Mais bientôt un autre concert nocturne vint me distraire de cette
pastorale; j'apercevais, à travers le crépuscule, un petit groupe de
peuple qui défilait, sombre et muet comme une apparition funèbre, dans
le sentier creux, à quelques centaines de coudées au-dessous de moi.
Ce sentier suit la vallée de Josaphat et passe entre le tombeau
d'Absalon et la fontaine de Siloé.
C'était le convoi d'une jeune Arménienne que la peste venait de
frapper dans Jérusalem, et que la famille, les amis, les voisins
conduisaient au cimetière de sa communion, hors de la ville. Cette
petite colonne d'hommes, de femmes et de prêtres affligés psalmodiait
sourdement en marchant quelques-uns des versets sacrés de leur
liturgie des morts. Ces versets les plus pathétiques des psaumes de
David remontaient ainsi du fond de sa vallée, hélas! et du fond de ces
coeurs jusqu'au tombeau du roi. J'en saisis quelques-uns au passage de
la brise et je les répétai à voix basse, quoique étranger à ce deuil,
avec la consonnance compatissante qui associe l'étranger, enfant de
douleurs, comme dit le poëte, à toutes les douleurs de ses frères
inconnus!