par exemple, ils en font une grande

consommation. Dans ces derniers pays surtout on en consomme beaucoup,

et les indigènes des pays voisins attribuent à l’abus qu’ils en

font la maladie de peau et les nombreux goîtres dont sont atteints

les habitants du Tenda. Nous y reviendrons plus longuement plus loin

quand nous parlerons de ce pays.

A sept heures quinze minutes, nous traversons sans nous y arrêter

le village de Diakaba. Le soleil commence à devenir brûlant,

et la température chaude et humide est absolument intolérable.

_Diakaba._ — Diakaba est un village d’environ 600 habitants. Sa

population est uniquement formée de Malinkés musulmans. Il est

littéralement couvert de verdure et à part une grande quantité

de papayers[14] il ne présente rien de particulier à signaler. Ce

végétal croît là en pleine terre et n’a pas besoin de soins

spéciaux. On le rencontre dans presque tous les villages du

Sandougou. Son fruit, que tout le monde connaît, est savoureux et

délicat et l’un des meilleurs desserts que l’on puisse rencontrer

dans les pays chauds.

A un kilomètre et demi environ de Diakaba, nous traversons un assez

gros village Peulh, Sidigui-Counda, qui disparaît littéralement

dans une épaisse forêt de mil et de maïs.

_Sidigui-Counda._ — Sidigui-Counda est un village de 400 habitants

environ. Il est habité par des Peulhs récemment émigrés du

Fouladougou. Ils se livrent là paisiblement à l’élevage et à

la culture de leurs champs. Il est construit en paille et argile

comme tous les villages Peulhs, du reste. Chaque chef de case a ses

cases séparées de celles des autres et les intervalles sont semés

de mil, arachides, tabac, oseille, etc., etc.

A quatre kilomètres de Sidigui-Counda nous arrivons au village

de Saré-Fodé, où Guimmé-Mahmady me quitte en me souhaitant un

bon voyage.

_Saré-Fodé._ — C’est un petit village Peulh de 350

habitants environ. Nous y faisons la halte et y prenons quelques

minutes de repos sous un petit appentis que recouvrent de belles

Cucurbitacées. La population en est uniquement formée de Peulhs. A

peine avions-nous mis pied à terre que le chef vint me saluer et

m’apporta pour me rafraîchir plusieurs calebasses d’un bon

lait fraîchement tiré dont nous nous régalâmes mes hommes et

moi. Nous nous remîmes en route par une chaleur torride.

A peu de distance nous traversons le petit village Peulh de

_Saré-Bourandio_, le dernier du Sandougou oriental et, six

kilomètres plus loin, nous trouvons enfin _Saré-Demba-Ouali_,

le premier village du Sandougou oriental, où j’avais décidé de

faire étape ce jour-là.

_Saré-Demba-Ouali._ — C’est un village Peulh d’environ 550

habitants. Il a absolument l’aspect des autres villages que nous

venons de traverser et la route qui y conduit depuis Saré-Bourandio,

traverse une forêt de bambous de trois à quatre kilomètres de

largeur, et, de ce fait, est difficile à pratiquer.

Je fus bien reçu dans ce village de simples cultivateurs. Pas de

tapage, pas d’ostentation, mais simplement une bonne hospitalité

franche et généreuse. Par exemple, le logement laissait un peu à

désirer et je pus là me convaincre que les cases Peulhs étaient

bien loin d’être confortables. Rien cependant ne me manqua et

mes animaux, mes hommes et moi, nous eûmes à foison de tout ce

que l’on peut trouver dans un village noir. Le chef, Demba, est

un homme jeune, actif et sachant faire respecter son autorité,

chose rare chez les peuples Soudaniens. Je me souviens encore avec

quel ton il intima à l’un de ses notables l’ordre de se taire

parce qu’il s’était permis de l’interrompre pendant qu’il

parlait. Almoudo, mon interprète, qui est cependant un autoritaire,

en était absolument étonné.

