les derniers spécimens d’un beau végétal que j’avais
rencontré en abondance dans le Bondou, le Tiali, le Niéri et la
région Nord-Ouest du Ouli. Les indigènes lui donnent le nom de
« _Dougoura_ ». C’est un bel arbre qui atteint des proportions
énormes, et, qu’à la forme de sa graine, j’ai cru reconnaître
appartenir à la famille des Térébinthacées. Son tronc volumineux,
droit, élancé, s’élève parfois à six ou huit mètres de
hauteur. Il émet à ce niveau des branches maîtresses énormes
qui donnent elles-mêmes un grand nombre de rameaux. Son écorce
est épaisse, profondément fendillée, et si on y pratique une
incision intéressant toute son épaisseur, il en découle un
suc blanc laiteux, épais et poissant les doigts et exhalant une
odeur prononcée de térébenthine. Son bois est blanc, dur, et
parfois les indigènes s’en servent pour fabriquer des mortiers à
couscouss. Ses feuilles peu épaisses et peu touffues sont d’un vert
tendre, luisantes, et leur forme rappelle un peu celle de l’Acacia
de nos jardins. Je n’en ai jamais vu la fleur. Le fruit est des plus
caractéristiques et permet de reconnaître de loin l’arbre qui le
porte. Il croît à l’extrémité des jeunes rameaux. Sa forme et sa
couleur rappellent celles du citron. Sa grosseur est celle du poing
à peu près. Quand il est vert, il adhère fortement à la tige qui
le porte. Il tombe à maturité complète et, sous les arbres, le
sol en est parfois couvert, car il est excessivement abondant. Son
épicarpe relativement épais laisse couler à l’incision une
notable quantité de suc blanc semblable à celui que l’on
obtient en incisant le tronc, mais plus fluide. La membrane qui
le recouvre est mince, luisante et de la couleur d’une peau de
citron arrivé à maturité. Le sarcocarpe est formé par une pulpe
abondante d’un jaune clair dans laquelle sont noyées les graines
qu’entoure un spermoderme membraneux peu résistant. Cette pulpe,
très savoureuse, est fort appréciée des indigènes et nous nous en
sommes fréquemment régalés. Les graines sont volumineuses. Chaque
fruit en contient dix ou douze au maximum. Elles ont la forme
d’une grosse fève dont les cotylédons énormes se séparent
aisément. Elles sont entourées d’une enveloppe brune qui se
détache aisément lorsqu’elles sont restées quelques heures
à l’air et au soleil. L’embryon volumineux est très apparent
par les deux cotylédons. C’est une _Burséracée_ dont il n’a
pas été possible de faire la détermination exacte à cause de
l’absence des fleurs.
Ce fruit est très rafraîchissant et constitue une précieuse
ressource pour les indigènes de ces régions qui, dans les temps
de disette, en font une abondante consommation.
* * * * *
[Illustration : Ruisseau de Koromadji, frontière commune du Ouli
et du Ferlo-Bondou (route de Naoudé à Tamba-Counda)]
CHAPITRE III
Le Ouli. — Situation. — Limites. — Aspect général du pays. —
Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. —
Flore. — Productions du sol. — Cultures. — Faune. — Animaux
domestiques. — Populations. — Ethnologie. — Rapports du chef
du pays avec les différents villages. — Rapports du Ouli avec
les autorités françaises. — Conclusions.
