_Faune._ — _Animaux domestiques._ — La faune est moins riche que

dans bien d’autres parties du Soudan. A l’Est, dans cette partie

du Ouli déserte qui confine au Tenda, on trouve l’éléphant assez

fréquent. Seules les populations du Tenda se livrent à sa chasse,

qui est assez fructueuse. Ils mangent sa chair et échangent les

défenses d’un ivoire très fin et d’excellente qualité, contre

le sel, les _kolas_, étoffes, etc., etc., qu’ils trouvent soit

à Mac-Carthy, soit à Bathurst. Le sanglier y est très abondant,

mais on ne le chasse pas. Les habitants, étant musulmans pour la

plupart, ne mangent pas sa chair. Dans le fleuve et les marigots, les

hippopotames vivent en grand nombre. Ils sont également l’objet

d’une chasse suivie. Les habitants en mangent la chair et vendent

les défenses. Dans les autres parties du Ouli, on rencontre parmi les

carnassiers : le guépard, le lynx, le chat-tigre. Parmi les animaux,

nous citerons la gazelle, la biche, le singe vert, le rat Daman

et quelques rares Hyrax. L’antilope fait absolument défaut. —

Mentionnons enfin une grande variété d’oiseaux de toutes sortes

aux plumages les plus variés et les plus colorés. La perdrix grise,

l’outarde, la tourterelle, le pigeon, la caille de Barbarie sont

les principaux oiseaux que l’on y peut chasser pour leur chair :

elle est assez bonne.

Les animaux domestiques y sont relativement nombreux et l’objet de

soins particuliers. Les Ouolofs et les Peulhs élèvent une grande

quantité de bœufs, petits mais de bonne qualité. Le Malinké,

proprement dit, n’en élève que fort peu. Je n’ai jamais pu

savoir pourquoi. « Ils ne savent pas faire », disent-ils. Par

contre, on trouve dans leurs villages, en grande quantité, chèvres,

moutons etc., etc. Les poulets abondent dans toutes les régions

et il est même quelques villages qui élèvent quelques canards de

Barbarie. Les chiens sont très nombreux. Dans tous les villages, ce

sont les agents les plus actifs de la voirie. Les chats sont en bien

plus petit nombre. Le noir, en général, n’aime pas cet animal.

_Populations._ — _Ethnologie._ — Le Ouli est loin d’être

aussi peuplé que le voudrait son étendue. Cela tient à la fois aux

guerres antérieures qu’il a eu à soutenir contre les Sissibes du

Bondou, à sa mauvaise administration et à la passion qu’ont pour

les captifs les Malinkés qui le gouvernent. Il est habité par des

Malinkés proprement dits, des Malinkés Musulmans, des Ouolofs, des

Peulhs et des Sarracolés. Le territoire appartient aux Malinkés. Sa

population peut s’élever au grand maximum à dix mille habitants

environ, soit deux habitants par kilomètre carré.

