Regardez ce premier tableau complet de Robert à côté du tableau de
_Corinne_ par Gérard: du premier coup d'oeil vous vous sentez en
pleine lumière comme en plein pathétique, comme en plein pittoresque,
comme en pleine vérité. Et puisque nous parlons ici de la peinture
comme expression d'une littérature qui parle aux yeux, qui
impressionne l'âme, qui communique de l'homme à l'homme des images,
des sensations, des pensées, voilà une langue du pinceau qui se fait
entendre, entendre non pas d'un cercle d'initiés comme la _Corinne_ de
Gérard, mais de tout le monde. Gérard parle une langue morte, Robert
parle une langue vivante et vulgaire.
Et d'abord remarquez avec quel instinct de la vérité dans les
sensations Léopold Robert, dans son _Improvisateur napolitain_,
dispose les lieux selon la scène. Que veut-il peindre? L'attention,
l'attention concentrée d'un groupe ou deux de personnages au récit
populaire chanté par un poëte de la nature. Aussi voyez comme il évite
de distraire leurs regards ou les regards des spectateurs par tout
luxe surabondant de paysages. Le ciel pour dôme, la mer vide pour
fond, un rocher nu pour y asseoir son poëte, quelques pierres roulées
du rocher pour y grouper ses auditeurs, voilà tout; les deux éléments
de l'imagination et l'infini, le ciel et la mer, se présentent seuls à
l'esprit quand on aperçoit ce tableau: l'âme se concentre sur le
groupe.