Vers quatre heures de l’après-midi, je reçus la visite du

frère de Maka-Cissé, le chef du Sandougou occidental, qui venait

me faire part du chagrin que je lui avais fait en n’allant pas

camper dans son village distant de quelques kilomètres seulement

de Saré-Demba-Ouali, dans le Sud. Il craignait de m’avoir

mécontenté. Je le rassurai complètement et achevai de calmer ses

alarmes en lui faisant cadeau d’une douzaine de _kolas blancs_,

pour lui bien prouver que j’étais son ami. On sait qu’au Soudan

Français, pour prouver à quelqu’un toute l’estime que l’on a

pour lui, il suffit de lui faire cadeau de quelques kolas blancs. Il

comprit d’autant mieux que je ne pouvais aller chez lui, quand je

lui eus dit que j’étais très pressé et que je ne pouvais ainsi

m’écarter de ma route. Il partit tranquille et satisfait et, le

lendemain, à Oualia, il vint de nouveau me voir et m’apporter un

bœuf pour mon déjeuner et celui de mes hommes.

La nuit, malgré la chaleur étouffante, se serait bien passée, si je

n’avais eu à repousser sans cesse les attaques multiples d’une

véritable nuée de puces et de punaises qui vinrent m’assaillir

et m’empêchèrent littéralement de fermer l’œil. Ces insectes

pullulent littéralement dans tous les villages Peulhs, et leurs

habitants, vrais nids à parasites de toutes sortes, n’en semblent

nullement incommodés. Il n’en a pas été de même pour nous. Nous

en avons fait, mes hommes et moi, la pénible expérience. Aussi,

dès le point du jour, tout mon monde était-il debout et les

préparatifs du départ rapidement faits.

_2 novembre 1891._ — A cinq heures cinquante minutes du matin,

nous quittons Saré-Demba-Ouali. Une rosée abondante et fraîche

inonde la brousse qui est fort haute dès que nous sommes sortis du

village. Heureusement que le chef a eu la précaution de faire marcher

devant nous quatre de ses hommes qui, armés de grands bambous,

frappent à tour de bras sur les herbes et font ainsi tomber les

gouttes d’eau. Sans cette prévenance nous n’aurions pas fait

deux cents mètres sans être trempés jusqu’aux os. Quarante

minutes après avoir quitté Saré-Demba-Ouali, nous arrivons au

petit village Ouolof de Tabandi.

_Tabandi._ — C’est un village d’environ 500 habitants. La

population en est entièrement Ouolove. Elle a émigré du Bondou pour

fuir les exactions des Almamys Sissibés et de leur famille. Tabandi

ne le cède en rien en malpropreté aux villages Peulhs et

Malinkés. Il est tout aussi mal entretenu et ne possède aucun

moyen de défense, ni tata, ni sagné. Il est entouré de lougans

bien cultivés et jusque dans les cours des habitations on trouve

de jolis jardins de diabérés, tomates, oseille et oignons. Les

Ouolofs, du reste, cultivent beaucoup plus et mieux que les autres

peuples du Soudan. Cela tient sans nul doute à ce qu’ils font

tout par eux-mêmes et qu’ils n’ont pour ainsi dire que quelques

rares captifs. Nous faisons la halte sous un superbe _N’taba_

et les notables et le chef viennent me saluer. Ils me demandent de

passer la journée dans leur village, et, à mon grand regret, je

suis forcé de refuser leur invitation, étant attendu à Oualia et

ne pouvant m’attarder ainsi dans chaque village. Ces braves gens

voudraient après la récolte retourner dans le Bondou, leur pays

natal, mais ils redoutent encore les exactions des Sissibés. Je

les rassure du mieux que je puis, à ce sujet, et m’efforce de

leur faire comprendre que, grâce à nous, leur situation dans le

Bondou ne sera plus ce qu’elle était autrefois. Je leur serre

la main et remonte à cheval. A sept heures quarante minutes nous

arrivons enfin à Oualia, où nous allons passer la journée.

