IV

En poursuivant la lecture de ces odes ou de ces psaumes, on croit voir

que, peu de jours après, le poëte eut besoin pour lui-même de la

consolation et de la confiance que sa harpe avait apportées à son roi.

Le deuxième psaume est une élégie sur son propre sort; on doit le

rapporter au moment où Saül, jaloux, a voulu le percer de sa lance, où

il lui a donné, puis repris son amante Michaal, où Jonathas a tiré sa

flèche au delà de la pierre pour lui indiquer qu'il n'a de salut que

dans l'exil, où tous les courtisans du roi et tous ses guerriers se

liguent contre le héros-poëte dont la gloire, la faveur et le génie

les consument de jalousie et de haine. Écoutons cette ode, cette

élégie, ou plutôt ce sanglot de la harpe du proscrit.

«Ô Jéhovah! qu'ils sont nombreux ceux qui me persécutent! que

d'ennemis s'élèvent contre moi!

«Combien il y en a qui disent, en parlant de moi: «Il n'y a point de

salut pour lui dans son Dieu!»

On peut supposer entre ce vers et celui qui va suivre un long repos

rempli par un gémissement en refrain de sa harpe, gémissement

interrompu tout à coup par ce cri de défi à ses persécuteurs et

d'assurance dans son Dieu:

«Mais toi, Jéhovah! mais toi, tu es mon bouclier, tu es ma gloire! Tu

me redresses la tête!

«Et je l'appelle à haute voix, et il m'entend du sommet de sa montagne

sainte!»

Puis, avec la quiétude d'un esprit qui ne redoute plus rien, il

continue sur un mode musical vraisemblablement plus lent et plus doux:

«Et je m'étends sur ma couche, et je m'endors; et, après avoir dormi,

je me réveille, car Jéhovah est l'oreiller de ma tête!

«Je ne crains pas les multitudes d'ennemis portés autour de moi!

«Lève-toi, Jéhovah! sauve-moi, mon Dieu! Frappe tous mes ennemis à la

mâchoire; brise-leur les dents, à ces impies!

«Le salut est en Dieu! ses protections sont sur son peuple!»

Quelle confiance assurée en Dieu!

V

Ainsi rassuré par sa propre voix, comme l'homme qui marche dans les

ténèbres, David semble, dans l'ode suivante, s'abandonner en paix à

des contemplations philosophiques, semblables à celles qui

assaisonnent du sel sacré des maximes les livres de Salomon, son fils,

ou des poëtes persans d'une autre époque. Ce n'est plus l'ode, c'est

la réflexion chantée; ce n'est plus le délire, c'est la sagesse. Cela

dut être écrit dans sa vieillesse.

«Quand je t'invoquerai, ô Jéhovah! exauce ma prière. Élargis l'espace

autour de moi quand je suis à l'étroit dans ma détresse!

«Le vulgaire dit: Qui nous enseignera la félicité? Et nous, nous

disons: Jéhovah, fais luire sur nous la lumière de ta face.

«Tu as mis ainsi plus de joie dans mon coeur que dans le coeur de ceux

dont tu multiplies le blé et le vin.

«Je me couche et je me rendors tour à tour, car c'est en toi que je me

repose!»

On voit, par cette répétition de la même image du sommeil à si peu de

distance, combien elle lui avait paru naturelle et expressive à la

fois pour figurer sa sécurité en Dieu, et combien il se complaisait à

la reproduire presque dans les mêmes termes. C'est qu'en effet il n'y

en a point de plus figurative que ce sommeil et ce réveil alternatifs

des paupières et de l'esprit de l'homme, qui attestent le cours

régulier et paisible de son sang, ruisseau de sa vie.

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 72 / 196 题