1o _Malinkés proprement dits._ — Si l’on en croit la légende,

les premiers Malinkés qui habitèrent le Ouli y vinrent à la suite

de Siré-Birama-Birété, l’un des lieutenants de Soun-Djatta,

le grand héros du Manding. Cette première invasion se perd dans

la nuit des temps, et il nous est impossible de lui assigner une

date quelconque. Ils quittèrent les bords du Niger et vinrent

se fixer dans cette partie du Soudan dont ils avaient entendu

vanter la fertilité et la richesse en gibier. On ne trouve plus

trace dans le pays de ces premiers colons et tout porte à croire

qu’ils en ont été chassés par les Malinkés qui s’y trouvent

maintenant et qu’ils franchirent la Gambie pour aller se fixer

dans le Ghabou, aujourd’hui Fouladougou, d’où les chassèrent

dans cette seconde partie du siècle les Peulhs de Moussa-Molo

et de son père. La seconde migration Malinkée est de date plus

récente. Elle eut lieu à la suite des guerres perpétuelles que

leur faisaient les almamys du Bondou. Les Ouali ou Oualiabés,

les chefs actuels du pays, habitaient autrefois le Bondou sur les

deux rives de la Falémé aux environs des villages actuels de

Tomboura et de Sansandig. Continuellement en butte aux attaques

des Almamys, qui, sous prétexte de religion, les pillaient et

les rançonnaient sans merci, ils émigrèrent en masse et un beau

jour vinrent se fixer avec plusieurs autres familles dans le Ouli,

d’où ils chassèrent les premiers habitants. Ils sont depuis

restés les maîtres du pays. Autour d’eux, vinrent dans la suite

se fixer d’autres familles qui émigrèrent du Bambouck. C’est

ainsi que dans le Ouli, outre les Oualiabés, nous trouvons des

Camaras, des Damfas, des Bamés, N’Dao, Nanki, Guilé, Néri,

Diata. Ces derniers habitaient jadis les bords de la Falémé, au

village de Kakoulou. Paté-gaye, fils de l’almamy Maka-Guiba du

Bondou vint un beau jour sans aucun motif attaquer leur village et

s’en empara. Ceux des habitants qui échappèrent au massacre ou

ne furent pas faits captifs quittèrent le pays et vinrent fonder

le village de Tambacounda. Quand ils arrivèrent dans le pays,

ils ne trouvèrent là qu’une seule case, un seul captif qui

y faisait ses lougans. Ils lui demandèrent l’hospitalité et

ainsi s’éleva le village de Tambacounda du nom du captif qui

les avait recueillis. Counda en Mandingue du sud signifie village :

Donc, Tambacounda veut dire : « village de Tamba ». Ces Malinkés

sont encore appelés Contoucobés ; mais leur nom véritable est

Diata. La plupart des familles qui vinrent dans le Ouli, à la suite

des Oualiabés, habitent actuellement les mêmes villages et se sont

presque fondues entre elles. D’autres, au contraire, et c’est le

petit nombre, ont formé des villages particuliers. Voici, du reste,

les noms des villages Malinkés proprement dits du Ouli avec les

noms des familles qui les habitent.

_Sini_ (Oualiabés), résidence actuelle du chef du pays, est

aussi appelé par les habitants Sansanto.

_Siouoro_ (Oualiabés).

_Makadian-Counda_ (Oualiabés).

_Bokari-Counda_ (village de captifs appartenant au chef du Ouli,

Massa-Ouli).

_Licounda_ (Oualiabès).

_Colondine_ (Oualiabès).

_Tambacounda_ (Diata ou Contoucobès).

_Kotiaré_ (N’Dao).

_Coumbidian_ (Camara).

_Koussanar_ (Camara).

_Sané_ (Camara).

Plusieurs villages de Malinkés, proprement dits, sont actuellement

en ruines et inhabités. Les habitants sont allés se fixer dans

les autres villages. Ce sont :

_Fafidgi_, _Bambako_, _Kankadi_, _Niani_, _Medina_.

Les Malinkés du Ouli sont ce que nous les avons toujours

vus partout : sales, puants, dégoûtants, fainéants et

ivrognes. Ils n’ont qu’une pensée, qu’un but, ne rien faire et

s’enivrer. Aussi, pour atteindre ce but, ne cherchent-ils qu’une

chose, avoir, par tous les moyens possibles, assez de captifs pour

faire cultiver leurs lougans. Je ne crois pas exagérer en disant,

qu’à part les grandes familles, les autres sont plus ou moins

captifs les unes les autres. Avant qu’ils soient soumis à notre

autorité c’étaient des pillards de première classe. Tambacounda

avait, sous ce rapport, une célèbre réputation. Le malheureux

dioula qui s’y aventurait y était toujours dévalisé et souvent

roué de coups. Depuis qu’ils nous obéissent, la sécurité règne

dans le pays.

