Après ce silence, l'espoir revient au malade: «Oh! reviens à mon aide,
reprend le poëte; reviens, Jéhovah! Délivre mon âme! assiste-moi, non
à cause de moi, mais à cause de ta compassion divine!»
Puis, comme s'il se repentait de s'être trop effacé lui-même, comme
s'il voulait prendre Jéhovah par sa gloire et le cointéresser à la
délivrance de Saül par le souvenir reconnaissant que les vivants seuls
gardent de ses bienfaits:
«Car, s'écrie-t-il, la mort n'a point de mémoire, et dans la caverne
(dans le sépulcre) qui est-ce qui chantera ton nom?»
Puis le mal se fait de nouveau sentir, et l'élégie reprend:
«Je me suis fatigué de gémir; toutes les nuits je mouille de mes
larmes ma couche! j'en arrose l'oreiller de ma tête!
«Mon visage s'amaigrit de mes angoisses; la multitude de mes douleurs
vieillit avant le temps ma face.»
Ici on ne sait quel esprit soudain de jubilation et d'innocence
saisit tout à coup le poëte et le malade. L'élégie se transfigure en
hymne, la harpe change de mode; l'infirme, qui se sent apparemment
soulagé, lance en trois strophes sa reconnaissance à Dieu, la menace
et l'insulte aux ennemis de celui qui l'a guéri.
«Loin de moi! loin de moi les fabricateurs d'iniquités! car Jéhovah a
exaucé le murmure de mes larmes.»
Quelle expression, qui donne une voix aux larmes et qui fait
comprendre à Dieu les plaintes de l'eau, ces cascades du coeur tombant
des yeux de ses créatures!
«Ainsi Jéhovah a exaucé mes plaintes! Jéhovah a recueilli mes
invocations!»
Puis enfin l'idée de la patrie sauvée avec lui remonte à l'esprit du
roi soulagé. On le voit se redresser sur son séant à la voix de son
barde, et il s'écrie sans transition, dans une dernière strophe
accompagnée sans doute d'un cri martial et d'un geste menaçant à ses
ennemis:
«Disparaissez! soyez confondus! soyez foudroyés d'effroi, ô mes
ennemis! Fuyez confondus avec la rapidité de la paupière qui s'ouvre
et qui se ferme sur l'oeil!»