Son écorce est large, cintrée, fendillée légèrement,

rougeâtre et couverte d’un épiderme presque lisse et d’un gris

blanchâtre. Sa cassure est grenue en dehors, puis un peu lamelleuse

et formée en dedans par une série simple de fibres ligneuses

aplaties et agglutinées. Elle est dure, cassante, fort lourde,

amère et légèrement odorante. Si on y pratique une incision

intéressant toute son épaisseur, il s’écoule par la blessure

un liquide rougeâtre qui se coagule à l’air libre en une petite

masse résineuse de couleur brune très foncée. Si, enfin, on fait

brûler des morceaux de ce bois, la fumée qu’ils donnent exhale

une odeur douce et caractéristique. Aussi est-il impossible de

s’en servir pour faire cuire des aliments grillés ou rôtis,

car ils s’en imprègnent tellement qu’ils sont, de ce fait,

absolument exécrables à manger. Les cendres que l’on obtient en

faisant brûler le _Caïl-cédrat_ à l’air libre renferment une

grande quantité de nitrate de potasse, et sont d’une blancheur

immaculée. C’est, du reste, à la présence de ce sel, je crois,

qu’il faut attribuer la propriété toute particulière que possède

ce végétal de brûler rapidement, même lorsqu’il est vert. Je

me souviens, étant à Koundou, avoir ainsi enflammé une planche de

_Caïl-cédrat_, rien qu’en y posant mon cigare allumé. En quelques

minutes, cinq centimètres carrés se consumèrent de ce fait.

Le bois est rouge foncé et rappelle celui de l’acajou par sa

couleur et sa texture. C’est pourquoi ce végétal a été souvent

appelé l’ « _Acajou du Sénégal_ ». Il est dur et très cassant,

même lorsqu’il est vert. Malgré cela, on en fait à Saint-Louis

et au Soudan de beaux meubles et, en France, il pourrait servir pour

les travaux d’ébénisterie les plus délicats.

Les feuilles composées sont d’un beau vert foncé et persistent

toute l’année. La floraison a lieu de la fin d’avril à la

fin de mai ou au commencement de juin. Les fleurs sont d’un blanc

légèrement jaunâtre. — Calice à préfloraison imbriquée. —

Etamines définies, régulières. — Styles soudés. — Fruit rond

adhérent fortement au pédoncule, ne tombant pas à maturité. —

Loges pluriovulées. — Graines ailées. — Embryon inclus dans

le périsperme qu’il égale presque.

Les indigènes utilisent le _Caïl-cédrat_ pour la construction

de leurs cases et de leurs pirogues, et pour la fabrication de

certains ustensiles de ménage, tabourets, pilons et mortiers à

couscouss. Mais c’est surtout comme médicament qu’il est le

plus souvent employé. On s’en sert surtout contre la fièvre

intermittente, la blennorrhagie, les diarrhées rebelles, et comme

topiques pour panser certaines plaies de mauvaise nature.

La même préparation plus ou moins concentrée sert contre

les fièvres intermittentes, la blennorrhagie et les diarrhées

rebelles. On prend environ trente à cinquante grammes d’écorce

fraîche que l’on fait bouillir dans un litre d’eau jusqu’à

ce que la liqueur soit réduite d’un tiers à peu près. On y

ajoute environ dix ou 15 grammes de sel et on se l’administre

en deux fois dans la journée. Cette liqueur est excessivement

amère et nous l’avons vu réussir assez fréquemment, sur

des noirs particulièrement. Dans les cas de blennorrhagie, on

emploie de préférence la macération et je pourrais citer le

nom d’un jeune métis de Saint-Louis qui s’en est très bien

trouvé. L’action fébrifuge de l’écorce de _Caïl-cédrat_

serait due à une matière colorante rouge qui y est très abondante

et à un principe neutre, amer, qui a été isolé par Caventou, et

auquel il a donné le nom de _Caïl-cédrin_. Quoiqu’il en soit,

l’action de ce principe comme fébrifuge est bien inférieure à

celle du sulfate de quinine.