Les villages sont mal entretenus et tombent en ruines. Toujours,

par paresse, les tatas ne sont plus que des décombres. Ils sont,

du reste, devenus inutiles depuis notre occupation. Les rues des

villages sont absolument dégoûtantes, et, si les chiens ne se

chargeaient pas de les nettoyer, ce serait partout une véritable

infection. Il y a sous ce rapport beaucoup à faire. En résumé,

le Malinké est fort peu intéressant quand on l’étudie chez lui.

2o _Malinkés musulmans._ — Outre les Malinkés dont nous

venons de parler, il en est d’autres que l’on désigne sous le

nom de « Marabouts » parce qu’ils pratiquent la religion de

l’Islam. Sont-ce bien des Malinkés convertis simplement à la

religion du prophète ? nous en doutons ? Ils n’ont absolument

rien du Malinké, ni les mœurs, ni les habitudes, ni même la

saleté. Leurs traits sont fins et rappellent ceux du Peulh ou du

Toucouleur. Ils n’ont rien du visage simiesque du Malinké. En

outre, leurs villages sont plus propres, mieux entretenus et

diffèrent absolument de ceux des Malinkés proprement dits. Sont-ce

des Mandingues, des représentants de la race mère. Nous ne le

croyons pas davantage. Nous serions plutôt portés à admettre

que ce sont des métis Toucouleurs et Malinkés. Tout semblerait le

prouver. Ce sont des musulmans fanatiques, comme le Toucouleur dont

ils portent le costume. Ils sont fins et rusés et affectent dans

leurs vêtements une grande propreté.

Nous ne faisons là, du reste, qu’une simple supposition. Ils ont

des origines si diverses qu’il est bien difficile de préciser leur

histoire. Ils forment, en effet, une population fort hétérogène,

venue de différents pays du Soudan. D’après les renseignements que

nous avons pu recueillir ce seraient des dioulas venus du Manding,

du Bambouck ou d’ailleurs et qui, ayant fait fortune, se seraient

fixés dans le pays, attirés par sa fertilité, et y auraient ainsi

fondé les villages qu’ils habitent aujourd’hui. Voici les noms

de ces villages avec indication des familles et pays d’origine :

_Nétéboulou._ (Sinatés-Niagatés) Guidioumé.

_Passamassi_ (Baio) Bambouck.

_Soutouko_ (Diabaio) Bambouck.

_Badia-Counda_ (Badia) Manding.

_Dalésilamé_ (Cammagatés) Manding.

_Limbanboulou_ (Diakankés) Diaka.

_Baro-Counda_ (Baro) Bambouck.

_Medina-Couta_ (Camara) Bambouck.

_Piraï_ (Camara) Bambouck.

_Samé_ (Camara) Bambouck.

_Kérouané_ (Baio) Bambouck.

_Soutouko-Niacoué_ (Badia) Manding.

_Biroufou_ (Dabo) Bambouck.

_Fodé-Counda_ (Sinatés-Niagatés) Guidioumé.

_Dassalam_ (Cammagatés) Manding.

Pendant la guerre contre le marabout Mahmadou-Lamine, beaucoup

d’entre eux prirent parti pour lui, et, après sa défaite, ne

revinrent pas dans le pays. D’autres, au contraire, s’enfuirent

à son approche, et disparurent également. Il en est résulté que

l’on rencontre surtout dans le Sud du Ouli quantité de villages en

ruines qui même ne tarderont pas à disparaître complètement. Voici

les noms des principaux de ces villages.

_Mamacoto_ _Mountogou_ _Makadian-Counda._

_Canapé_ _Boutoundi_ _Dougoutabassi._

_Morecounda_ _Soumacounda_ _Dembaboulou._

_Sabouciré_ _Kouakan_ _Fadiga-Counda._

Ces musulmans jouissent dans le Ouli d’une liberté absolue. Ils

obéissent au chef Malinké, dont ils reconnaissent l’autorité qui

ne se fait jamais beaucoup sentir, du reste. Ils cultivent en paix,

et, entre temps, font du commerce.

