Voici notre position à la fin de l'armistice: le 12e corps à Dahme,

menaçant Berlin; le 3e corps de cavalerie à Leipzick; Napoléon à Dresde

avec la garde; le 1er corps en route pour s'y rendre; le 14e à Pirna

gardait la frontière de Bohême et la rive gauche de l'Elbe; enfin, le

reste de la Grande Armée occupait la Silésie, et principalement les

bords de la Katzbach, savoir: les 2e, 3e, 4e, 5e, 6e, 7e et 11e

corps--1er, 2e et 4e de cavalerie. L'armée coalisée nous faisait face

dans ces différentes positions. Le prince royal de Suède, avec 90,000

hommes, défendait Berlin; la grande armée russe et prussienne se

concentrait en Silésie; les souverains alliés résidaient à Reichenbach.

On voit que la ligne d'opérations de l'armée française s'étendait de

Dresde à l'Oder par Liegnitz. Les forteresses de l'Elbe et de l'Oder

couvraient les deux ailes de cette ligne, et la neutralité de l'Autriche

empêchait de la tourner par la Bohême. Dresde était le centre des

opérations; les ponts de Meissen, au nord de cette ville, et de

Kœnigstein, à quelques lieues au sud, nous permettaient de manœuvrer sur

les deux rives de l'Elbe. Ainsi l'armée alliée de Silésie était coupée

de l'armée du Nord, qui défendait Berlin. Pour se réunir à celle-ci,

elle aurait été obligée de battre l'armée française sur les rives de la

Katzbach et du Bober, ou bien de passer l'Oder et de faire un long

détour par Kalitz et Posen. Napoléon n'avait rien négligé pour fortifier

sa position, pour établir convenablement les magasins et les hôpitaux,

et pour lier par des routes praticables les lignes ainsi que les

ouvrages.

Tels étaient nos avantages au moment de la reprise des hostilités; mais

l'accession de l'Autriche à la coalition y apporta de grands

changements. Les forces des deux armées auparavant étaient presque

égales, et maintenant l'Autriche mettait dans la balance un poids de

130,000 hommes. Dresde pouvait être attaquée par la Bohême, et cependant

Napoléon résolut de conserver sa position. Il était important de

maintenir la guerre au centre de l'Allemagne. Plus les forces de

l'ennemi étaient redoutables, plus il fallait les éloigner de nos

frontières. D'ailleurs, notre présence en Saxe empêchait les princes de

la confédération du Rhin de se joindre à la coalition, et l'on peut

comprendre que leur fidélité envers nous était déjà fort ébranlée.

En présence d'un ennemi si formidable, Napoléon s'appliqua d'abord à la

défensive. Si l'armée autrichienne de Bohême marchait sur Dresde, elle

serait contenue momentanément par les 1er et 14e corps (Vandamme et

Gouvion Saint-Cyr), et l'Empereur accourrait à leur secours. Si cette

armée autrichienne se portait en Silésie, soit par Zittau, soit par

Josephstadt, toute l'armée française se réunirait à Gœrlitz ou à

Buntzlau. Dans tous les cas, Dresde était la base du système. Cette

ville fut mise en état de se défendre pendant huit jours. Le 14e corps,

ainsi que je l'ai dit, en couvrait les approches. Ces dispositions étant

prises, l'Empereur ordonna le 13 août au duc de Reggio de marcher sur

Berlin.

Le 12e corps qu'il commandait était réuni à Dehme; on espérait qu'il

pourrait entrer à Berlin le 24. Le général Girard, sortant de

Magdebourg, appuyait son mouvement, et se liait par la gauche avec le

maréchal Davout, qui se portait à Schwerin. La prise de Berlin, au début

de la campagne, eût été d'un effet moral immense. Par ce moyen, les

landwehrs étaient dispersées, Stettin et Custrin débloquées, les Suédois

rejetés dans la Poméranie. Ainsi la guerre pouvait être transportée sur

la rive droite de l'Oder, et s'approcher de la Vistule. Déjà les

Polonais se préparaient à se joindre à nous. Pendant l'attaque de

Berlin, Napoléon se chargeait de contenir l'armée autrichienne et russe.

