Pétrarque alla chercher, dans un air plus salubre que les rives
marécageuses du Pô, un prolongement à ses jours et un préservatif
contre ses fièvres automnales dans les collines euganéennes voisines
de Padoue. Ces collines sont devenues célèbres plus récemment par les
admirables lettres d'Ugo Foscolo, qui les décrit avec amour dans son
Werther italien de _Jacopo Ortiz_. Je les ai visitées moi-même il y a
peu de temps, dans une saison qui en relevait la sérénité; j'y allais;
ivre des vers amoureux et religieux de Pétrarque, que tous les échos
de ces belles collines semblaient se renvoyer pour fêter son tombeau.
C'est au petit village d'_Arquà_, au flanc d'une de ces collines, que
Pétrarque vieillissant se construisit sa dernière demeure sur la
terre. Le regard s'étend de là sur la rive éloignée de l'Adriatique;
l'horizon y est vaste et lumineux comme les horizons que reflète la
mer; l'oeil y nage dans un ciel bleu tendre. La ville fortifiée de
_Montefelice_ pyramide à peu de distance autour d'une montagne
volcanique dont le cône fend le firmament et dont les pentes sont
noircies de la verdure des sapins; des clochers carrés d'abbayes ou de
gros villages s'élèvent ça et là du milieu des vignes hautes et des
forêts de mûriers; de gras troupeaux passent sur les routes voilées de
poussière. C'est une scène de l'Arcadie dans la terre ferme de Venise;
l'air y est embaumé de l'odeur des foins et des gommes.
La distance d'Arquà aux grandes villes y défendait Pétrarque de
l'importunité des visiteurs trop attirés par sa renommée; cette
retraite était propre à contempler la vie de loin, sous ses pieds, et
à attendre en paix la mort. Sa maison, que l'on voit encore, était
entourée de vergers, de potagers, de figuiers, de vignes suspendues à
des arbres fruitiers de toute espèce.