Après ces sanctifications de l'amour par la séparation et par la piété
il se complaît quelquefois, comme pour se reposer les yeux de ses
larmes, à se représenter Laure dans les printemps et dans les
fraîcheurs de sa jeunesse.
«Âme heureuse, s'écrie-t-il, qui abaisses si amoureusement ces yeux
plus resplendissants que la lumière, et qui me laisses entendre des
soupirs et des paroles si vivants qu'il me semble que ces paroles me
résonnent encore dans l'âme!
«C'est toi que je vis autrefois, animée d'une honnête et pure flamme,
errer parmi les pelouses et les violettes, marchant non comme une
simple femme, mais comme se meuvent les anges, fantôme de celle qui ne
me fut jamais si présente qu'aujourd'hui!... Du jour où tu disparus la
mort commença à devenir une douce chose!»