Remontons au palais de David. De là on plonge ses regards sur la
ravine verdoyante et arrosée de Josaphat. Une large ouverture dans les
collines de l'est conduit de pente en pente, de cime en cime,
d'ondulation en ondulation, jusqu'au bassin de la mer Morte. Cette mer
réfléchit là-bas les rayons du soir dans ses eaux pesantes et opaques
comme une épaisse glace de Venise qui donne une teinte mate et plombée
à la lumière. Ce n'est point ce que la pensée se figure: un lac
pétrifié dans un horizon terne et sans couleur; c'est d'ici un des
plus beaux lacs de Suisse ou d'Italie, laissant dormir ses eaux
tranquilles entre l'ombre des hautes montagnes d'Arabie, qui se
dentellent à perte de vue comme des Alpes sans neige derrière ses
flots, au pied des monticules coniques ou pyramidaux, mais toujours
transparents, de la Judée, royaume stérile du poëte-roi.