Il existe aussi dans le Ouli deux villages de Diakankés. Ce

sont : _Dialacoto_, le seul village de la partie Est, et

_Limbanboulou_. Dialacoto, à vrai dire, vu son éloignement, ne

fait partie que nominativement du Ouli. Ses affaires sont dans le

Tenda, plutôt. Une partie de sa population se compose de Malinkés,

proprement dits. Les Diakankés sont de fougueux musulmans. Ils

vivent tranquilles dans leur village et un peu à l’écart de

leurs voisins.

3o _Ouolofs._ — Ils sont désignés par les Malinkés sous le nom

de Sourouaou. Venus du Saloum et du Bondou, ils ont fondé dans

le Ouli plusieurs villages remarquables par les belles cultures

qui les entourent. Ils sont musulmans, mais, en général, peu

pratiquants. Chassés du Saloum par la guerre et du Bondou par les

exactions des Almamys, ils vivent en paix dans le Ouli, nullement

tracassés par les maîtres du pays. Ce sont avec les Peulhs, les

grands agriculteurs de cette région. Ils n’ont que fort peu de

captifs et font tout par eux-mêmes. Aussi leurs lougans sont-ils

les plus beaux que nous ayons vus. Ils élèvent aussi beaucoup de

bœufs, moutons et chèvres.

Leurs villages, comme ceux des Ouolofs des autres pays, sont

construits en paille, tiges de mil ou bambous jointifs. Ils sont

aussi sales et aussi mal entretenus que ceux des Malinkés. Je fais

toutefois une exception pour Goundiourou, qui m’a paru propre et

en bon état. Voici les noms des villages Ouolofs du Ouli.

_Tatoto_ _Goundiourou_ _Ahmady-Faali-Counda_

_N’Dokkar_ _Passi_ _Diaecounda_ _Diabaké._

Nous ne saurions trop les favoriser, car ce sont des gens paisibles

et travailleurs, ce qui est rare dans ce pays, où la fainéantise

est à l’ordre du jour.

4o _Sarracolés._ — Trois villages de Sarracolés venus du

Bondou pour les mêmes motifs qui en ont fait partir les Ouolofs,

s’élèvent non loin d’autres villages. Ce sont : _Goundiourou_,

près des Ouolofs ; _Dalésilamé_, près d’un village Malinké

musulman du même nom ; _Badiaga-Counda_, près du village Malinké

qui se nomme ainsi. Musulmans, comme leurs voisins, les Sarracolés

vivent en bonne intelligence avec eux et cultivent paisiblement leurs

champs de mil et d’arachides. Ils ne font pas parler d’eux,

ce qui est une bonne note pour un village noir ; car lorsqu’il

fait parler de lui, ce ne peut être qu’en mal.

5o _Peulhs._ — Les Peulhs du Ouli sont relativement très

nombreux. Ils y vivent depuis que les Malinkés s’y sont établis,

et sous leur protection, qu’ils paient peut-être un peu cher,

comme nous le verrons plus loin. Ils n’ont aucune religion et

s’enivrent comme de véritables Malinkés. D’où sont-ils

venus ? on n’en sait trop rien. Cependant voici une version qui

m’a été donnée et qui pourrait bien être la bonne surtout en

ce qui concerne les dernières migrations Peulhes dans le Ouli.