_Le Ouli._ — _Situation._ — _Limites._ — Le Ouli, comme
tous les États Noirs, n’a pas de limites bien déterminées et
n’a, pour ainsi dire, pas de frontières naturelles. Il n’y a
qu’au Sud et au Sud-Ouest qu’elles soient, depuis peu, du reste,
définitivement fixées. Toutefois, nous pouvons dire qu’il est à
peu près compris entre les 12° 25′ et 16° 27 minutes de longitude
ouest et les 13° 16′ et 13° 46′ de latitude Nord. Au Nord,
il confine au Kalonkadougou ; à l’Ouest, au Sandougou ; au Sud,
il est borné par la Gambie qui le sépare du Kantora. Au Nord-Est,
il confine au Ferlo-Bondou et au Diaka. Enfin, à l’Est, il touche
au Tenda. Si nous prenons sa ligne frontière à la Gambie, au Sud de
Toubacouta, nous verrons qu’elle se dirige d’abord, du Sud-Est
au Nord-Ouest, jusqu’au marigot de Maka-Doua qui le sépare du
Sandougou. De là, elle se dirige directement au Nord jusqu’aux
environs de Paquira. Elle passe là entre ce dernier village, qui
est du Ouli, et Diabaké, qui est du Kalonkadougou. De là, elle
se dirige au Sud-Est jusqu’au marigot de Kokiara, qui sépare le
Ouli du Ferlo-Bondou. Les ruines de l’ancien village de Kokiara
appartiennent au Ouli. En quittant ce point, la ligne frontière se
dirige au S.-S.-O. jusqu’aux environs des ruines de Moundoundou
qui sont au Ferlo-Bondou. Des ruines de Moundoundou, sa direction est
Sud-Est jusqu’au marigot de Touloufa près de la mare de Pireté. De
ce point, sa direction est franchement S.-S.-E. jusqu’à la Gambie,
où elle aboutit. De là, à l’embouchure du marigot de Maka-Doua,
la Gambie forme la frontière Sud du Ouli. Les limites que nous
venons de donner sont celles que avons pu obtenir par renseignements ;
mais, nous le répétons, elles n’ont rien de certain et ne peuvent
être qu’approximatives.
Le Ouli, comme on le voit, est un pays assez étendu. Il mesure dans
ses plus grandes dimensions, de l’Est, à l’Ouest, 130 km. et
du Nord au Sud, 70 km. Ces mensurations, bien entendu, sont faites
à vol d’oiseau et d’après renseignements. Elles n’ont donc
rien d’absolument exact. On comprendra aisément, d’après ce
qui précède, qu’il soit impossible de lui assigner une forme
quelconque.
_Description géographique._ — _Aspect général._ — Si l’on
visite le Ouli, ou pourra reconnaître facilement que l’aspect
du pays change presque brusquement du Nord au Sud. La partie Nord,
environ jusqu’à Konjour, Sini, Nétéboulou, appartient à cette
sorte de zone intermédiaire entre les pays arides, les steppes
de la Sénégambie et les pays de forêts des régions tropicales
qu’arrosent les rivières du Sud. La partie Sud qui s’étendrait
depuis la ligne mentionnée plus haut jusqu’à la Gambie appartient
absolument à la région tropicale du Sud. Du reste, ces différences
apparaîtront plus frappantes encore, lorsque nous traiterons de la
géologie et de la flore du pays. Quoiqu’il en soit, l’aspect
général du Ouli diffère absolument de celui des autres pays du
Soudan français. On s’aperçoit rapidement que l’on parcourt
une région fertile, et l’on n’éprouve pas cette pénible
sensation que nous donnent les solitudes arides et désolées des
environs de Badumbé et du Fouladougou, par exemple. Nulle part,
dans le Ouli, on ne trouve de ces collines nues et stériles, comme
on en voit aux environs de Kita, Koundou et même Bammako. En tout
temps, celles du Ouli, surtout dans le Sud, sont couvertes d’une
puissante végétation qui plaît à l’œil du voyageur et le
repose. Tout autre est l’aspect du pays compris entre le Kokiara,
Tambacounda, Nétéboulou, Dialakoto et la Gambie. Cette partie
du Ouli, absolument déserte et inhabitée, rappelle les environs
du Tankisso et de Siguiri. C’est la brousse absolue, dans toute
l’acception du mot, et sur les bords de la Gambie le marais
infect et pestilentiel. C’est la région des grandes solitudes
Soudaniennes, le pays qu’habitent de préférence les éléphants
et le sanglier. Ce sont les territoires des grandes chasses des gens
du Tenda.
