Après qu'on est sorti d'une gorge profonde qui mène de la ville au
Jura, et à mesure qu'on s'élève sur les pentes de cette chaîne, le lac
de Neuchâtel, dont on s'éloigne, paraît se rapprocher quand on se
retourne. On le voit bleuir au pied des tours blanches de la ville et
des noirs sapins; les anses et les ports qui le bordent se dessinent
comme sur une carte de géographie; quelques voiles de pêcheurs y
semblent immobiles; l'eau se rétrécit par l'éloignement; puis la brume
enveloppe ses rives indécises qui vont se fondre dans l'horizon du
canton de Berne.
(On reconnaît également ici l'horizon des lagunes de Venise dans le
tableau des _Pêcheurs_ de Léopold Robert; on voit que cette image
d'enfance, restée dans ses yeux, avait besoin d'en sortir et de se
reproduire sur la toile. Nos paysages sont en nous autant que dans les
sites où nous plaçons nos scènes.)