Lorsque le père de Moussa-Molo, le chef actuel du Fouladougou,

Alpha-Molo, vint dans le pays pour en faire la conquête, son armée

était presque uniquement composée de Peulhs venus de partout se

joindre à lui. C’est avec eux qu’il conquit le Ghabou et en

chassa les Malinkés qui se réfugièrent dans le Sandougou, le Niani,

le Damentan, le Bassaré et le Coniaguié. A leur place, il installa

ses Peulhs et donna au pays le nom de Fouladougou (Pays Peulh) qu’il

a conservé depuis. Mais, peu après, n’ayant plus les Malinkés

à piller, il pressura ses propres sujets. Alors commença vers le

Niani, le Ouli et le Sandougou, cette émigration Peulhe qui n’a

fait que continuer depuis que Moussa-Molo a succédé à son père

et s’est livré aux mêmes rapines et aux mêmes exactions. Ce

serait alors que les Peulhs de Fouladougou vinrent se fixer dans

le Ouli, il y a une soixantaine d’années environ. Les Malinkés

leur donnèrent l’hospitalité ; mais ils la leur font payer en

les pressurant encore plus que Moussa-Molo.

Ils ont fondé dans le Ouli un grand nombre de villages de culture

entourés de beaux lougans. Le Peulh est comme le Ouolof, il n’a pas

ou peu de captifs et fait ses travaux lui-même. Leurs villages sont

en paille, provisoires, car il aime le changement et ne construit

jamais d’une façon définitive. Ils élèvent quantité de

bœufs et sont une véritable richesse pour le pays. Le Peulh est

aussi sale et aussi puant que le Malinké, mais il est excessivement

travailleur, dans le Ouli, du moins, qualité qui manque absolument

à ce dernier. Voici les noms des villages Peulhs du Ouli.

_Canapé_ _Saré n’dougo_ _Tiamoye._

_Passamassi_ _Marosouto_ _Saré-Dialloubé._

_Suo-counda_ _Koursacoto_ _Sara-Dadoa._

_Ilo-counda_ _Demou-counda_ _Collinkan._

_Gelaio-counda_ _Codiara-counda_ _Farato._

_Tabandi_ _Coumbali_ _Boro._

_Candé-counda_ _Ouro-Sara-dado_

_Situation et organisation politiques._ — La famille des Oualiabés

est, avons-nous dit, la famille régnante du Ouli. Le chef porte le

titre de _Massa_ et ses fils prennent le nom de _Massara_ (fils du

Massa). Le sol du pays est sa propriété et les habitants ne sont,

pour ainsi dire, que des usufruitiers. Avant notre arrivée, il

pouvait disposer de leurs biens à sa guise, et même les chasser,

s’il le voulait.

Comme on le voit, c’était l’absolutisme dans toute l’acception

du mot. Aujourd’hui, il n’en est pas ainsi. Malgré cette

apparence de pouvoir, disons de suite que l’autorité du Massa

est absolument nulle et que l’on ne trouverait pas dans tout le

Ouli un seul captif qui lui obéisse.

L’ordre de succession se fait par ligne collatérale. Aussi les

Massas sont-ils des vieillards abrutis, ivrognes et sans énergie. On

comprend ce que doit être l’autorité entre pareilles mains. Les

fils, les frères, les cousins, etc., etc., du chef en profitent

pour commettre mille et mille exactions qu’ils savent parfaitement

devoir rester impunies. En réalité, l’autorité du Massa se

borne simplement à juger les affaires entre particuliers et entre

villages. C’est un juge plutôt qu’un chef véritable. Mais

il ne juge pas en dernier ressort, au dessus de lui se trouve le

commandant du cercle et le gouverneur.