[Illustration : Bords de la Gambie (entre Dialacoto et Nétéboulou).]
_Hydrologie._ — A ce point de vue, le Ouli tout entier appartient
au bassin de la Gambie. Ce fleuve, qui forme la frontière sud,
reçoit tous les marigots qui arrosent le Ouli. Presque tous ont de
l’eau pendant l’année entière, plus ou moins croupissante,
mais enfin, ils en ont. Pendant l’hivernage, le fleuve et les
marigots débordent et l’inondation couvre de très grandes
étendues de terrain. Les eaux, en se retirant, laissent déposer
un limon très fertile où les indigènes, à la fin de la saison
sèche, font leurs plus belles rizières. Quoiqu’il en soit,
l’inondation n’atteint jamais une hauteur considérable, 20
à 30 centimètres au plus. Cela tient à ce que le fleuve et les
marigots sont profondément encaissés.
De Dialacoto au marigot de Maka-Doua, la Gambie a un cours,
excessivement sinueux. Elle se dirige d’abord d’une façon
générale du Sud-Est au Nord-Ouest, jusqu’au marigot de
Bira-Kô. Elle reçoit dans ce parcours deux marigots : le Niéri-Kô
et le Bira-Kô.
Le Niéri-Kô est, après le Sandougou, le plus important de la
région. C’est une véritable rivière. Dans le Ouli, il ne reçoit
que le Touloufa-Kô non loin duquel se trouve le petit village de
Dialacoto. A 25 kilomètres environ au Nord-Ouest du Niéri se jette
le Bira-Kô, marigot de peu d’importance.
Du Bira-Kô, la Gambie se dirige au Sud-Ouest puis brusquement au
Nord-Ouest jusqu’au Faraba-Kô, formant ainsi un vaste coude qui
embrasse toute la partie Est du Ouli qui est inhabitée.
Durant ce parcours, elle reçoit, dans la partie ascendante du coude,
deux petits marigots qui lui apportent les eaux d’un lac d’assez
grande étendue qui se trouve non loin de là. Quelques kilomètres
plus loin, elle reçoit le Niaoulé-Kô, enfin l’embouchure du
Faraba-Kô se trouve dans la partie la plus septentrionale de la
branche ascendante du coude. Cet important marigot reçoit dans le
Ouli, le marigot de Faratatoto, qui passe a Tambacounda, le marigot
de Kokiara et celui d’Idakoto. Ces deux derniers communiquent
également avec le Sandougou ou Badiara-Kô. Le Faraba-Kô reçoit
encore le Godjieil-Kô, dont un petit affluent, le marigot de Naoudé,
passe à Naoudé dans le Ferlo-Bondou, et communique aussi avec
le Sandougou.
Du Faraba-Kô au Maka-Doua, la direction générale de la Gambie,
abstraction faite des nombreux méandres que présente son cours,
est Est-Ouest. Depuis Dialacoto jusqu’au Faraba-Kô, aucun village
ne s’élève ni sur l’une ni sur l’autre de ses rives. Après
avoir reçu un petit marigot, le Coumba-Kondou-Kô, le fleuve est à
quelques kilomètres en amont de Yabouteguenda absolument barré par
un banc de roches d’environ une centaine de mètres de largeur. Ce
banc s’étend presque d’une rive à l’autre, ne laissant le
long de la rive gauche qu’un étroit chenal d’environ 15 mètres
de largeur. L’eau coule avec fracas entre les roches. Pendant
l’hivernage, il est recouvert par les eaux, et, pendant la saison
sèche, les roches sont à nu, et, entre elles croissent des arbustes,
comme il en croît dans les barrages du Sénégal. En tout temps,
malgré la rapidité du courant, pirogues et chalands à fond
plat peuvent le franchir ; mais la navigation y est de tout temps
impossible pour les bateaux calant plus de 0 m. 50 c. Il se nomme
le barrage de Kokonko-Taloto.