_Oualia._ — Oualia est un gros village d’environ 1200

habitants. Il est relativement propre et bien construit. Il est

entouré d’un fort sagné de quatre mètres de hauteur environ qui

l’enveloppe de toutes parts. Cinq portes qui y ont été ménagées

permettent de pénétrer dans l’intérieur. Sa population est

uniquement composée de Toucouleurs venus du Fouta-Toro, sous

la conduite de leur chef. Ces Toucouleurs s’adonnent là à la

culture de leurs vastes lougans et élèvent avec soin de nombreux

bestiaux. Nous verrons dans le chapitre suivant quelle a été

jusqu’à ce jour leur histoire et quel avenir leur est réservé

dans le Sandougou. Oualia est situé à environ quatre kilomètres

du Sandougou, sur une petite éminence qui domine une vaste plaine

bien cultivée.

Je fus d’autant mieux reçu à Oualia que son chef Ousman-Celli

avait fait avec nous la campagne de Toubacouta contre le marabout

Mahmadou-Lamine et qu’il nous est absolument dévoué. C’est

un homme fort intelligent, rusé comme un Toucouleur et en ayant,

du reste, le type et tout l’aspect extérieur.

Il avait fait préparer, à mon intention, une belle case, la plus

belle du village. Mais je fus obligé de renoncer à y loger, car elle

était tellement obscure que je n’y aurais pas vu assez clair pour

y travailler, et, de plus, elle était divisée en compartiments si

petits que j’aurais pu à peine m’y retourner. Je me contentai,

en conséquence, d’une habitation moins élégante, mais où je

ne manquais ni d’air ni de lumière. Là, encore, je reçus de

nombreuses visites, et c’est à peine si je pus trouver le temps

nécessaire pour faire mon travail journalier. Vers quatre heures

du soir, me sentant un peu indisposé, je montai à cheval et, pour

me distraire un peu de l’énervement que j’avais éprouvé dans

la journée, je fis une courte promenade jusqu’au Sandougou et

revins à Oualia au soleil couchant. A deux kilomètres de Oualia, je

traversai le petit village de _Saré-Demboubé_, dont la population,

d’environ 250 habitants, est d’origine Toucouleure et a pour chef

le frère lui-même d’Ousman-Celli. — A environ quinze cents

mètres de ce village coule le Sandougou qui forme la séparation

entre le Niani et le Sandougou. C’est le marigot le plus important

de la région. Ses eaux coulent en toute saison. Sa largeur est

là d’environ cinquante à soixante mètres, et Ousman-Celli y a

toujours deux pirogues pour en faciliter le passage aux voyageurs. A

six kilomètres en amont de cet endroit on le peut traverser à

gué. Ce gué porte le nom de _Gué de Oualia_. Il n’est guère

praticable que du mois de février au mois de juin. Je pus m’assurer

que nous pourrions le franchir en face de Saré-Demboubé sans trop

de difficultés.

A peine fus-je rentré à Oualia que l’accès de fièvre, qui

me menaçait depuis quelques heures, se déclara violemment. Je

fus obligé de me coucher sans souper. Frissons, chaleur, sueurs

se succédèrent rapidement et au point du jour je me sentis assez

vigoureux pour me remettre en route.