Cependant Blücher avait pris l'offensive en Silésie. On lui a reproché

d'avoir occupé le territoire neutre et commencé ses opérations avant les

délais fixés par l'armistice. Les maréchaux Ney et Marmont, ainsi que le

général Lauriston, se retirèrent le 19 derrière le Bober; mais à

l'approche de Napoléon, qui s'était déjà porté en Silésie, Blücher, à

son tour, se retira dans le camp retranché de Schweidnitz. Napoléon

retourna le 23 à Gœzlitz, d'où il surveillait également Dresde et la

Silésie. Avant d'aller plus loin, je dois dire la part que le 1er corps

a prise à ces différents mouvements.

Nous partîmes de nos cantonnements de Wittemberg le 13 août, et nous

arrivâmes à Dresde le 16, en passant par Düben et Meissen. J'appris dans

cette ville la déclaration de guerre de l'Autriche. Le 18, nous entrâmes

en Silésie par Stolpen. Le 20, la 1re division occupa Georgenthal, et la

2e Zittau, pour observer les débouchés de la Bohême et être prêts, soit

à soutenir l'armée de Silésie, soit à entrer en Bohême, soit enfin à

marcher sur Dresde. Les officiers, étaient pleins de zèle; les soldats

soumis, disciplinés, et ne demandant qu'à se battre.

Cependant les mouvements de l'armée ennemie indiquaient l'intention de

marcher sur Dresde par la rive gauche de l'Elbe. Les corps de

Wittgenstein et de Kleist avaient joint l'armée autrichienne en Bohême;

les souverains étaient à Prague, et, dès le 20 août, le prince de

Schwartzemberg, qui commandait en chef, marcha sur quatre colonnes par

Pirna, Altenberg, Dippodiswalde et Freyberg. Cette opération était

importante. Par la prise de Dresde, l'armée française se trouvait coupée

de ses communications; mais il fallait se hâter, car Napoléon allait

sans doute se porter au secours de cette place. Cependant le prince de

Schwartzemberg marchait avec lenteur. Voulait-il vraiment attaquer

Dresde, ou bien se mettre en communication par la gauche avec le prince

royal de Suède, qui défendait Berlin? On l'ignorait encore. Enfin, le

25, l'armée ennemie arriva devant Dresde, et l'on dut s'attendre à être

attaqué le lendemain. Napoléon voulait laisser l'initiative aux ennemis,

et se porter sur eux en un seul point et en force au moment où ils

prendraient l'offensive. Il donna au maréchal Macdonald le commandement

de toute l'armée de Silésie; elle se composait de 100,000 hommes (les 3e

5e, 8e et 11e corps). Macdonald devait tenir en échec le général Blücher

et l'empêcher de se porter, soit sur Berlin, contre le maréchal Oudinot,

soit sur Zittau, pour se lier à l'armée de Bohême: Il suffisait, pour

contenir Blücher, que Macdonald occupât la ligne du Bober et la fît

retrancher.

Napoléon vint de sa personne, le 24, à Bautzen, et le 25, à Stolpen. Le

mouvement de l'ennemi sur Dresde était alors bien décidé, et offrait

l'occasion de livrer une grande bataille. Napoléon, persuadé que Dresde

pouvait se défendre, avait le projet de passer l'Elbe à Kœnigstein, sous

les derrières de l'armée ennemie; mais le 28, à onze heures du soir, on

apprit que Dresde serait enlevée dans la journée du lendemain, si elle

n'était pas secourue. Il ne suffit pas en effet de donner des ordres et

de prendre toutes les mesures nécessaires, il faut que les ordres

puissent être exécutés, et le maréchal Gouvion Saint-Cyr, qui, avec le

14e corps, défendait la place, écrivait: «qu'il ne pouvait résister plus

longtemps avec une armée composée d'enfants, et qu'il allait être obligé

de se retirer sur la rive droite de l'Elbe.» Il n'y avait pas un instant

à perdre, et Napoléon prit sur-le-champ son parti. Il accourut à la

défense de Dresde avec toute la garde, les 2e et 6e corps, et livra

cette bataille que je vais raconter en peu de mots, bataille glorieuse

et dont pourtant les suites ont été si funestes.