A environ un kilomètre du barrage de Kokonko-Taloto la Gambie reçoit
le marigot de Nétéboulou, sur les bords duquel est construit le
village de même nom. Ce marigot est navigable, en toute saison,
jusqu’à Genoto, à 5 kilomètres de Nétéboulou, où se trouvait
autrefois un petit village de traitants qui fut détruit pendant
la guerre du marabout Mahmadou-Lamine. On en voit encore les ruines
aujourd’hui. A 7 ou 8 kilomètres de là se jette le Bakanan-Kô
dont une des branches passe à Sini et l’autre à Makadian-Counda.
A 15 kilomètres environ du barrage de Kokonko-Taloto, en aval, se
trouve le petit village de traite de Yabouteguenda, non loin duquel
s’élève celui de Fatoto. A 25 kilomètres en aval de ce dernier
la Gambie reçoit le marigot de Bouboulalo, qui passe à Badia-Counda,
et dont un des affluents, le Sinadiassa-Kô, passe à Bambako. Enfin,
à la hauteur de Fatatenda, dans la direction de Toubacouta, se jette
le marigot de Maka-Doua, qui sépare le Ouli du Sandougou et dont une
des branches, le Douga-Kô, passe à Dalésilamé. Comme on le voit,
la partie Sud du Ouli est abondamment arrosée, surtout à partir
de Nétéboulou. Aussi est-elle excessivement fertile.
La partie Nord est bien moins arrosée. On n’y trouve que le
Sandougou ou Badiara-Kô, qui est encore bien faible dans cette
région. Sa branche principale passe à Koussanar et il reçoit un
grand nombre de petits affluents insignifiants qui n’ont même
pas reçu de noms particuliers.
Nous serions incomplets, si nous ne mentionnions pas les nombreuses
mares qui se trouvent dans le Ouli et sur toutes les routes. Nous
ne citerons que les plus, importantes : la mare de Sounkou et la
mare de Diadala dans la partie Est, la mare de Bambi dans la partie
Nord, les mares de Naumicoi et de Dalaba-Tiamoye dans la partie
Sud. L’eau de ces mares peut être utilisée pendant la saison
sèche, bien qu’elle ne soit pas d’une qualité supérieure.
Dans les villages situés sur les bords du fleuve, c’est son eau
qui sert aux usages journaliers. Elle est absolument excellente. Il
en est de même dans certains villages situés près des marigots,
bien que souvent leur eau laisse beaucoup à désirer. Enfin, dans
beaucoup de villages, et c’est la majorité, on se sert de l’eau
de puits. Ces puits, excessivement profonds dans le Nord, le sont
moins dans le Sud. L’eau en est très bonne. Nous traiterons plus
longuement cette question dans le chapitre qui aura pour objet la
constitution géologique du sol du Oubi.
_Orographie._ — Le Ouli ne possède pas, à proprement parler,
de système orographique véritable et bien défini. On y rencontre,
par-ci par-là, des reliefs de terrain peu accentués, des collines
de peu d’élévation, mais rien de bien caractérisé, surtout au
Nord. Aux environs de Koussanar, notamment, se trouvent des collines
de peu d’étendue, huit à dix kilomètres au plus, renfermant de
belles vallées. Cependant, pour mettre un peu de méthode dans la
description orographique de ce pays, on peut admettre, à la rigueur,
l’existence de trois plateaux bien distincts dont se détachent
les collines principales qui sillonnent le Ouli.
