Cette atmosphère romaine de 1819 à 1822 transfigura aussi Léopold
Robert en Romain. Il eut le vertige de l'Italie; il conçut une
peinture nouvelle, tout imprégnée de la pureté des lignes des horizons
romains, de la beauté des têtes transtévérines, de la mâle sévérité
des attitudes de ce peuple-roi, dont la majesté se révèle dans le
pasteur des Abruzzes comme un diadème égaré des palais et retrouvé
dans les cabanes, enfin de cette lumière de fournaise ardente qui se
vaporise en touchant la terre et qui immerge toute la nature dans un
océan de clartés, doublant les objets par les ombres crues qu'elle
projette sur leur face obscure. Il effaça pour jamais de sa palette
ces teintes vertes et ces nuances grises qu'il avait imitées jusque-là
des couleurs ternes de Paris et du Jura, et il y substitua, non pas
des couleurs, mais des rayons liquides fondus sur ses toiles. Son
dessin suivit la transformation de sa palette; il oublia le vulgaire
et ne chercha plus que l'idéal. Quant à l'expression de la passion sur
les figures, il n'eut point à la chercher: il la portait dans son âme;
il était tout passion, mais comme il convient à l'art quelconque,
passion pensive, quoique pathétique, passion qui reste belle dans le
supplice, et qui, en se possédant et en se contemplant elle-même,
devient spectacle pour les regards de Dieu et des hommes.