La cour pontificale, qui regrettait le séjour, les palais, les
licences d'Avignon, se répandait en invectives contre Pétrarque, à
cause de sa partialité pour Rome; mais le pape Urbain V, ferme dans
son grand dessein de donner à l'Église la même capitale qu'au monde
chrétien, protégeait Pétrarque contre ces ressentiments; il le
conjurait, par des lettres de sa main, de venir le visiter au Vatican.
«Il y a longtemps, lui disait ce pape passionné pour les lettres, que
je désire voir en vous un homme doué de toutes les vertus et orné de
toutes les sciences; vous ne pouvez l'ignorer, et cependant vous ne
venez pas. Venez; je vous procurerai le repos de l'âme après lequel je
sais que vous soupirez.»
«Pourrais-je, répond le poëte dans sa lettre, pourrais-je ne pas
désirer ardemment de voir un grand homme que Dieu a suscité pour tirer
son Église de ce cachot fétide d'Avignon où elle croupissait? Je ne me
croirais pas chrétien si je n'aimais pas, que dis-je? si je n'adorais
pas le pontife qui a rendu un si grand service à la république et à
moi? Mais quand vous verriez à vos pieds un vieillard faible, devenu
infirme, qui ne peut aspirer qu'au loisir et au repos, je suis sûr que
vous me renverriez bien vite dans ma maison.»