De Toubacouta à Saré-Demba-Ouali et au Sandougou la route change peu

d’aspect. Nous pourrions répéter à ce sujet ce que nous avons

dit pour la route de Sini à Toubacouta, mais en accentuant encore,

si cela est possible. On suit une véritable vallée de latérite

entrecoupée par deux endroits différents par deux plateaux assez

élevés formés de quartz et de roches ferrugineuses. La latérite

domine partout, mais si on s’écarte à droite ou à gauche de la

vallée on retrouve immédiatement les argiles compactes et sur les

bords de la Gambie des marais et des alluvions. — Le terrain compris

dans le grand coude que forme au Sud la Gambie en cette région

est uniquement formé d’argiles compactes et d’alluvions. Les

collines qui viennent y mourir sont formées de quartz et de

roches ferrugineuses. Elles sont excessivement boisées. — La

végétation dans ces régions est absolument luxuriante et les

cultures magnifiques. La flore varie peu. Toujours les mêmes

essences : _Nétés_, _N’tabas_, _Fromagers_, _Caïl-cédrats_,

_Légumineuses_ les plus variées, quelques beaux Baobabs et quelques

échantillons de belles Combrétacées ! Les mil, maïs, arachides,

riz, etc., etc., y poussent à merveille et n’y ont besoin que de

peu de soins pour donner une récolte abondante.

_Le Baobab._ — Dans presque toutes nos possessions Sénégambiennes

et Soudaniennes, on trouve cet arbre, fantastique, étrange, aux

formes bizarres, véritable Titan végétal, auquel on a donné

le nom curieux de _Baobab_, comme si on voulait attirer sur lui

l’attention rien qu’en le prononçant. C’est l’_Adansonia

digitata_ L.[15] de la famille des Malvoïdées. Il peut atteindre

jusqu’à 12 mètres de diamètre. Cette plante est si diversement

employée par les indigènes et peut rendre de tels services à

l’Européen lui-même que nous aurions été incomplets si nous

n’en avions pas fait l’histoire de façon à bien faire connaître

ses propriétés et ses usages.

Le Baobab est facile à reconnaître. Quiconque l’a vu une fois

n’oubliera jamais sa forme bizarre, ses dimensions gigantesques,

l’aspect tout particulier de ce géant des solitudes Africaines qui

le fait ressembler à quelque animal légendaire et préhistorique. On

dirait une pieuvre de taille démesurée, dont le corps serait

représenté par la tige courte et énorme et les tentacules par

les rameaux tordus et noueux.

L’écorce est très épaisse. L’épiderme est assez mince

et de couleur gris ardoisé. La couleur de celui du tronc est

légèrement terne, celle de celui des rameaux est au contraire très

brillante. Cette écorce est très épaisse, environ trois à quatre

centimètres chez les adultes. Elle peut s’enlever aisément,

et en larges plaques. Sa face interne est blanchâtre, luisante,

gluante. Si, à l’époque de la floraison, on y pratique une

incision intéressant toute son épaisseur, on voit s’écouler

par la blessure un liquide mucilagineux, d’un gris sale qui,

à l’air libre, ne tarde pas à prendre la consistance de la

gélatine. D’après Heckel, de Marseille, ce mucilage serait

donné par des lacunes mucilagineuses, dans un point très

limité de l’écorce seulement. Ces lacunes proviendraient

de la gélification non d’une cellule, mais d’un groupe de

cellules. Dans la composition de l’écorce, entrent encore des

fibres très résistantes, et en grande quantité, dont les indigènes

se servent journellement pour fabriquer des cordes excessivement

fortes qu’ils emploient à maints usages et avec lesquelles ils

fabriquent des hamacs d’une remarquable solidité. Aussi, dans

ce but, ils dépouillent l’arbre de son écorce sur une hauteur

d’environ 1m50 ou 2 mètres à partir du sol. Ces blessures,

même réparées, contribuent à donner à ce végétal un aspect

encore plus saisissant.

Le bois de Baobab est peu utilisé par les indigènes. Difficile

à travailler, ils ne l’emploient qu’à défaut d’autres dans

la construction de leurs pirogues. Je n’ai point appris qu’ils

s’en servent à aucun titre que ce soit dans leur thérapeutique.

