Voilà cette première ode, ou psaume, apostrophe brève et incohérente
comme l'insulte du guerrier provoqué à son ennemi. Le poëte s'adresse
d'abord aux envahisseurs du sol sacré; puis à Jéhovah, qu'il fait
parler par sa propre bouche pour rendre confiance à Saül; puis à Saül
auquel il se substitue tout à coup pour lui faire tenir un langage
royal et rassurant pour lui-même et pour son peuple; puis aux ennemis,
de nouveau, pour qu'ils se repentent, se soumettent et se résignent à
la domination du _choisi_, de l'_élu_, du _sacré_, c'est-à-dire de
Saül!
Il y a peu de chants de guerre, s'il y en a, plus superbes et plus
religieux en même temps que cette ode; elle dut retentir de la tente
de Saül dans toute l'armée et jusque dans le camp de la rive opposée,
parmi les ennemis de Jéhovah. La pensée de ce Dieu, qui éclate avec
les éclairs et les grondements de sa foudre dans les paroles de son
poëte, ajoute à ce chant de guerre un caractère surnaturel, qui est,
par excellence, le caractère de la poésie lyrique des Hébreux.
Les moeurs pastorales du berger-prophète y sont retracées avec une
naïveté terrible dans l'image des courroies avec lesquelles le
laboureur lie ses boeufs, et du joug rejeté au loin par le cou des
taureaux. Ce caractère religieux manque aux chants guerriers de
Tyrtée. Ces chants n'ont pour notes que l'héroïsme, la patrie, la
gloire, mots sonores, mais vides de Dieu. Jéhovah remplit ceux de
David. On sent à ces accents que Saül n'écoute pas en lui seulement un
barde d'Israël, mais un inspiré de Jéhovah. Ce chant dut rendre la
sécurité à son esprit et la vigueur à son bras.