III

Cette liberté que Dieu a laissée à l'homme de se choisir et de se

façonner un gouvernement est ce qui constitue le plus sa dignité

morale parmi les êtres créés.

Tout gouvernement est une intelligence en travail et une morale en

action.

Si l'homme n'avait que des instincts comme les animaux, il n'aurait

qu'une forme de société immuable; c'est parce que l'homme est doué de

la raison et de la liberté qu'il éprouve, transforme et améliore sans

cesse ses gouvernements.

Les questions de gouvernement sont donc, par leur importance, celles

sur lesquelles les hommes ont le plus parlé, discuté, écrit; ce que

les hommes de tous les siècles ont écrit sur les gouvernements et sur

la société est ce que nous appelons la littérature politique. Les

livres primitifs de l'Inde sont pleins de règles et de maximes qui

touchent au régime des sociétés. La Bible est tantôt un code de

république, tantôt un code de monarchie, tantôt un code de théocratie

ou de gouvernement sacerdotal et monarchique à la fois comme était

l'Égypte chez qui les Hébreux en avaient vu le modèle. Mais de tous

les pays où l'homme a agité pour les résoudre ces grandes théories des

sociétés, la Chine antique est évidemment celui où la raison humaine a

le mieux approfondi, le mieux résolu et le mieux appliqué les

principes innés de l'organisation sociale. La sagacité, l'expérience

et le génie de ces philosophes politiques dépassent les Machiavel,

les Montesquieu, les J. J. Rousseau, ces littérateurs politiques de

notre Europe.

Nous savons qu'une telle assertion fera sourire au premier aperçu

notre orgueil européen et notre ignorance populaire, toujours prêts à

sourire et à railler quand on prononce le nom de la Chine; mais nous

ne nous laisserons pas intimider par ce mépris préconçu contre la plus

vaste et la plus durable agrégation d'êtres humains qui ait jamais

subsisté en unité nationale ou en ordre social sur ce globe.

Nous avons étudié impartialement pendant trente ans ces institutions

qui régissent trois cent millions d'hommes; nous plaignons ceux qui

n'ont que des dédains et des sourires en présence du phénomène de la

Chine antique et moderne, empire plus étendu, plus peuplé, plus

policé, plus industrieux que l'Europe entière. Ils jugent ridiculement

ce peuple ancêtre sur quelques grotesques en porcelaine, jouets

d'enfants qu'on vend à Canton aux matelots de nos navires. Que

penseraient-ils des publicistes chinois s'ils nous jugeaient

nous-mêmes, nous Européens, sur ces caricatures, ignobles débauches

d'art, qu'on dessine à Londres ou à Paris pour défigurer nos grands

hommes et pour dérider nos populaces?

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 115 / 196 题