Les feuilles sont d’un beau vert et très tendre, elles ressemblent

à celles du marronnier d’Inde. Elles sont alternes et accompagnées

de deux stipules à la base, le limbe en est lisse sans dentelures

sur leur contour quand elles sont vieilles, dentelées au contraire

quand elles sont jeunes, surtout vers leur sommet. Ces feuilles

sont en général peu nombreuses. Il n’y a que les jeunes

rameaux qui en soient pourvues. Elles poussent au commencement de

la saison des pluies et tombent dès qu’elle cesse et dès que la

température de la nuit se rafraîchit. On sait combien est funeste

à l’Européen appelé à vivre sous les climats où croît le

baobab la saison des pluies. De même la saison sèche, à cause

du refroidissement nocturne, est fatale à l’indigène. Aussi

existe-t-il au Sénégal et au Soudan un dicton fort connu de ceux

qui habitent ces régions. Les indigènes disent, en effet, « que

la pousse des feuilles de baobab est le signal de la mort du blanc

et que leur chute est l’annonce de celle du noir ».

Les fleurs sont énormes, suspendues à l’extrémité des jeunes

rameaux par un pédoncule de vingt-cinq à trente centimètres de

longueur. Le calice en est coriace, caduc, gamophylle, pentamère,

chargé en dehors de poils cotonneux. La corolle est blanche

à cinq pétales très épais et très résistants. Étamines

biloculaires, indéfinies, monadelphes ; ovaire à cinq carpelles,

multiovulés. Cette fleur exhale une odeur assez douce qui rappelle

assez celle de l’Althæa.

Le fruit a la forme d’un jeune melon vert, velu et allongé. Il

est porté sur un long pédoncule et il pend à l’extrémité des

jeunes rameaux au bout desquels il s’insère. C’est une capsule

indéhiscente et il faut un choc assez violent pour la briser. Ce

fruit renferme trente à quarante graines entières, réniformes,

pourvues d’un épisperme dur et noirâtre, d’un embryon huileux,

et de cotylédons plissés. Ces graines sont noyées dans une pulpe

blanc-rougeâtre abondante et d’un goût légèrement acide. De

nombreux filaments d’un rose tendre la traversent. La face interne

de la capsule en est également absolument tapissée. Ce fruit,

dont les singes sont très friands, est connu en France sous le nom

de _pain de singe_.

Nous savons que le baobab est très employé non seulement par

les indigènes, mais aussi par les Européens. Nous avons vu

que les fibres que renferme son écorce servaient aux noirs pour

fabriquer leurs cordes et qu’ils utilisaient parfois son bois

pour la construction de leurs pirogues. Je me rappelle avoir lu,

dans je ne sais trop quel livre, qu’ils l’employaient aussi

pour fabriquer des cercueils. Jamais, de mémoire d’homme, dans

n’importe quel village indigène du Sénégal ou du Soudan, le

cadavre d’un noir n’a été enfermé dans un cercueil quelconque

pour être inhumé. L’auteur faisait sans doute allusion à ce

fait que, dans certaines régions, le Djolof, par exemple, on avait

l’habitude de creuser dans le tronc des baobabs la sépulture

des griots. Cette caste si méprisée y est, de ce fait, exclue

des cimetières communs. On jugera par là combien sont grandes les

dimensions que peut atteindre ce végétal.

C’est surtout dans l’alimentation et dans la thérapeutique

que certaines parties du baobab, les feuilles et les fruits

particulièrement, sont employées.

Les jeunes feuilles vertes et fraîches sont utilisées pour fabriquer

les sauces destinées à assaisonner le couscouss. Desséchées

et pulvérisées, elles donnent une poudre qui, sous le nom de

_Lalo_, est mêlée aux aliments et sert de condiment. Cette poudre,

légèrement astringente au goût, a, de plus, une odeur absolument

nauséabonde. Bouillies, ces feuilles servent à confectionner des

cataplasmes excessivement émollients. Les bains de feuilles de lalo

jouissent également, à un haut degré, de cette propriété. Elle

est évidemment due à la grande quantité de mucilage qu’elles

contiennent ; je me suis très bien trouvé, en maintes circonstances,

de m’en être servi.