Chaque village s’administre lui-même et comme bon lui semble. Le

chef est maître dans son village. Il n’existe aucun impôt et le

Massa n’en peut exiger aucun. Il n’y a que les Peulhs qui soient

absolument surchargés de redevances, non par le chef, mais par les

membres de sa famille. Bœufs, mil, arachides, chaque jour on leur

demande quelque chose, et de telle façon qu’on leur fait comprendre

qu’on le prendra, s’ils ne le donnent pas. Je me suis toujours

demandé pourquoi les habitants des pays Malinkés regardaient les

Peulhs qui habitaient leur territoire comme de véritables serfs

taillables et corvéables à merci. Ce sont pourtant des hommes

libres. Je n’ai jamais mieux compris la situation faite aux Peulhs

dans les pays où ils viennent demander l’hospitalité, qu’un

jour, où Sandia, l’intelligent chef de Nétéboulou, me faisant

ses doléances sur sa pauvreté (notez qu’il possède environ

150 captifs, ce qui est dans le pays une fortune énorme), me dit,

entre autres choses qu’il n’avait pas : « Je n’ai pas ceci,

je n’ai pas cela, _je n’ai pas de Peulhs_ ». Il paraîtrait,

d’après les renseignements que j’ai pris, que c’est un fait

acquis. Le Peulh est l’homme du chef sur le territoire duquel il

habite, et, comme tel, il peut être pressuré à gogo. Actuellement,

les choses en étaient arrivés à un tel point dans le Ouli que

les Peulhs étaient décidés à émigrer dans le Fouladougou, si

nous n’améliorions pas leur situation. Il fallut que Monsieur

le commandant du cercle de Bakel s’y rendit pour arranger sur les

lieux les affaires. Il réussit à leur donner une organisation qui

fut acceptée par les intéressés des deux partis.

Il n’en est pas de même pour les Ouolofs, les Marabouts Malinkés

et des Sarracolés. Ils marchent absolument sur le même pied que

les Malinkés du pays et y jouissent des mêmes droits et des mêmes

privilèges.

_Rapports du Ouli avec les autorités Françaises._ — Ce n’est que

depuis 1886, après la colonne de Dianna, que le Ouli s’est placé

sous notre protectorat, et a conclu avec le colonel Galliéni, alors

commandant supérieur du Soudan Français, le traité par lequel

il reconnaît notre autorité : jusqu’à l’année dernière,

il relevait du commandant du cercle de Bakel aux points de vue

administratif, politique et judiciaire. Actuellement, depuis les

nouvelles dispositions qui ont distrait du Soudan Français tous

les pays situés à l’Ouest de la Falémé, sauf Bakel et son

territoire, pour les placer sous l’autorité du Gouverneur

du Sénégal, le Ouli fait partie de cette colonie, et j’ai

appris depuis peu qu’un administrateur colonial devait être

placé dans cette région afin d’y faire sentir plus efficacement

l’action du pouvoir central. Cette mesure aura surtout pour effet

d’augmenter considérablement notre influence dans ce pays qui,

vu son éloignement, y échappait un peu. Jusqu’à ce jour, notre

intervention dans ses affaires a eu un réel résultat. Cela a été

d’en faire disparaître le brigandage et la chasse aux captifs qui

y étaient fort en honneur. Mais notre rôle ne doit pas se borner

là seulement et nous avons plus encore à y faire.

_Conclusions._ — Nous avons vu que le Ouli était un pays pauvre

dans certaines de ses parties, mais riche et fertile dans d’autres,

notamment dans le Sud. Il suffirait de peu d’efforts pour en faire

un pays bien plus productif qu’il n’est. Pour cela il faudrait

rendre aux Massas leur autorité et, pour cela, établir un impôt

régulier qui leur serait payé par tout le pays, le dixième de

la récolte, comme cela existe dans bien d’autres pays Noirs,

leur faire comprendre en même temps qu’ils dépendent de nous

entièrement et qu’ils ne sont rien que par nous. En second lieu,

faire aux Peulhs une situation plus sortable, les y attirer le plus

possible. Il faudrait y créer un courant commercial, soit vers

Bakel, soit vers la Gambie, en favorisant la création d’escales

sur les bords de ce fleuve. Enfin, il serait bon que chaque année,

le commandant du cercle ou tout autre fonctionnaire délégué du

gouverneur et muni des pouvoirs nécessaires, le visite en détail

afin d’y régler les affaires en suspens. Nous sommes persuadés

que ces quelques mesures sagement et prudemment mises en pratique

auraient des résultats immédiats et donneraient au pays une

prospérité inconnue jusqu’à ce jour.

