J'aurais, moi, humble poëte d'un temps de décadence et de silence,
j'aurais, si j'avais vécu à Jérusalem, choisi le lieu de mon séjour et
la pierre de mon repos précisément où David choisit le sien à Sion.
C'est la plus belle vue de la Judée, de la Palestine et de la Galilée.
Jérusalem est à gauche, avec le temple et ses édifices, sur lesquels
le regard du roi ou du poëte pouvait plonger du haut de sa terrasse.
Devant lui des jardins fertiles, descendant en pentes mourantes, le
pouvaient conduire jusqu'au fond du lit du torrent dont il aimait
l'écume et la voix.--Plus bas, la vallée s'ouvre et s'étend; les
figuiers, les grenadiers, les oliviers l'ombragent. C'est sur
quelques-uns de ces rochers surpendus près de l'eau courante; c'est
dans quelques-unes de ces grottes sonores, rafraîchies par l'haleine
et par le murmure des eaux; c'est au pied de quelques-uns de ces
térébinthes, aïeux du térébinthe qui me couvre, que le poëte sacré
venait sans doute attendre le souffle qui l'inspirait si
mélodieusement.
Que ne puis-je l'y retrouver, pour chanter les tristesses de mon coeur
et celles du coeur de tous les hommes dans cet âge inquiet, comme ce
berger inspiré chantait ses espérances dans un âge de jeunesse et de
foi! Mais il n'y a plus de chant dans le coeur de l'homme; les lyres
restent muettes, et l'homme passe en silence, sans avoir ni aimé, ni
prié, ni chanté.