En ce qui concerne le traitement des plaies de mauvaise nature, je

crois devoir laisser ici la parole à mon excellent ami, le capitaine

Binger, qui s’en est servi avec succès. Voici ce que dit, à

ce sujet, le célèbre explorateur sur son mode d’emploi : « On

fait cuire un morceau d’écorce du poids de un kilogramme environ

dans deux litres d’eau et on laisse réduire à un litre. Cette

préparation sert à laver et à nettoyer la plaie. Un autre morceau

d’écorce fraîchement coupé est pilé dans un mortier à mil

jusqu’à ce qu’on obtienne un morceau de pâte. Cette pâte est

séchée au soleil, les gros résidus sont enlevés et la poudre qui

reste est employée à saupoudrer la plaie après chaque lavage. La

croûte qui ne tarde pas à se former est enlevée tous les jours

jusqu’à ce que toute trace de suppuration ait disparu et que la

plaie ait l’aspect sanguinolent. On cesse ensuite les lavages

et l’on se contente de saupoudrer les parties non recouvertes

de croûte. J’ai vu ce remède réussir sur un de nos mulets qui

avait une plaie au côté. » Pour nous, nous l’avons vu également

employer avec succès par un indigène de Koundou qui avait à la face

externe de la jambe gauche une plaie qui suppurait depuis longtemps

et qui lui était survenue à la suite de plusieurs furoncles mal

soignés et de mauvaise nature. Nous ne saurions trop recommander ce

remède à ceux qui se trouveraient dans le cas de l’expérimenter

et d’en déterminer exactement les propriétés curatives.

Après une heure de marche nous arrivons à Dalésilamé, où

nous faisons la halte sur la place principale du village, sous un

magnifique ficus.

_Dalésilamé._ — Dalésilamé est un village d’environ

650 habitants. Sa population est formée à parties égales de

Malinkés Musulmans et de Sarracolés. Il y a, à proprement parler,

deux villages et deux chefs, un village et un chef Malinkés,

un village et un chef Sarracolés. Les uns et les autres sont des

Musulmans fanatiques. Les Sarracolés de Dalésilamé habitaient

autrefois de l’autre côté de la Gambie, sur la rive gauche,

dans le pays de Ghabou. Pillés et pressurés sans cesse par les

Peulhs du Fouladougou, ils passèrent le fleuve et vinrent se fixer

à Dalésilamé. On sera peut-être étonné de voir les Sarracolés

si loin de leur pays d’origine ; mais on s’expliquera aisément

ce fait, quand on saura qu’ils habitaient autrefois le Guidioumé

près Nioro et qu’ils ont fui à l’approche d’El Hadj Oumar. Le

Sarracolé est d’humeur très vagabonde, on comprendra dès

lors qu’il ait pu venir jusqu’à la Gambie en fuyant devant

l’envahisseur. Ceux de Dalésilamé appartiennent à la famille

des Diawaras.

Les deux villages sont séparés par une large rue d’environ deux

cents mètres de longueur sur six de largeur. Les Malinkés sont

à l’Ouest et les Sarracolés à l’Est. Ni l’un ni l’autre

ne sont fortifiés. Pas de tata, pas de sagné. Chaque habitation

particulière est entourée d’une palissade (tapade) construite

avec des tiges de mil et de bambous jointives et haute d’environ

deux mètres à deux mètres cinquante centimètres. A cette époque

de l’année, les toits des cases disparaissent complètement sous

les cucurbitacées de toutes sortes. Ce qui donne au village un

aspect vert sombre excessivement curieux. Il se confond absolument

avec la campagne environnante, et, seule la fumée qui sort du toit

en décèle au loin la présence. — A peine avions-nous mis pied

à terre que les chefs vinrent me saluer et m’offrir un peu de

lait pour me désaltérer. Sandia, qui y compte beaucoup d’amis,

est l’objet d’une véritable ovation, car il leur a maintes fois

rendu de réels services et son bon sens y est fort apprécié.

Je rencontrai dans ce village un dioula (marchand ambulant) qui

y était arrivé depuis trois mois environ et qui y avait été

surpris par l’hivernage. Ne pouvant continuer sa route vers le

Sud, il y attendait le retour de la belle saison, et s’y était

installé pour un long séjour. Une case lui avait été donnée et

le village pourvoyait à sa nourriture de chaque jour et à celle

de son petit âne. Ces exemples de généreuse hospitalité ne sont

pas rares au Soudan. Dans chaque village, le voyageur est assuré,

quelle que soit la race à laquelle il appartienne et celle de ses

hôtes, de trouver une case pour s’abriter, une natte pour se

reposer et du couscouss pour calmer sa faim. Pendant le long séjour

que j’ai fait dans ces régions, il n’y a guère que chez les

Coniaguiés que j’ai vu le voyageur négligé et que j’ai vu

refuser quelques poignées de mil ou d’arachides. Cette peuplade,

du reste, de même que sa congénère, les Bassarés, a, sous ce

rapport, une triste réputation.