* * * * *

CHAPITRE IV

Départ de Toubacouta. — Beaux lougans de mil. — Le

_Caïl-cédrat_. — Arrivée à Dalésilamé. — Village Sarracolé

et village Malinké Musulman. — Rencontre d’un dioula. —

De l’hospitalité chez les Indigènes. — Souma-Counda. — De

Souma-Counda à Missira. — Cordiale réception. — Guimmé-Mahmady,

chef du Sandougou. — Séjour à Missira. — Visite des chefs des

villages du Sandougou. — Beurre, lait, kolas en abondance. —

Violente tornade. — Départ de Missira. — Vastes champs

d’arachides. — Pioche spéciale pour les arracher. — Le

Diabéré. — Diakaba. — Nombreux papayers. — Sidigui-Counda. —

Saré-fodé. — Saré-Demba-Ouali. — Son chef Demba. —

Visite du frère de Maka-Cissé, chef du Sandougou occidental. —

Cordiale réception des Peulhs. — Puces et punaises. — Départ

de Saré-Demba-Ouali. — Le village Ouolof de Tabandi. —

Arrivée au village Toucouleur Torodo de Oualia. — Ousman-Celli,

son chef. — Belle réception. — Belle case. — Excursion au

Sandougou. — Saré-Demboubé. — Le Sandougou frontière du Niani

et du Sandougou. — Le gué de Oualia. — Description de la route

de Toubacouta au Sandougou. — Le Baobab. — Le _Kinkélibah_. —

Violent accès de fièvre.

A cinq heures quarante minutes du matin, nous quittons Toubacouta. La

pluie qui est tombée à torrents pendant toute la nuit a

détrempé le chemin. Aussi est-il devenu excessivement glissant

et n’avançons-nous qu’avec mille précautions. De plus, la

brousse est excessivement haute et nous fouette à chaque instant le

visage. En peu de temps les gouttes d’eau dont elle est couverte

nous ont complètement inondés. Heureusement les nuages se sont

dissipés au lever du jour et le soleil qui va paraître ne tardera

pas à nous sécher.

L’envoyé de Guimmé-Mahmady, le chef du Sandougou, chevauche en

tête de la caravane et nous montre le chemin. Aussi marchons-nous

sans hésitation aucune. La route ne présente, du reste, aucune

difficulté. Elle se déroule au milieu de vastes et beaux lougans

de mil, bien cultivés.

Cette région est certes une des plus fertiles que j’aie visitées

au Soudan. Toutes les plantes qui servent à l’alimentation des

indigènes y croissent d’une façon remarquable. Le mil, entre

autres, y donne un rendement considérable et bien supérieur à celui

des mils des autres régions. Les variétés qui sont cultivées là

ne sont pourtant pas différentes de celles des pays voisins. Le sol

est plus riche et les cultivateurs plus soigneux et plus travailleurs,

et voilà tout.

Depuis mon départ de Kayes, je n’avais vu, par-ci par-là, que

quelques rares échantillons de _Caïl-cédrat_, ce beau végétal,

si commun et si précieux dans certaines régions du Soudan

Français. C’est là que je commençai à le retrouver en notable

quantité et que j’en vis des spécimens vraiment remarquables.

Le _Caïl-cédrat_ est un bel arbre qui atteint des proportions

fort remarquables. Les indigènes du Soudan le désignent presque

partout sous le nom de « Diala ». C’est le _Khaya Senegalensis_

G. et Per. de la famille des _Cédrélacées_. Sa tige, droite, prend

parfois de telles dimensions qu’on y peut creuser des pirogues de

toutes pièces. Je me souviens avoir franchi la Gambie à Sillacounda

(Niocolo) dans une embarcation de ce genre, qui n’avait pas moins de

quatre mètres de longueur sur cinquante centimètres de largeur et

trente-cinq de profondeur. Elle avait été creusée dans une seule

bille de Caïl-cédrat, ce qui permet de supposer que l’arbre qui

l’avait fournie devait être énorme.

Dans la Haute-Gambie · 第 5 / 54 段