Le fruit est de beaucoup le plus employé, et c’est la pulpe

qui entoure ses graines qui est principalement active. En temps

de disette, les indigènes en font une grande consommation, et

il est pour eux une précieuse ressource. Le _pain de singe_ est

très commun dans tous les villages et on le trouve en abondance

sur tous les marchés. Il est considéré par les indigènes comme

le médicament antidysentérique par excellence. Il est mélangé

aux aliments mêmes. Ainsi le noir se nourrit souvent de farine

de mil et de lait caillé. On désigne ce mélange sous le nom de

_Sanglé_. Lorsqu’il est atteint par la dysenterie, il mélange le

pain de singe à cette bouillie. La pulpe, desséchée et réduite

à l’état de farine, s’expédiait autrefois en Europe sous le

nom de _terre sigillée de Lemnos_ ou _terra Lemnia_. D’après

Heckel et Schlagdenhauffen (de Nancy), l’action de cette pulpe

serait due, dans la dysenterie, à l’abondance des corps gras,

qui, suspendus par les matières gommeuses, peuvent constituer un

léger laxatif et émollient. L’écorce pilée et les graines

torréfiées sont aussi usitées contre cette affection, mais dans

les cas graves. Elles sont également préconisées contre les

hémorrhagies, les fièvres intermittentes et la lientérie. Leur

action est alors due, vraisemblablement, au tannin spécial qu’elles

renferment. Constatons en terminant que tous les médecins qui se

sont servis du baobab sont unanimes à en reconnaître les bons

effets et ne lui ont trouvé aucun inconvénient.

[Illustration : Kinkélibah (_Combretum Raimbaulti_ Heckel :

rameau floral).]

_Kinkélibah._ — Un autre végétal non moins précieux, dont nous

avons été à même de constater sur nous-mêmes la bienfaisante

action, se trouve en grande quantité notamment sur les plateaux

élevés du Sandougou. C’est le Kinkélibah (_Combretum Raimbaulti_

Heckel), famille des Combrétacées. Très commun dans les Rivières

du Sud, on le trouve encore dans le Cayor, où les Ouolofs lui

donnent les noms de _Sekhaou_ et _Khassaou_. Avec ses rameaux ils

construisent des greniers dans lesquels ils conservent leur mil

et leurs haricots. Ces greniers sont appelés _Lakhass_, nom que,

dans cette région, on donne encore parfois au Kinkélibah, qui est

son nom en langue Soussou. Il croît dans les terrains sablonneux

et pierreux. On ne le trouve jamais au bord de la mer. Il fleurit de

mai à juin. Voici la description qu’en donne le professeur Heckel,

de Marseille : « Cet arbuste, plus ou moins touffu suivant l’âge,

et dont la tige peut atteindre un décimètre de diamètre, devient

alors tout blanc et tranche beaucoup sur les arbres et arbustes qui

l’environnent ; aussi, est-ce à cette époque qu’il est le plus

facile de le reconnaître. Son fruit caractéristique se dessèche

en même temps que les feuilles et tombe avec elles pendant la saison

sèche. Son ombrage agréable est très recherché. Il donne souvent

abri pendant la nuit aux caravanes de l’intérieur. Ce végétal

est muni d’une racine pivotante, dont les ramifications se terminent

par des nœuds à radicelles, d’où naissent de nouveaux rejets. Une

des tiges s’élève au-dessus des autres pour former un arbrisseau

(jamais un arbre) avec branches étendues dans tous les sens, mais

plutôt horizontales que verticales. La tige du Kinkélibah est lisse

et blanchâtre, elle porte des rameaux opposés. Son bois est blanc,

dur et serré. »

Dans la Haute-Gambie · 第 7 / 54 段