Nous quittons Dalésilamé après nous y être reposés pendant

un quart d’heure environ et nous nous remettons en route après

avoir remercié les chefs de leur bonne réception et leur avoir

serré la main. C’est toujours au milieu des champs de mil que

nous chevauchons et nous ne quittons ceux de Dalésilamé que

pour entrer dans ceux de Souma-Counda, village distant du premier

de trois kilomètres sept cents mètres, et auquel nous arrivons

après quarante-cinq minutes de marche. Nous le traversons sans nous

y arrêter.

_Souma-Counda._ — Souma-Counda est un village Peulh d’environ

trois cents habitants. Il est littéralement enfoui au milieu de ses

lougans qui sont immenses. Ses cases sont en paille. Quand nous y

passons presque tous les habitants sont absents. Tout le monde est

occupé aux travaux des champs.

A peine sommes-nous sortis des lougans du village que nous tombons

en pleine brousse et que nous traversons une véritable forêt

vierge de bambous, à travers lesquels nous avançons lentement et

difficilement. Nous en sortons un instant pour traverser des champs de

mil qui appartiennent à Missira et au milieu desquels s’élève un

petit village de culture de deux ou trois cases. Enfin, une demi-heure

après, nous entrons dans ceux de Missira. Ils sont immenses et ont

plusieurs kilomètres d’étendue. Il est neuf heures et demie quand

nous arrivons à Missira, que, de loin, nous ne voyons nullement,

car les toits des cases disparaissent littéralement sous les

cucurbitacées de toutes espèces.

_Missira._ — Missira est un gros village de neuf cents habitants

environ. Sa population est uniquement formée de Malinkés

musulmans. C’est la capitale du Sandougou oriental et la résidence

de Guimmé-Mahmady, son chef. Le village est relativement propre et

bien entretenu. On n’y voit que peu de ruines et ses rues sont

assez bien alignées. La place principale est très vaste et on

n’y voit pas les tas d’ordures que l’on trouve généralement

dans la plupart des villages Malinkés. Au milieu s’élève un

superbe _N’taba_, le plus beau de tous ceux que j’aie jamais

vus. Il y en a plusieurs dans le village, et je me souviens qu’il

y en avait un fort beau également en face de la case où j’étais

logé. — Les cases du village sont construites à la mode Malinkée

et chaque habitation, séparée de ses voisines par une palissade

en tiges de mil et de maïs, forme une propriété absolument

bien délimitée. — Missira ne possède pas de tata ; un simple

sagné peu important l’entoure, mais ne saurait constituer un

moyen sérieux de défense. Les habitants, musulmans assez tièdes,

sont de paisibles agriculteurs qui cultivent en paix leurs vastes

lougans et élèvent leurs bœufs, chèvres et moutons. Ce village

est très dévoué à la cause française. Situé à cinq kilomètres

de la Gambie, il est compris dans la zone que, par le traité du

10 août 1889, nous avons cédée à l’Angleterre. J’ai appris

depuis quelque temps que, ne voulant pas devenir Anglais, il avait

émigré en masse sur le territoire français, abandonnant ainsi sans

hésiter des terrains d’une fertilité remarquable, pour venir se

fixer dans une région moins favorisée. Il en a, du reste, été de

même pour beaucoup d’autres villages du Sandougou, qui suivirent

l’exemple de Missira et vinrent s’établir en pays français

pour ne pas avoir à recevoir le mot d’ordre de Mac-Carthy.

On comprendra aisément, d’après ce que je viens de dire,

que la réception qui me fut faite à Missira ait été des plus

cordiales. Guimmé-Mahmady, le chef, vint à cheval à ma rencontre et

me conduisit lui-même à la case qui m’avait été préparée. Je

fus logé d’une façon confortable pour le pays, et mes hommes

eux-mêmes n’eurent qu’à se louer de l’accueil qui leur fut

fait. Un bœuf fut immolé à notre intention et l’on comprendra

toute l’importance de ce fait quand on saura combien l’indigène

aime ses bestiaux et qu’il faut une circonstance grave (mariage,

circoncision, visite d’un chef, etc., etc.) pour qu’il consente

à ce sacrifice. Nos chevaux eux-mêmes eurent leur part du festin,

et se régalèrent de paille d’arachides et de mil.