Il était sept heures du matin quand Napoléon, descendant des hauteurs de

Weisse-Kirsch par la rive droite de l'Elbe, aperçut la position. Le 14e

corps ne défendait plus les ouvrages que faiblement sur la droite. La

redoute de Dippodiswalde avait été enlevée; celle de Freyberg allait

avoir le même sort. L'ennemi se préparait à attaquer l'enceinte des

faubourgs, et s'approchait déjà des palissades; sa ligne resserrait la

place de tous côtés. La droite de l'Elbe, près du moulin de Striessen,

se prolongeait sur la pente des hauteurs de Strehlen à Wolfuitz; la

gauche devait s'étendre jusqu'à l'Elbe, à Priestnitz, poste confié au

général Klenau, qui heureusement n'arriva pas. Les réserves occupaient

les hauteurs de Lochwitz à Nœtnitz, entre l'Elbe et la Weisseritz, à

moins d'un mille de la ville.

Napoléon entra seul à Dresde, et sa présence produisit un effet magique.

Il alla visiter à pied toute la ligne des palissades. Le 14e corps le

reçut avec acclamation. Sans perdre un moment, l'Empereur fit entrer la

garde impériale. Le roi de Naples prit le commandement de l'aile droite,

le maréchal Ney[62] celui de l'aile gauche. À deux heures, l'attaque

commença sur toute la ligne. À gauche, la jeune garde enleva le mamelon

des moulins de Striessen; au centre, la redoute de Dippodiswalde fut

reprise; à droite, l'infanterie de Teste et la cavalerie de

Latour-Maubourg obtinrent le même avantage. Le combat ne dura que

quelques heures, et le succès fut complet. Dans la nuit, Schwartzemberg

reprit la position qu'il occupait avant l'attaque des faubourgs. Il

n'avait tiré aucun parti de ses forces, et un corps considérable fut

laissé sans motifs en avant de Dippodiswalde. Dans cette même nuit, les

maréchaux Victor et Marmont entrèrent à Dresde. Le 27 au matin,

l'Empereur ordonna un grand mouvement sur la route de Freyberg, à notre

droite; son but était d'empêcher l'ennemi de s'étendre à gauche pour se

lier avec le prince royal de Suède, qui, s'il obtenait l'avantage sur le

maréchal Oudinot, pouvait passer l'Elbe à Torgau. Il voulait en même

temps enlever à l'ennemi la retraite sur Freyberg, pendant qu'à

l'extrémité opposée le 1er corps s'avançait par la route de Pirna. Ainsi

l'armée alliée aurait été rejetée dans les affreux chemins des montagnes

qui conduisent à Tœplitz par Dippodiswalde et Altenberg.

La pluie, qui avait tombé par torrents pendant la nuit, dura toute la

journée. Le combat commença au point du jour. À la gauche, la jeune

garde enleva Grüne et disputa à l'ennemi le village de Reich pendant le

reste du jour. Au centre, l'ennemi maintint sa position sur les

hauteurs. On entretint une forte canonnade, afin de l'inquiéter et de

l'empêcher de dégarnir son centre pour porter à sa gauche, qui,

d'ailleurs, en était séparée par une vallée d'un difficile accès. Le

véritable combat, comme je l'ai indiqué, eut lieu sur ce point. Le roi

de Naples dirigea cette attaque avec son ardeur ordinaire. Lobda fut

enlevé par le général Teste; les batteries des villages de Wolfuitz et

Nustitz emportées par le 2e corps; l'infanterie enfoncée par les

généraux Bordesoulle et d'Audenarde; la cavalerie dispersée par le

général Doumerc. L'ennemi se retira précipitamment en nous abandonnant

la route de Freyberg.

Ces deux journées sont au nombre de celles qui Honorent le plus l'armée

française. Jamais elle ne montra plus d'ardeur et de dévouement. La

jeune garde avait engagé le combat le 26; elle fut admirable, et son

exemple électrisa le reste de l'armée. Le roi de Naples disait dans son

rapport: «La cavalerie se couvre de gloire; les masses sont rompues à

coups de sabre malgré la résistance la plus opiniâtre. L'infanterie

aborde l'ennemi à la baïonnette; les généraux dirigent dans ces attaques

difficiles la bravoure encore inexpérimentée des jeunes soldats.» Il

n'oubliait que lui-même dans un éloge si bien mérité car on le vit

charger en personne les carrés à la tête de nos premiers escadrons.

