Nous ne mentionnons ici ces livres sacrés et mystérieux de la Chine
anté-historique que pour remonter à la source presque fabuleuse de
cette littérature politique de la plus vieille et de la plus nombreuse
société humaine de l'Orient. Pour bien juger la littérature politique
d'un peuple, ce n'est pas à la renaissance, c'est à la pleine maturité
de ce peuple qu'il faut l'étudier; c'est donc dans les écrits
littéraires et philosophiques du plus grand littérateur, du plus grand
philosophe et du plus grand politique de la Chine que nous allons
retrouver ces livres sacrés commentés, réformés et élucidés sous sa
main.
Ce lettré, ce philosophe, ce politique, c'est Confucius (Konfutzée en
chinois). Confucius est l'incarnation de la Chine. Génie universel, en
qui se résument toute la littérature antique, toute la littérature
moderne, toute la religion, toute la raison, toute la philosophie,
toute la législation, toute la politique d'un passé sans date et de
trois cent millions d'hommes; cet homme fut à la fois, par une
merveilleuse accumulation de dons naturels, de vertu, d'éloquence, de
science et de bonne fortune, l'Aristote, le Lycurgue, le ministre, le
pontife, et presque le demi-dieu d'un quart de l'humanité. Confucius
résume en lui seul la raison d'un hémisphère.
Les admirables travaux du père Amyot sur la vie, les lois, les oeuvres
de cet homme unique entre tous les hommes, sont contenus à peine dans
un volume. Ce volume est à lui seul une bibliothèque. Connaissons donc
le philosophe, nous connaîtrons mieux la philosophie.