XVI

Les portraits de Confucius, gravés en Chine sur les portraits

traditionnels de ce philosophe, le représentent assis sur un fauteuil

à bras de bois sculpté, à peu près semblable à nos stalles de

cathédrale dans le choeur des églises chrétiennes de notre moyen âge.

Il est vêtu d'un manteau d'étoffe à plis lourds qui enveloppe ses

épaules et ses bras, et qui est ramené sur ses genoux; ses deux mains,

petites et maigres, sont jointes sur sa poitrine; elles s'appuient sur

une espèce de houlette à deux pieds, qui, à son extrémité inférieure,

a un peu la forme allongée d'une lyre grecque. Comme la musique était

une des bases de la philosophie primitive de la Chine, et que le

philosophe lui-même était un musicien accompli, c'est peut-être un

instrument de musique. Ses pieds sont cachés sous les plis flottants

du manteau, ses coudes sont appuyés sur les bras du fauteuil; une

espèce de bonnet carré, pareil à la mitre persane, coiffe la tête; une

frange à longues torsades retombe du sommet de cette coiffure sur un

large bandeau qui ceint le front du philosophe comme une tiare.

Cette tiare empêche de voir entièrement le front; il paraît haut,

large, sans plis et sans rides, comme celui d'un homme qui ne donne

aucune tension d'effort ou de douleur à sa pensée, mais qui reçoit la

sagesse et l'inspiration d'en haut, comme la lumière. Les sourcils,

fins et légèrement arqués à leur extrémité, ressemblent aux sourcils

de femmes en Perse. Les yeux, dont on entrevoit le globe proéminent

sous la transparence des paupières minces, sont presque entièrement

fermés dans le demi-jour de la méditation qui se recueille; ce

demi-jour, qui en découle cependant sur la physionomie, est lumineux

et serein comme une aurore ou comme un crépuscule de l'âme. Le nez est

droit et court, un peu renflé aux narines; la bouche n'a rien de

l'ironie socratique, symptôme contentieux de lutte et d'orgueil qui

humilie plus qu'il ne persuade les hommes; elle a une expression de

sourire fin, heureux et bon d'un homme qui vient de surprendre une

vérité au gîte, et qui est pressé de la communiquer à ses semblables.

Une longue barbe d'une finesse ondoyante et d'une forme qui trahit le

peigne et le parfum glisse en frisure jusque sur sa poitrine.

L'impression générale qu'on reçoit de ce portrait est celle de la

vénération volontaire pour cette bonté belle et pour cette jeunesse

mûre et pourtant éternellement jeune. C'est une beauté morale, encore

plus attrayante que celle de la tête de Platon, où l'on ne sent que la

poésie et l'éloquence, divinités de l'imagination, tandis que dans la

tête de Confucius on sent la raison, la piété et l'amour des hommes,

triple divinité de l'âme.

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 126 / 196 题