1o _Le plateau de Tamba-Counda_, peu élevé, 100 à 150 mètres
au maximum au-dessus de la plaine, et d’où se détachent : 1o
deux rangées parallèles de collines se dirigeant vers Licounda et
Barocounda. Le Sandougou coule dans la vallée qui les sépare ;
2o une colline plus élevée se dirigeant vers le Sud, d’une
longueur de huit kilomètres environ ; 3o une série de collines plus
élevées entre lesquelles coule le Godjieil-Kô et se dirigeant
vers l’Est. Entre ces deux séries de collines, on trouve le
marigot de Tambacounda ou de Faratatoto. Toutes ces collines sont
peu élevées. Ce sont à peine de petits reliefs de terrain.
2o _Le plateau de Nétéboulou_, d’où partent deux rangées de
collines se dirigeant vers le Sud et entre lesquelles on trouve
le marigot de Nétéboulou. Au Sud, l’horizon est borné par
les collines qui longent à peu de distance la Gambie. La plaine
marécageuse du Genoto sépare le plateau de Nétéboulou de celui
de Sini.
3o _Le plateau de Sini_, le plus important des trois, pourrait, à la
rigueur, être considéré comme la clef du système orographique du
Ouli. Ce plateau a environ 10 kilomètres de long sur 8 de large. Sa
plus grande dimension est de l’Est à l’Ouest et sa plus petite du
Nord au Sud. Il commence, à l’Ouest, à environ trois kilomètres
du village et se termine, à l’Est, à la plaine de Genoto. De
ce plateau, partent deux séries de collines : la première, qui
se dirige vers le Sud-Est, vient se terminer au Bouboulalo-Kô,
la seconde, qui se dirige au Sud d’abord jusqu’aux environs de
Passamassi, se dirige ensuite vers l’Ouest en suivant la Gambie
jusqu’aux environs de Sameteguenda (rive gauche). De là, elle
remonte vers le Nord pour se terminer aux environs de Soutouko.
Outre ces trois grandes divisions orographiques, on trouve encore dans
le Ouli bon nombre de petites collines de huit à dix kilomètres
de longueur et qui ne font partie d’aucun de ces systèmes. Nous
citerons celles qui s’étendent entre le Sina-Diassa-Kô et
le Bouboulalo-Kô, et celles qui sont situées aux environs de
Goundiourou, Boukari-Counda et sur la route de Tambacounda à
Nétéboulou, au Nord de ce dernier village.
L’orographie de la partie Est du Ouli est des plus simples. Quelques
collines isolées entourent Dialacoto. Une chaîne peu importante
longe la Gambie dans le grand coude qu’elle fait entre le Bira-Kô
et Faraba-Kô.
En résumé, le Ouli est plutôt un pays plat, de plaines, qu’un
pays montagneux. Il n’y a guère que sa partie Sud-Ouest, comme
nous l’avons vu, qui présente des reliefs de terrain de quelque
importance. A l’Est, à part la chaîne qui longe la Gambie, nous
ne trouvons qu’une immense plaine de plus de soixante kilomètres
de longueur sur trente environ de largeur et qui n’est coupée
par aucune hauteur qui mérite d’être signalée.
Ces collines sont, en général, peu élevées. Leurs plus grandes
hauteurs n’atteignent pas 175 mètres. Elles sont excessivement
boisées mais non cultivées. Leurs flancs présentent généralement
une pente assez raide d’où toute terre végétale est entraînée
dans la plaine par les pluies torrentielles de l’hivernage. Aussi
le sol en est-il profondément raviné, et la roche se montre-t-elle
à nu presque partout.
_Constitution géologique du sol._ — La constitution géologique
du sol du Ouli diffère sensiblement dans la partie Nord, la partie
Sud et la partie Est. Toute la partie Est est formée d’un sous-sol
de terrain ardoisier dont les quartz et les schistes sont les roches
principales. La croûte terrestre est formée d’argiles compactes
et d’alluvions anciennes que recouvre un sable fin et blanc en
certains endroits, sable qui est le résultat de la désagrégation
des roches. Les collines y sont formées surtout de grès, quartz
et conglomérats ferrugineux.
