VII

Après ce silence, l'espoir revient au malade: «Oh! reviens à mon aide,

reprend le poëte; reviens, Jéhovah! Délivre mon âme! assiste-moi, non

à cause de moi, mais à cause de ta compassion divine!»

Puis, comme s'il se repentait de s'être trop effacé lui-même, comme

s'il voulait prendre Jéhovah par sa gloire et le cointéresser à la

délivrance de Saül par le souvenir reconnaissant que les vivants seuls

gardent de ses bienfaits:

«Car, s'écrie-t-il, la mort n'a point de mémoire, et dans la caverne

(dans le sépulcre) qui est-ce qui chantera ton nom?»

Puis le mal se fait de nouveau sentir, et l'élégie reprend:

«Je me suis fatigué de gémir; toutes les nuits je mouille de mes

larmes ma couche! j'en arrose l'oreiller de ma tête!

«Mon visage s'amaigrit de mes angoisses; la multitude de mes douleurs

vieillit avant le temps ma face.»

Ici on ne sait quel esprit soudain de jubilation et d'innocence

saisit tout à coup le poëte et le malade. L'élégie se transfigure en

hymne, la harpe change de mode; l'infirme, qui se sent apparemment

soulagé, lance en trois strophes sa reconnaissance à Dieu, la menace

et l'insulte aux ennemis de celui qui l'a guéri.

«Loin de moi! loin de moi les fabricateurs d'iniquités! car Jéhovah a

exaucé le murmure de mes larmes.»

Quelle expression, qui donne une voix aux larmes et qui fait

comprendre à Dieu les plaintes de l'eau, ces cascades du coeur tombant

des yeux de ses créatures!

«Ainsi Jéhovah a exaucé mes plaintes! Jéhovah a recueilli mes

invocations!»

Puis enfin l'idée de la patrie sauvée avec lui remonte à l'esprit du

roi soulagé. On le voit se redresser sur son séant à la voix de son

barde, et il s'écrie sans transition, dans une dernière strophe

accompagnée sans doute d'un cri martial et d'un geste menaçant à ses

ennemis:

«Disparaissez! soyez confondus! soyez foudroyés d'effroi, ô mes

ennemis! Fuyez confondus avec la rapidité de la paupière qui s'ouvre

et qui se ferme sur l'oeil!»

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 74 / 196 题