L'ennemi eut 20,000 hommes tués ou blessés. 10,000 prisonniers; on lui

prit aussi 26 pièces de canon, des caissons, des drapeaux; quatre

généraux furent tués ou blessés, deux faits prisonniers.

De notre côté, nous eûmes sept généraux blessés.

Pendant la bataille, un boulet de canon emporta les deux jambes du

général Moreau, qui venait d'arriver et se trouvait en ce moment près de

l'empereur Alexandre. Il mourut peu de jours après, à Laun, en Bohême.

Nous admirions, comme tout le monde, l'ancienne gloire de Moreau; mais

il était dans les rangs de nos ennemis, et c'est ce que les militaires

ne pardonnent jamais.

Napoléon rentra le soir à Dresde, et sans penser à la fatigue de ces

deux journées, sans prendre à peine le temps de sécher ses vêtements

trempés de pluie, il fit ses préparatifs pour livrer une troisième

bataille. Malgré les pertes des deux journées précédentes, l'armée

alliée était nombreuse, et l'Empereur ne pouvait croire qu'elle songeât

à la retraite. Ce fut cependant ce qui arriva. Dans la nuit du 27,

Schwartzemberg prit la route de Bohême. La victoire était remportée, et,

pour la compléter, Napoléon dirigea les différents corps d'armée à la

poursuite de l'ennemi dans toutes les directions.

Je dois maintenant reprendre l'histoire du 1er corps jusqu'au 28 août,

lendemain de la bataille de Dresde.

CHAPITRE III.

OPÉRATIONS DU 1er CORPS.--PASSAGE DE L'ELBE À KŒNIGSTEIN.--MARCHE SUR

TŒPLITZ.--BATAILLE DE KULM.--DÉROUTE DU 1er CORPS.--RÉFLEXIONS SUR CETTE

BATAILLE.

J'ai dit plus haut que Napoléon, en quittant la Silésie, avait eu

d'abord le projet de passer l'Elbe à Kœnigstein, pour déboucher sur les

derrières de l'armée alliée, mais que de nouveaux rapports lui ayant

donné lieu de craindre que Dresde ne fût enlevée avant son arrivée, il

s'était décidé à marcher lui-même au secours de cette place, et à

charger le général Vandamme seul de passer l'Elbe à Kœnigstein et de

s'emparer du camp de Pirna.

L'opération était importante. Si la bataille de Dresde durait encore,

nous prenions l'ennemi à dos et sa défaite était certaine. Si, comme il

arriva, l'armée ennemie était battue et déjà en retraite, nous coupions

les communications, nous lui interceptions la route de Peterswalde, et

nous pouvions même le prévenir à Tœplitz.

J'ai mis en note la composition du 1er corps. L'Empereur y ajouta

plusieurs brigades d'infanterie et de cavalerie, et voici l'état général

des troupes que l'on donna au général Vandamme pour cette expédition:

+------------------------------------------------------------+----+----+

| |BAT.|ESC.|

+------------------------------------------------------------+---------+

| 1° la 42e division (Mouton-Duvernet). |

+------------------------------------------------------------+---------+

| |10e et 21e légers |2 bataillons.| | |

| +--------------------------+-------------+ | |

| 1re brigade |96e de ligne |2 -- | 6 | |

| +--------------------------+-------------+ | |

| |40e et 43e de ligne |2 -- | | |

+------------------------------------------------------------+----+----+

| |4e et 12e légers |2 bataillons.| | |

| +--------------------------+-------------+ | |

| 2e brigade. |9e et 28e légers |2 -- | 6 | |

|Général KREUTZER. +--------------------------+-------------+ | |

| |27e de ligne |2 -- | | |

+------------------------------------------------------------+----+----+

| _Cavalerie légère._ |

+------------------------------------------------------------+---------+

|Colonel Rousseau. |3e de hussards |2 escadrons. | | |

| +--------------------------+-------------+ | 4 |

| |27e chasseurs |2 -- | | |

+----------------------------------------------------------------------+

| 2° La brigade du Général Quiot (23e DIVISION). |

+------------------------------------------------------------+---------+

| |55e de ligne |2 bataillons.| | |

| +--------------------------+-------------+ 6 | |

| |85e de ligne |4 -- | | |

+------------------------------------------------------------+---------+

| 3° Le 1er corps, commandé par le Général Vandamme, savoir: |

+----------------------------------------------------------------------+

| 1re division. Général Philippon. |

+------------------------------------------------------------+---------+

|1re brigade. |7e léger |4 bataillons.| | |

|Général Pouchelon. +--------------------------+-------------+ 8 | |

| |12e de ligne |4 -- | | |

+------------------------------------------------------------+----+----+

|2e brigade. |17e de ligne |4 bataillons.| | |

|Général Fezensac. +--------------------------+-------------+ 6 | |

| |36e de ligne |2 -- | | |

+------------------------------------------------------------+----+----+

| 2e division. Général Dumonceau. |

+------------------------------------------------------------+----+----+

|1re brigade. |13e léger |4 bataillons.| | |

|Général Dunesme. +--------------------------+-------------+ 8 | |

| |25e de ligne |4 -- | | |

+------------------------------------------------------------+----+----+

|2e brigade. |51e de ligne |2 bataillons.| | |

|Général Doucet. +--------------------------+-------------+ 6 | |

| |57e de ligne |4 -- | | |

+------------------------------------------------------------+----+----+

| _Cavalerie légère._ |

+------------------------------------------------------------+----+----+

|21e brigade. |9e de lanciers français |4 escadrons. | | |

|Général Gobrecht. +--------------------------+-------------+ | 8 |

| |Chasseurs d'Anhalt. |4 -- | | |

+------------------------------------------------------------+----+----+

| 4° la brigade du prince de Reuss. |

+------------------------------------------------------------+---------+

| (5e division.--2e corps.) |

+------------------------------------------------------------+----+----+

|Général Vial. |46e de ligne. |3 bataillons.| 6 | |

| |72e de ligne |3 -- | | |

+------------------------------------------------------------+----+----+

| 5° DIVISION DE CAVALERIE LÉGÈRE (Corbineau). |

+------------------------------------------------------------+----+----+

|Général Montmarie. |1er de lanciers français. |4 escadrons. | | 8 |

| |3e de lanciers français. |4 -- | | |

+------------------------------------------------------------+----+----+

|Général Heimrodt. |16e chasseurs. |4 escadrons. | | 9 |

| |Chasseurs italiens. |5 escadrons. | | |

+------------------------------------------------------------+----+----+

|Total. | 52 | 29 |

+------------------------------------------------------------+---------+

ARTILLERIE.

12 pièces de 6 et obusiers, à la division MOUTON-DUVERNET.

12 pièces de 6 et obusiers, à la division PHILIPPON.

12 pièces de 6 et obusiers, à la division DUMONCEAU.

12 pièces de réserve de 12 et obusiers.

12 pièces de 6 et obusiers, servis par 2 compagnies de canonniers

à cheval.

Total. 60 pièces, plus 60 caissons du parc de réserve.

GÉNIE.

La 5e compagnie du 3e bataillon de sapeurs.

La 7e compagnie du 3e bataillon de sapeurs.

Une compagnie de mineurs.

Je crois que le nombre des présents était de 5 à 600 hommes par

bataillon; environ 30,000 hommes d'infanterie.

En comptant 5,000 hommes de cavalerie (c'est beaucoup pour 29

escadrons); en y joignant l'artillerie et le génie, le total n'allait

pas à 40,000 hommes.

Dans ma brigade, les quatre bataillons du 17e s'élevaient à 2,500

hommes; les deux bataillons du 36e à 1,000; moins de 600 hommes par

bataillon.