Les parties Nord et Nord-ouest présentent une constitution
mixte. Là, on trouve, en effet, les argiles compactes alternant avec
la latérite. Cette dernière, qui n’est qu’une argile durcie et
dense d’une couleur rouge brique, renferme des cristaux de quartz
et donne une terre d’une merveilleuse fertilité. Le sous-sol est
formé de terrain ardoisier en certains endroits. En d’autres,
ce sont les quartz et les terrains ferrugineux qui dominent. C’est
surtout aux environs de Tambacounda, Nétéboulou, Sini, Goundiourou,
Koussanar, qu’apparaît la latérite. Le plateau de Sini en est
presque uniquement formé.
Les parties Sud et Sud-Ouest présentent une toute autre
constitution. Là, en effet, nous ne trouvons plus que de rares
ilots d’argiles compactes. C’est la latérite qui domine presque
partout. Aux environs des marigots nous trouvons quelques marais
dont le sol est formé d’argiles compactes que recouvre une couche
relativement épaisse d’alluvions anciennes et récentes. Ces
marais sont tous excessivement fertiles.
Dans tout le Ouli, enfin, la roche se montre à nu en certains
endroits et constitue des plateaux plus ou moins étendus absolument
nus et stériles. Par places, ces plateaux, en général formés de
grès, quartz et roches ferrugineuses, constituent de véritables
cuvettes, qui, remplies d’eau par les pluies d’hivernage, se
transforment en mares dont quelques-unes sont encore relativement
profondes.
Nous avons dit plus haut que les puits des villages du Ouli étaient
très profonds dans la partie Nord et qu’ils l’étaient moins dans
la partie Sud. Dans la partie Nord, à Koussanar et à Goundiourou
notamment, nous en avons vu qui mesuraient jusqu’à quarante
mètres de profondeur. Cela nous a permis de constater quels étaient
les différents terrains qui formaient le sol de cette partie du
Ouli. Nous avons pu ainsi constater la disposition suivante : 1o
couche de sables très fins ; 2o couche de latérite (elle fait
souvent défaut) ; 3o argiles compactes ; 4o terrain ardoisier
(quartz, schistes, roches ferrugineuses) ; 5o couche de sables non
constante et enfin la masse d’eau souterraine reposant sur la
roche (rare) ou les argiles. L’eau de ces puits est d’excellente
qualité. Cela tient à ce qu’elle a, en général, filtré entre
les couches de sables profondes.
L’eau des puits de la région Sud et de la région Sud-Est est moins
bonne. Disons tout d’abord qu’on la trouve à une profondeur
moins grande, 12 à 15 mètres environ. Là, la disposition des
couches varie un peu. Nous trouvons, en effet : 1o une première
couche de latérite que recouvre parfois une couche assez épaisse
d’humus ; 2o couche rocheuse formée de grès et de quartz, et, en
quelques endroits très rares, de gneiss ; 3o couche d’argiles ;
4o couche de sables non constante et toujours peu épaisse ;
5o enfin une couche d’argiles limoneuses sur laquelle repose
la masse d’eau souterraine. Il résulte de ces dispositions que
l’eau de ces puits a souvent un aspect blanchâtre et un goût
terreux très prononcé. Malgré cela, bouillie et filtrée, elle est
encore potable. Comme on le voit par la description qui précède,
le sol du Ouli appartient au système géologique du Ferlo et du
Bondou dans le Nord. Au Sud, c’est le commencement des terrains
que nous retrouverons dans le Sandougou et le Ouli.