Dès que j’eus terminé mon installation et procédé à une

toilette indispensable après une longue étape, je reçus la visite

de Guimmé-Mahmady, de sa famille et de ses notables. Mon hôte

(Diatigué) les accompagnait. C’était le griot favori du chef,

brave homme dans toute l’acception du mot et qui, durant les deux

jours que je passai chez lui, fit toujours preuve de la plus grande

obligeance et me manifesta le plus grand respect et la plus sincère

amabilité. Aussi fus-je heureux en le quittant de lui offrir un

beau cadeau pour le dédommager de tout l’embarras que je lui

avais causé, cadeau auquel il fut très sensible.

Après les salutations d’usage, Guimmé-Mahmady me présenta toutes

les personnes qui l’accompagnaient et me demanda de rester un jour

de plus, afin que je puisse voir les chefs de ses village auxquels

il avait annoncé mon arrivée et qui devaient venir me saluer. Je

ne pouvais faire autrement qu’accéder à son désir et lui promis

de ne le quitter que le surlendemain matin. Ce chef du Sandougou

est loin de ressembler aux autres chefs que j’avais vus depuis

longtemps. Il est jeune, intelligent, actif et fort tolérant pour

un musulman. Aussi, aucun de ses administrés ne vint-il jamais

se plaindre à moi, ce qui m’était arrivé dans tous les autres

pays que j’avais visités. Tout le monde vit chez lui sur le même

pied d’égalité, et, chose rare au Soudan, il sait bien se faire

obéir. Pendant la guerre du marabout il prit parti pour nous,

et comme nous le verrons plus loin, c’est à nous qu’il dut

de reconquérir son autorité. Je fus heureux de constater qu’il

nous en avait gardé une profonde reconnaissance. Ce fait mérite

d’être signalé, car ce sentiment est rare chez les noirs et ceux

qui en font preuve sont loin d’être nombreux.

La journée se passa sans autre incident à noter que les nombreuses

visites que je reçus dès que j’eus terminé mon travail de

chaque jour, rédigé mes notes et mon journal de marche et dessiné

l’itinéraire parcouru le matin.

La température, qui avait été supportable la journée, devint

le soir insupportable. Le ciel se couvrit d’épais nuages, mais

malgré cela, il ne tomba pas une seule goutte d’eau. Aussi la

nuit fut-elle excessivement pénible. Dévoré par les moustiques,

je dormis mal et ce ne fut qu’au jour que je pus enfin goûter

quelques heures d’un sommeil réparateur.

Le défilé des chefs commença dès le matin et dura toute

la journée. Je les reçus tous du mieux que je pus. Chacun

m’apportait un petit cadeau, celui-ci du beurre, celui-là du

lait, les autres des _kolas_, preuve de tout leur respect. Aussi,

quand tous furent partis, me trouvai-je fort riche et l’heureux

possesseur de nombreuses bouteilles de beurre et de plusieurs

centaines de beaux _kolas_. Ces derniers surtout nous firent à

nos hommes et à moi le plus grand plaisir, car depuis longtemps

nous étions privés de cette précieuse graine et plus que jamais,

vu l’extrême délabrement de ma santé, j’en avais besoin pour

pouvoir supporter les fatigues qui m’attendaient.

Dans la soirée de ce second jour, au moment où allait commencer le

tam-tam organisé en mon honneur, éclata une violente tornade. Vent

violent, éclairs, tonnerre, pluie torrentielle, rien ne manqua. La

température baissa rapidement et je pus jusqu’au lendemain matin

dormir profondément. J’en avais bien besoin, car j’étais

littéralement exténué.

_1er novembre 1891._ — Le premier novembre 1891, je me levai

frais et dispos au point du jour, et les préparatifs de départ

rapidement faits, je me mis en route pour Saré-Demba-Ouali, village

Peulh distant de 16 kilomètres environ de Missira, et où j’avais

décidé de faire étape, désirant voir de près ce que les Peulhs

étaient chez eux. Guimmé-Mahmady ne voulut pas me laisser partir

seul ainsi. Il avait bien avant l’heure du départ fait seller son

cheval et chausser ses grandes guêtres en peau de panthère. Il me

demanda de m’accompagner jusqu’au village de Saré-Fodé, où il

avait affaire. Je fus, on n’en doute pas, enchanté de l’avoir

pour compagnon, et après avoir de nouveau remercié mes hôtes,

je quittai Missara, avec la satisfaction d’y avoir constaté

combien était grande l’influence de la France dans ces régions

et combien était sincère l’attachement que nous ont voué les

populations qui les habitent.