Le 1er corps gardait en Silésie les débouchés de la Bohême, par Raumburg

et Georgenthal; il importait de cacher à l'ennemi l'expédition que nous

allions faire, et nous ne partîmes, le 24, qu'après avoir été relevés

par le 8e corps et par la cavalerie de Kellermann. La 1re division fit

l'arrière-garde; elle arriva à Hainsbach le soir; elle en repartit la

nuit pour Neustadt, où elle passa toute la journée du 25. La 42e

division était en tête, puisque auparavant elle occupait le camp de

Lilienstein, et gardait le pont de l'Elbe à Kœnigstein. Pendant la nuit

du 25 au 26 elle passa sur la rive gauche, et le 26 à la pointe du jour

elle repoussa les Russes sur la route de Pirna, et s'établit dans le

bois près de la forteresse de Kœnigstein. Vers quatre heures après-midi,

la division Dumonceau et la division de cavalerie Corbineau passèrent

l'Elbe, et vinrent se placer en avant de Leopoldshyn; la brigade Quiot

suivit ce mouvement. Les Russes se retirèrent et prirent position, sous

la protection d'une forte batterie, la droite à Kritzwitz, sur la route

de Pirna, la gauche à l'Elbe, près de Naundorff. La 1re division et

toute l'artillerie du 1er corps étaient encore en arrière. Cependant le

général Vandamme se décida à attaquer cette position.

Ce fut une imprudence, car l'infanterie et la cavalerie souffrirent

également du feu de l'artillerie auquel on ne pouvait répondre. Dans la

soirée, les Russes se replièrent sur Pirna. Ce même jour 26, le général

Philippon partit de Neustadt, passa l'Elbe, et vint bivouaquer au pied

de la forteresse de Kœnigstein. Je fermai la marche après l'artillerie

des deux divisions. Cette marche fut bien pénible, parce que les chemins

étaient gâtés et que la pluie tombait par torrents. Il fallait donc

s'arrêter à chaque pas pour retirer de la boue les canons et les

caissons. Nous marchâmes toute la journée et toute la nuit du 26 en

prenant à peine quelques instants de repos. Je ne voulais rien laisser

en arrière, et je sentais la nécessité de conduire le plus tôt possible

sur le terrain l'artillerie dont le général Vandamme avait manqué la

veille. Nous passâmes l'Elbe avant le jour, et je me réunis d'assez

bonne heure à la division, à Langenhennersdorf, entre Kœnigstein et

Gieshübel. Le général Philippon, qui ne m'attendait pas encore, loua

fort ma diligence. La 1re division resta ce jour-là à Langenhennersdorf

avec la division Corbineau. Ma brigade avait besoin de repos.

Seulement le 7e léger, de la brigade Pouchelon, fut assez maladroitement

engagé dans les bois qui conduisent à Gieshübel; le mauvais temps et les

grandes eaux d'un torrent arrêtèrent la marche de ce régiment, qui vint

reprendre sa place dans nos bivouacs. Il n'y a rien de pire que de

fatiguer ainsi les troupes par des attaques partielles et décousues.

Pendant ce temps, la 42e division était à Pirna, et la brigade de

cavalerie Gobrecht tiraillait en avant sur la route de Dresde. La

division Dumonceau, un peu en arrière, occupait le Kohlberg; c'était le

jour de la bataille de Dresde.

Voici donc la situation le 28 au matin, lendemain de la bataille: la

grande armée ennemie se retirait précipitamment en Bohême; la route de

Freyberg, à notre droite, était occupée par le roi de Naples, celle de

Peterswalde, à gauche, menacée par le général Vandamme. Toutes les

colonnes ennemies suivaient les routes de Marienberg, Dippodiswalde,

Altenberg, Furstenwald et Peterswalde. Ces différentes directions

conduisaient à Tœplitz, à travers les montagnes. Les chemins étaient

affreux; déjà cette retraite ressemblait à une fuite. La présence des

souverains augmentait l'inquiétude et la confusion. Tout dépendait de la

marche des différents corps de notre armée, qui allaient poursuivre

l'ennemi. Le 28, le roi de Naples occupa Freyberg à l'extrême droite, et

prit plusieurs convois. Le 2e corps l'appuya. Le 6e suivit la route de

Dippodiswalde, s'empara de Keisslich, un peu en arrière de cette ville,

et fit 3,000 prisonniers. La jeune garde devait occuper Pirna. Le 14e

(et ceci est bien important) marchait sur Dohna et devait se réunir au

général Vandamme. «Aussitôt la réunion faite, écrivait l'Empereur, les

1er et 14e corps se porteront à Gieshübel et se formeront sur les

hauteurs de Gieshübel et de Hellendorf.» Ce premier jour pourtant, le

maréchal Gouvion Saint-Cyr s'arrêta à Maxen, à la hauteur de Dohna.

Souvenirs militaires de 1804 à 1814 · 第 26 / 32 段