_Sol._ — _Production du sol._ — _Cultures._ — La constitution
géologique du sol nous apprend quelle doit être la flore du
Ouli. En effet, au Nord, nous ne trouvons, ainsi qu’à l’Est,
que des essences absolument rachitiques. Seuls, à l’Est, les
bords de la Gambie sont couverts d’une belle végétation. Mais
c’est à peine si elle s’étend à quelques centaines de mètres
du fleuve. Pas de futaies, on dirait que le sol n’est pas assez
fort pour nourrir ce qui vit à sa surface. Arbres tordus, aux formes
bizarres, étranges, herbes maigres, minces, ténues, brûlées par
le soleil avant d’être arrivées à leur complet développement,
tel est l’aspect que présentent ces deux parties du Ouli. Au Nord,
les Acacias, les Mimosées abondent. C’est avec quelques Ficus tout
ce que nous trouvons de plus important à signaler. Nous retrouvons
absolument la flore pauvre du Bondou.
A mesure que nous avançons dans le Sud, elle se modifie
profondément, et, déjà, aux environs de Goundiourou et de
Siouoro, nous voyons apparaître des végétaux d’une taille plus
élevée. On rencontre quelques rares Caïl-Cédrats[10] et quelques
belles Légumineuses ; mais il faut arriver jusqu’à Sini pour voir
se développer la belle flore des tropiques. Déjà aux environs de ce
village, nous trouvons quelques beaux Ficus, et à Sini même, dans
la cour du chef, se dresse un superbe _N’taba_ (Sterculiacée). A
partir de Sini, la végétation devient de plus en plus puissante,
_Caïl-Cédrats_, _N’tabas_, _Ficus_, _Bambous_ gigantesques,
Légumineuses énormes y viennent à merveille, et lorsque l’on
arrive sur les bords de la Gambie, on est stupéfait en voyant les
dimensions que prennent les végétaux qui y croissent. En résumé,
la flore du Ouli tient à la fois de celle de la région des steppes
Sénégambiennes et Soudaniennes et de celle des régions tropicales
des rivières du Sud.
Les productions du sol, dans de semblables conditions, doivent
varier considérablement. Dans les régions du Nord et de l’Est,
à part Tambacounda, Licounda et Goundiourou, le reste du pays
est peu cultivé. La région Est est absolument inhabitée,
stérile et inculte. Les villages du Nord sont entourés de
lougans de mil[11]. Les variétés qui ne demandent que des
terres faibles y sont surtout cultivées. Outre le mil, nous y
rencontrons encore le maïs, mais en petites quantités, enfin
quelques rares lougans d’arachides, bordés par de nombreux pieds
d’oseille indigène. Dans les petits jardins qui entourent les
villages, se trouvent de belles plantations de tabac, de tomates
indigènes. Mentionnons aussi quelques lougans de coton. — Autrement
plus riches sont les cultures dans la région du Sud. Lougans immenses
de mil, d’arachides[12] se rencontrent à chaque instant. Les
variétés de mil les plus riches y sont cultivées surtout aux
environs des villages Peulhs. Les arachides y abondent et sont
très estimées dans le commerce. Le coton forme un des principaux
produits du pays et on en récolte assez pour que les tisserands
soient occupés, toute l’année, à fabriquer ces petites bandes
d’étoffes qui, dans ces régions, servent de monnaie pour les
transactions commerciales. Citons encore le maïs, en général
peu cultivé, enfin le riz dont les plantations commencent à
apparaître à Tambacounda et à Nétéboulou, mais qui n’a pas
encore l’importance que nous lui verrons dans le Sandougou. Autour
des villages, on cultive du tabac, tomates, gombos[13], oseille, et
Cucurbitacées les plus variées, diabérés, oussos, indigo, etc.,
etc. Comme on le voit, les cultures sont assez variées dans le Sud
du Ouli ; mais la production n’est pas encore ce qu’elle pourrait
être. Cela tient à ce que là, comme partout ailleurs, au Soudan,
le noir est esclave de la routine et des préjugés superstitieux
de sa race. Aussi est-ce toujours, malgré tout ce que l’on peut
dire, les mêmes procédés tout à fait primitifs et absolument
insuffisants, qu’ils emploient.