XXVIII

Au moment où j'allais fermer le livre pour rejoindre le camp de ma

caravane, que j'avais planté de l'autre côté de la ville, en dehors de

la porte de Bethléem, un air de flûte lointain et mélancolique se fit

entendre à ma droite sur une des collines nues et déchirées des monts

d'Arabie qui encaissent la vallée de la mer Morte. C'était un gardeur

de chèvres et d'ânesses, comme Saül et comme David, qui rappelait, du

haut des rochers et du fond des précipices, ses chevreaux, à la

mélodie pastorale de son roseau percé de trois notes. Jamais la flûte

des plus miraculeux musiciens de nos orchestres d'opéra ne me donna un

ravissement aussi délicieux à l'oreille. Ce fut pour moi le sursaut

des siècles endormis se réveillant dans un écho au souffle d'un enfant

berger autour de la tombe du grand joueur de flûte. Je jetai un cri et

je me levai de mon bloc de pierre sur la pointe des pieds, pour mieux

saisir dans la brise les sons aériens et mourants de ce roseau percé.

Je me reportai d'un bond de l'âme aux nuits où le fils d'Isaïe

s'asseyait dans la solitude, écouté seulement par ses brebis; à ces

inspirations du désert qui le firent roi de la Judée pour une vie

d'homme, et pour l'éternité roi du chant. Le berger arabe interrompit

et reprit vingt fois sa mélodie pastorale. Je m'étais assis de nouveau

pour l'écouter jusqu'au bout.

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 108 / 196 题