XXXIV

Voilà tout le tableau, et cependant que de choses ne dit-il pas par

les yeux à l'âme! Quelle sérénité, quelle paix, quel apaisement des

soucis de la vie, quelles images de félicité, d'amour, d'ivresse

rêveuse, ne fait-il pas monter des sens à l'esprit! On nage dans la

tiède lumière d'un éther méridional, on glisse sur le cristal azuré de

cette mer presque toujours aplanie, on boit par tous les pores la

brise embaumée, on regarde ce ciel du soir qui n'est que l'avenue

voilée des mondes imaginaires où s'abîme l'espérance; on s'assied, on

se groupe, on écoute, on s'étonne, on s'enchante aux chants de ce

poëte avec ces jeunes hommes et ces jeunes femmes, doucement ivres de

poésie et de musique, ces fleurs du climat où l'_oranger fleurit_; on

s'oublie, on oublie le monde, le jour qui baisse, l'heure qui glisse,

les soucis qui poignent, les peines qui attendent. Le peintre vous

donne ce qu'il y a de meilleur à un certain âge de la vie sur la

terre: une heure d'oubli!...

Aussi ce tableau, véritable révélation d'une poésie du pinceau

inconnue au monde, fit-il sur les spectateurs l'impression que des

livres tels que _Paul et Virginie_ ou _Atala_ auraient pu faire sur

les imaginations. Chaque tableau de Léopold Robert est un livre en

effet, un poëme, un roman, une philosophie, une idylle de Théocrite,

une églogue de Virgile, un chant du Tasse, un sonnet mélodieux de

Pétrarque. Il n'y a autant de littérature dans aucun tableau. Son

pinceau est une plume; il parle, il chante autant qu'il dessine; sa

couleur a du son, sa toile est lyrique; il parle trois langues en une:

on l'entend peindre, on le sent décrire, on le voit penser.....

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Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 194 / 196 题