C'est de cette union que naquit Confucius, 551 ans avant J.-C. «Un
enfant pur comme le cristal naîtra, dirent à la mère les génies
protecteurs de la famille (l'esprit des ancêtres); il sera roi, mais
sans couronne et sans royaume!» Les Chinois comprenaient déjà alors la
royauté de l'intelligence et la souveraineté de la raison.
Dès sa naissance, la tendre superstition de ses parents remarqua des
lignes de génie, de sagesse future et de faveur du ciel sur toute sa
personne. Le plus significatif de ces augures, selon les historiens du
temps, était une protubérance élevée au-dessus de la tête, signe que
les phrénologistes d'aujourd'hui considèrent encore comme une
prédisposition naturelle des organes de l'intelligence à la
contemplation des choses célestes, à la piété et à la vertu dont la
piété est le premier mobile.
L'enfant perdit le vieillard son père trois ans après sa naissance. Sa
vertueuse mère résolut de rester veuve pour se livrer sans distraction
à l'éducation de ce fils. À l'âge de sept ans elle le confia aux
leçons d'un philosophe consommé en science et en sagesse, dont il
devint le disciple de prédilection. Son application, ses progrès, son
obéissance, sa modestie, la douceur de son caractère, la grâce de son
langage et de ses manières en firent le modèle de l'école; il fut
chargé par le maître de le suppléer habituellement dans ses leçons aux
plus jeunes de ses élèves. Confucius commença ainsi à professer tout
en s'instruisant, mais il le fit avec tant de ménagement pour
l'orgueil de ses inférieurs qu'on lui pardonna sa supériorité, et
qu'on aima même en lui cette supériorité de génie qui excite
ordinairement l'envie et la haine. Une précoce gravité cependant
ajouta ainsi à sa jeunesse l'habitude calme et digne de la physionomie
de l'âge mûr.
À dix-sept ans, sa mère le contraignit à quitter à regret l'école du
philosophe, et à entrer dans les affaires comme mandarin de la
dernière classe. Après de sévères examens pour les fonctions
publiques, il fut chargé d'inspecter les subsistances du peuple et les
procédés de l'agriculture dans le petit royaume de Lou, sa patrie. La
science de l'économie politique, qui ne commence qu'à naître et à
balbutier en Europe, était déjà parvenue à une haute théorie de
principes et d'application en Chine. On le voit par les notions de
liberté de commerce et de suppression des monopoles que les historiens
de Confucius développent, d'après lui, dans le récit de cette partie
de son administration.
Le peuple du royaume lui paya ses soins en popularité, le roi en
confiance. Il devint le modèle des administrateurs comme il avait été
le modèle des disciples dans ses études. Marié par sa mère à dix-neuf
ans, il eut un fils; il lui donna le nom de _Ly_, par allusion au nom
d'un petit poisson que le roi lui envoya pour sa table, en le
félicitant, suivant l'usage, sur la naissance d'un premier-né.