VIII

L'ode suivante est une justification par serment que David se chante à

lui-même des accusations injustes portées par Saül contre sa fidélité.

L'ode finit par une imprécation fulminante du poëte contre ses

calomniateurs:

«Lève-toi, Jéhovah mon Dieu! lève-toi contre eux! accomplis ce que tu

as décrété sur eux!

«Que la perversité des mauvais ait un terme! Replace le juste debout!

Tu es ma cuirasse!

«Si le pervers ne se repent pas, Jéhovah tend son arc et vise.»

Il paraît ici que le poëte, justifié et vengé, se complaît à chanter

un cantique de reconnaissance, et l'on retrouve, avec quelques images

plus suaves, les images grandioses du livre de Job dans cet hymne.

Qu'on en juge.

«Ô Jéhovah! ô notre Dieu! que ton nom est resplendissant sur toute la

terre, tandis qu'il resplendit si magnifiquement dans le ciel!

«Dans la bouche des enfants et sur les lèvres qui tettent encore le

lait, tu as mis tes louanges à la confusion de tes ennemis.

«Quand je vois le firmament, ouvrage de tes mains; quand je contemple

cette lune et ces étoiles que tu as semées...»

L'humilité ici succède sans transition, ou plutôt par une transition

tacite et naturelle, à l'extase.

«Qu'est-ce que l'homme, fils de la mort, pour que tu penses à lui?

Qu'est-ce que le fils de l'homme, pour que tu t'en souviennes?»

Mais un juste orgueil, dérivant de la grandeur de sa destinée, arrête

tout à coup le poëte et le fait passer de l'humilité de sa condition

de fils de la mort à l'orgueil de sa destinée morale.

«Tu l'as placé dans l'échelle de tes êtres, ô Jéhovah! à peine un peu

au-dessous des Éloïm (les anges, esprits intermédiaires entre Jéhovah

et ses créatures).

«Tu l'as couronné de splendeur et de royauté! Tu l'as constitué

dominateur des ouvrages même de tes mains! Tu as mis l'univers sous la

plante de ses pieds!

«La brebis, le boeuf, tout, et aussi les animaux sauvages des forêts!

«L'oiseau et les poissons de la mer! ils se fraient des chemins sur

les vagues!...

«Ô Jéhovah! que ton nom est sublime sur toute la face de la terre!»

Que chanterions-nous de mieux aujourd'hui après ce _Te Deum_ de l'âme,

tour à tour abaissée jusqu'à la poussière et relevée jusqu'aux étoiles

par la contemplation de l'oeuvre de Dieu en soi et hors de soi?

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 75 / 196 题