XXIV

Pétrarque alla chercher, dans un air plus salubre que les rives

marécageuses du Pô, un prolongement à ses jours et un préservatif

contre ses fièvres automnales dans les collines euganéennes voisines

de Padoue. Ces collines sont devenues célèbres plus récemment par les

admirables lettres d'Ugo Foscolo, qui les décrit avec amour dans son

Werther italien de _Jacopo Ortiz_. Je les ai visitées moi-même il y a

peu de temps, dans une saison qui en relevait la sérénité; j'y allais;

ivre des vers amoureux et religieux de Pétrarque, que tous les échos

de ces belles collines semblaient se renvoyer pour fêter son tombeau.

C'est au petit village d'_Arquà_, au flanc d'une de ces collines, que

Pétrarque vieillissant se construisit sa dernière demeure sur la

terre. Le regard s'étend de là sur la rive éloignée de l'Adriatique;

l'horizon y est vaste et lumineux comme les horizons que reflète la

mer; l'oeil y nage dans un ciel bleu tendre. La ville fortifiée de

_Montefelice_ pyramide à peu de distance autour d'une montagne

volcanique dont le cône fend le firmament et dont les pentes sont

noircies de la verdure des sapins; des clochers carrés d'abbayes ou de

gros villages s'élèvent ça et là du milieu des vignes hautes et des

forêts de mûriers; de gras troupeaux passent sur les routes voilées de

poussière. C'est une scène de l'Arcadie dans la terre ferme de Venise;

l'air y est embaumé de l'odeur des foins et des gommes.

La distance d'Arquà aux grandes villes y défendait Pétrarque de

l'importunité des visiteurs trop attirés par sa renommée; cette

retraite était propre à contempler la vie de loin, sous ses pieds, et

à attendre en paix la mort. Sa maison, que l'on voit encore, était

entourée de vergers, de potagers, de figuiers, de vignes suspendues à

des arbres fruitiers de toute espèce.

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 56 / 196 题