Ses sonnets deviennent, en naissant, les proverbes de l'amour des
âmes. Le nom de Laure de Noves se répand d'Avignon et de Vaucluse en
France et en Italie, comme si un écho invisible l'avait laissé tomber
du firmament et enseigné aux hommes. Laure elle-même devient quelque
chose de sacré, un mythe de l'amour.
Son amant ou son Platon se retire dans la solitude de Vaucluse, à
distance de cette incomparable femme, pour n'en pas être consumé de
trop près; il la suit seulement, pendant toutes les périodes de sa vie
d'épouse et de mère, des yeux de l'âme, pendant vingt ans. Elle meurt;
son poëte ne meurt pas, mais l'âme de son adorateur la suit d'en bas
dans le ciel et trouve dans son veuvage des accents d'une mélancolie
pieuse qui sanctifient son deuil. Les sonnets dans lesquels il épanche
ses larmes et ses parfums sont comme des _psaumes_ de l'amour humain
et divin. Ce poëte quitte la France, où sa Laure n'est plus, et il
erre jusqu'à sa vieillesse en Italie, de solitude en solitude, à peine
mêlé aux événements politiques ou religieux de son temps, désintéressé
de tout, indifférent à tout, excepté au souvenir de la beauté qu'il a
trouvée ici-bas et qu'il revoit dans les perspectives de l'immortalité
comme le plus beau et le plus doux des rayonnements de la Divinité. Il
atteint de longues années, et il meurt le front et les lèvres sur son
nom qu'il vient encore d'écrire avant que sa main se glace et se
sèche dans le sépulcre!