Missira est entouré de vastes champs d’arachides. Le terrain, qui

est presque uniquement formé de latérite, est des plus propres à la

culture de cette plante. Aussi cette graine y est-elle très abondante

et y constitue-t-elle une véritable richesse pour les habitants.

_L’arachide._ — L’arachide (arachis hypogæa) est une

légumineuse cæsalpinée. Elle est cultivée dans toute notre

colonie du Sénégal et au Soudan Français. Celles de Gambie sont

particulièrement recherchées et jouissent dans le commerce d’une

faveur bien méritée. C’est une plante herbacée, radicante,

annuelle, à tige et rameaux cylindriques, pubescents : feuilles

engaînantes, composées de deux paires de folioles, inflorescence

axillaire, en cyme unipare, biflore : fleurs hermaphrodites, parfois

polygames, subsessiles ; calice gamosépale à 5 divisions et à

préfloraison quinconciale ; corolle gamopétale, papilionacée ;

10 étamines monadelphes, l’antérieure stérile ; ovaire supère,

3-4 sperme ; style long, pubescent à l’extrémité ; pas de

stigmate ; ovules anatropes, ascendants, fruit sec indéhiscent,

testacé, porté à l’extrémité d’un long pédoncule porté à

l’aisselle des feuilles ; embryon homotrope, à radicule infère ;

cotylédons huileux.

Après la fécondation, le pédoncule floral s’allonge vers le

sol et y fait pénétrer l’ovaire qui s’enfonce jusqu’à une

profondeur de 5 à 8 centimètres, grossit et se transforme en une

gousse un peu étranglée en son milieu ; cette gousse est longue

de 25 à 30 millimètres, épaisse de 9 à 14 millimètres : Elle

est composée d’une coque blanche, mince, réticulée, contenant

1-4 semences rouge vineux au dehors, blanches au dedans et d’un

goût rappelant assez celui de la noisette.

Ces graines donnent une huile d’excellente qualité qui peut

remplacer dans tous ses usages et sans inconvénient l’huile

d’olives.

Depuis que le commerce des arachides a pris une extension

considérable et telle que l’on peut dire qu’il est le plus

important de la côte d’Afrique, les indigènes cultivent cette

plante avec beaucoup plus de soin et sur une plus grande échelle. La

production en augmente chaque année et elle serait bien plus

considérable encore si les procédés de culture n’étaient pas

aussi primitifs.

L’arachide est une plante excessivement épuisante. Pour la

cultiver, les indigènes fertilisent le sol en brûlant simplement les

mauvaises herbes qu’ils ont d’abord coupées et laissées sécher

sur place ; les femmes et les enfants bêchent alors légèrement le

terrain, sèment les graines et les recouvrent de terre. Les semis

se font de la fin de juin au commencement d’août, et la récolte

a lieu trois ou quatre mois après. Quand les gousses sont mûres,

on arrache les pieds d’arachides qu’on laisse sécher au soleil,

puis on sépare les gousses des feuilles et des tiges.

