Eh bien, il y a eu et il y a encore les vestiges d'un gouvernement
humain qui accomplit toutes les conditions que nous venons d'énumérer
ici: un gouvernement qui régit un cinquième de l'espèce humaine dans
un ordre, dans un travail, dans une activité et en même temps dans un
silence à peine interrompu par le bruit des innombrables métiers,
industries, arts qui nourrissent l'empire; un gouvernement qui méprise
trop pour sa sûreté les arts de la guerre, parce que en soi la guerre
lui paraît être le plus grand malheur de l'humanité; un gouvernement
qui a été conquis à cause de ce mépris des armes, mais qui s'est à
peine aperçu de la conquête, et qui, par la supériorité de ses lois, a
subjugué et assimilé à lui-même ses conquérants.
Ce gouvernement, je le répète, c'est celui de la Chine antique.
Et j'ajoute:
Le gouvernement de la Chine, c'est sa littérature.
La littérature de la Chine, c'est son gouvernement.
Les lettres et les lois sont une seule et même chose dans ce vaste
empire.
Quand vous savez ses livres, vous savez sa politique;
Quand vous savez sa politique, vous savez ses lois.