S'élevant ensuite à la hauteur d'une critique supérieure aux
ignorances et aux préjugés de secte, le savant disciple des jésuites
parle des _Kings_, de leur antiquité, de leur authenticité, de leur
caractère en ces termes:
«De bons missionnaires qui avaient apporté en Chine plus d'imagination
que de discernement, plus de vertu que de critique, décidaient sans
façon que les _Kings_ étaient des livres, sinon antérieurs au déluge,
du moins de peu de temps après; que ces livres n'avaient aucun rapport
avec l'histoire de la Chine, qu'il fallait les entendre dans un sens
purement mystique et figuré. Le pas était glissant pour un homme que
le zèle dévore, et qui arrive d'Europe avec le préjugé général que le
soleil éclaire l'Occident seul de tout son disque, et ne laisse tomber
sur le reste de l'univers que le rebut de ses rayons. Le moyen de
s'imaginer que des sauvages de l'Orient, tels que les Chinois, eussent
écrit des annales, composé des poésies, approfondi la morale et la
religion avant que les Grecs, maîtres et docteurs de l'Europe moderne,
eussent seulement appris à lire! Comment se persuader que, tant de
siècles avant Alexandre, ces barbares de l'extrême Orient eussent pris
dans leurs livres un ton si sublime de vérité, de noblesse,
d'éloquence, de majesté de pensées, dont on ne trouve que des lueurs
dans les chefs-d'oeuvre de Rome, et qui mettent ces livres (les
_Kings_) au premier rang après nos livres saints pour la religion, la
morale, la plus haute philosophie?»