Mais Pétrarque, déjà passé au parti de l'empereur, vit périr Rienzi
avec indifférence.
Charles VI descendait alors en Italie. «La joie me coupe la parole,
lui écrit Pétrarque; peu importe que vous soyez né en Allemagne,
pourvu que vous soyez né pour l'Italie.» Invité par l'empereur à venir
conférer avec lui, Pétrarque accourut à Mantoue. Le récit du long
entretien de l'empereur et de Pétrarque prouve que l'empereur était
aussi lettré que Pétrarque était politique. «Il me raconta toutes les
circonstances de ma propre vie, dit Pétrarque dans la lettre où il
écrit cet entretien, comme s'il eût été moi-même; il me conjura de
venir à Rome avec lui. Denys ne reçut pas mieux Platon, ajoute le
poëte, mais le poëte préféra son loisir et sa solitude à la gloire
d'installer _César à Rome!_»
Charles VI, prince plus pacifique qu'ambitieux, négocia à Mantoue une
paix facile, par la médiation de Pétrarque, entre lui et les Visconti.
L'empereur se contenta de recevoir la couronne de fer à Milan, la
couronne de césar à Rome. Vaines cérémonies qui signifiaient l'empire,
mais qui ne le donnaient pas. Pétrarque, indigné de cette faiblesse,
écrit de Milan à l'empereur une lettre pleine d'objurgations et
presque d'outrages sur sa lâcheté et sur son retour ignominieux en
Allemagne.
«Allez, lui dit-il, emportez des couronnes vides et des titres
risibles en Allemagne! L'Italie était à vous, et vous ne pensez qu'à
rentrer dans votre Bohême! On m'a apporté de votre part une médaille
antique qui représente l'image de César; si cette médaille avait pu
parler, que ne vous aurait-elle pas dit pour vous empêcher de faire
une retraite si honteuse! Adieu, César! Comparez ce que vous perdez
avec ce que vous allez retrouver en Bohême!»