Confucius était né de race noble. Sa généalogie remontait à vingt-deux
siècles et demi avant J.-C.; nous disons de race noble, car l'égalité
démocratique des institutions chinoises n'exclut pas le respect et
l'authenticité des filiations dans un pays où tout est fondé sur
l'autorité du père et sur le culte de la famille pour les ancêtres.
Il descendait même d'une race qui avait donné des rois à un des
royaumes dont se composait alors la fédération monarchique de l'empire
chinois, encore mal aggloméré en seul gouvernement.
Le père de sa mère avait trois filles; un vieillard, gouverneur de sa
province, lui en demanda une pour épouse. «Le père, dit l'historien
chinois, rassembla ses filles et leur dit: «Le gouverneur de Tseou
veut me faire l'honneur de s'allier à moi, et demande l'une de vous
en mariage. Je ne vous le dissimule point, c'est un homme d'une taille
au-dessus de l'ordinaire et d'une figure qui n'a rien d'attrayant; il
est d'une humeur sévère, et ne souffre pas volontiers d'être
contrarié; outre cela, il est d'un âge déjà fort avancé. Voyez, mes
filles, l'embarras où je me trouve, et suggérez-moi comment je dois
m'en tirer. Je n'ai garde de vouloir vous contraindre. Dites-moi
naturellement ce que vous pensez. Au reste, _Chou-Leang-Ho_ compte
parmi ses ancêtres des empereurs et des rois, et descend en droite
ligne du sage _Tcheng-Tang_, fondateur de la dynastie des _Chang_.»
«Le père ayant cessé de parler, ses trois filles se regardèrent en
silence pendant quelque temps. La plus jeune, voyant que ses soeurs ne
se pressaient pas de répondre, prit elle-même la parole et dit: «Je
vous obéirai, mon cher père, et j'épouserai le vieillard que vous nous
proposez. Je n'y ai aucune répugnance, et j'attends respectueusement
vos ordres.»
«Oui, ma fille, répondit le père, vous l'épouserez; je connais votre
vertu et votre courage; vous ferez le bonheur de votre mari et vous
serez vous-même heureuse entre toutes les mères.»