Le libéralisme le plus progressif ne s'exprime pas mieux aujourd'hui
que Confucius sur les deux systèmes de la force brutale et de la force
morale et raisonnée appliqués au gouvernement des peuples.
«Les coercitions matérielles, dit-il dans la suite de cet entretien,
les prisons, les supplices, les peines de toute espèce, les
intimidations par les châtiments sont de bien faibles liens pour
retenir dans le devoir les hommes que l'on ne conduit pas par la
raison, la conscience, la convenance; mais si on les forme, par
l'éducation, la liberté mesurée, l'exemple, l'exercice, à la
connaissance et à la pratique de la raison, de la conscience, de la
convenance, si l'intelligence et l'amour de ces trois principes se
développent dans leur coeur par la force naturelle que le Ciel (Dieu)
a donnée à ces trois principes qui font l'homme social, tout changera
de face et s'améliorera dans l'empire. Les hommes ainsi instruits et
convaincus deviendront en eux-mêmes leur prince, leur juge, leur loi,
leur gouvernement!...
«Le gouvernement, ajoute-t-il en finissant, a été la dernière chose et
la plus parfaite, découverte par les hommes, au moyen du _grand Ly_ ou
de ces trois principes moraux, la raison, la conscience et la
convenance!»
--«C'est admirable!» dit le roi. Les siècles disent comme lui. Un tel
politique en un tel temps est la merveille de l'antiquité. Je retrouve
avec orgueil, en propres termes, dans la bouche de ce prétendu barbare
ce que j'ai dit moi-même en commençant cet entretien: «_Le
chef-d'oeuvre de l'humanité, c'est un gouvernement!_»