Dans la plupart des régions du Sénégal, où est cultivée

l’arachide, on l’arrache à la main. Ce procédé a le grand

désavantage d’occasionner une perte de graines considérable. Elles

se détachent, en effet, à la traction, et restent dans la

terre. J’ai vu employer dans le Sandougou, à Missira, pour la

première fois, un moyen qui remédie à cet inconvénient et que je

tiens à signaler ici. Les habitants de ce pays se servent pour cela

d’une pioche spéciale et qui ne sert qu’à cet usage. La figure

A en représente la coupe verticale et la figure B la représente en

entier. Les indigènes la nomment comme les autres pioches dont ils

se servent : « Daba ». Elle se compose essentiéllement : d’un

manche en bois résistant _a_, et d’une pioche proprement dite,

_b_. Ces deux parties sont unies entre elles par des liens solides

comme le représente la partie _c_ de la figure B, de telle façon

que le manche forme avec la pioche un angle de 35 degrés au plus. La

pioche est également en bois très dur et son extrémité _d_ est

garnie d’une armature de fer pour lui permettre de s’engager

plus facilement dans le sol. Le travailleur saisit à deux mains

le manche _a_ et de gauche à droite ou de droite à gauche, selon

ses dispositions, engage profondément la pioche _b_ sous le pied

d’arachide qu’il veut enlever. Comme cette pioche est très large,

0,15 centimètres environ, il lui suffit de la faire basculer pour

arracher la plante entière. Cet instrument qui, au premier abord,

ne semble pas très pratique, est cependant manœuvré avec grande

adresse et rapidité par les indigènes. J’ai pu, grâce à la

générosité de Guimmé-Mahmady, en rapporter un en France. Il

est actuellement au musée colonial, à Marseille. Le prix de cette

pioche est d’environ six francs dans le pays et il n’y a guère

que les forgerons du Sandougou qui la sachent confectionner.

[Illustration]

Les Noirs utilisent l’arachide en maintes circonstances et de toutes

façons. La graine constitue pour eux un aliment de premier ordre,

soit fraîche, soit sèche, soit crue, soit torréfiée. Ils en

extraient l’huile qui sert à leur cuisine. Nous avons eu souvent

recours à leur industrie pour en avoir et nous n’avons pas eu à

nous en plaindre. Cette huile leur sert également à fabriquer avec

les cendres de certains végétaux un savon dont nous nous sommes

souvent servi et qui nous a été souvent très utile. L’arachide

pilée ou écrasée entre deux pierres leur sert de condiment

pour la plupart des sauces avec lesquelles ils assaisonnent leur

couscouss. Ils font également des cataplasmes d’arachides en

certaines circonstances et se frictionnent avec son huile dans les

cas de douleurs rhumatismales. Enfin la poudre qu’ils obtiennent en

les écrasant après les avoir fait brûler leur sert pour se tatouer

les gencives et la lèvre inférieure. — Les feuilles vertes sont

employées pour les sauces et en cataplasmes ; après la récolte,

ils les font sécher avec leurs tiges et cela constitue une paille

qui est à juste titre considérée comme le meilleur fourrage du

Soudan. Les animaux qui en font usage engraissent rapidement et le

lait des vaches qui en mangent est plus savoureux et plus riche en

principes nutritifs que celui de celles qui n’en consomment pas.

Le commerce des arachides commence à prendre dans le Sandougou une

réelle importance. La Compagnie française de la côte occidentale

d’Afrique y en achète, chaque année, de notables quantités

qu’elle transporte à Mac-Carthy, où elle les charge sur ses

vapeurs. Il ne fera que croître, surtout si on peut arriver à

améliorer les moyens de transport et à lui créer des débouchés

sur le fleuve.

Peu après avoir quitté Missira, nous apercevons sur notre gauche

un beau champ de diabérés. Cette plante, très commune dans ces

régions, le Tenda, le sud du Bambouck, le Niani, etc., etc., et en

général, dans les contrées les plus méridionales de notre colonie

Soudanienne, mérite que nous en fassions une description détaillée.

_Le Diabéré._ — Les Bambaras et les Sarracolés la

nomment _Diabéré_, les Malinkés _Diabéro_ et les Peulhs

_Oussoudié_. C’est une superbe Aroïdée du genre Arum. Elle

croît, de préférence, dans les endroits humides et à l’abri

des rayons du soleil. Elle aime une terre riche en humus. C’est

pourquoi les lougans de Diabérés sont toujours situés à l’ombre

des grands arbres, où la terre est plus fraîche, à l’abri

du soleil, et plus riche en humus, du fait même du terreau que

forment les feuilles en y pourrissant. C’est une plante vivace

dont la tige souterraine est constituée par un tubercule. Feuilles

longuement pétiolées et pouvant atteindre jusqu’à deux mètres

de hauteur, fortement engaînantes à la base, peltées et dont le

limbe atteint parfois des dimensions énormes. Elles présentent une

échancrure assez profonde à leur partie inférieure, échancrure qui

s’avance jusqu’à quelques centimètres de l’épanouissement

du pétiole. Celui-ci s’épanouit en trois nervures principales

plus volumineuses que les autres et facilement reconnaissables,

car elles sont très apparentes. De ces trois nervures partent les

nervures secondaires fortement accentuées aussi.

[Illustration]

Dans la Haute-Gambie · 第 6 / 54 段