Voilà tout le tableau, et cependant que de choses ne dit-il pas par
les yeux à l'âme! Quelle sérénité, quelle paix, quel apaisement des
soucis de la vie, quelles images de félicité, d'amour, d'ivresse
rêveuse, ne fait-il pas monter des sens à l'esprit! On nage dans la
tiède lumière d'un éther méridional, on glisse sur le cristal azuré de
cette mer presque toujours aplanie, on boit par tous les pores la
brise embaumée, on regarde ce ciel du soir qui n'est que l'avenue
voilée des mondes imaginaires où s'abîme l'espérance; on s'assied, on
se groupe, on écoute, on s'étonne, on s'enchante aux chants de ce
poëte avec ces jeunes hommes et ces jeunes femmes, doucement ivres de
poésie et de musique, ces fleurs du climat où l'_oranger fleurit_; on
s'oublie, on oublie le monde, le jour qui baisse, l'heure qui glisse,
les soucis qui poignent, les peines qui attendent. Le peintre vous
donne ce qu'il y a de meilleur à un certain âge de la vie sur la
terre: une heure d'oubli!...
Aussi ce tableau, véritable révélation d'une poésie du pinceau
inconnue au monde, fit-il sur les spectateurs l'impression que des
livres tels que _Paul et Virginie_ ou _Atala_ auraient pu faire sur
les imaginations. Chaque tableau de Léopold Robert est un livre en
effet, un poëme, un roman, une philosophie, une idylle de Théocrite,
une églogue de Virgile, un chant du Tasse, un sonnet mélodieux de
Pétrarque. Il n'y a autant de littérature dans aucun tableau. Son
pinceau est une plume; il parle, il chante autant qu'il dessine; sa
couleur a du son, sa toile est lyrique; il parle trois langues en une:
on l'entend peindre, on le sent décrire, on le voit penser.....
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