C'est de là aussi qu'il entretint une correspondance avec l'empereur
d'Allemagne Charles VI, pour lui persuader de venir rétablir l'empire
d'Auguste en Italie.--«Rien n'est possible depuis que l'Italie a
épousé la servitude,» lui répond l'empereur. Ainsi on voit qu'à
l'exemple de Dante le républicain Pétrarque est contraint, par les
dissensions de sa patrie, à embrasser le parti de l'empereur et à
offrir l'Italie à Charles VI. Il y a loin de ce découragement à
l'époque où Pétrarque était le complice patriotique de Rienzi, mais il
n'est pas donné aux regrets de réveiller les nations assoupies dans la
servitude. Pétrarque avait passe alors de la poésie à la politique.
L'unité de l'Italie était à ses yeux dans l'empereur; il cite pour
exemple Rienzi lui-même à Charles VI. «Si un tribun, dit-il, a pu tant
faire, que ne ferait pas un césar?»
Envoyé bientôt après en ambassade à Venise pour réconcilier les
Vénitiens et les Génois, il échoua dans cette tentative. Les Vénitiens
lui reprochèrent son penchant pour la cause de l'empereur.--«Vous,
l'ami et le grand orateur de la liberté, lui écrivit le doge Dandolo,
ne deviez-vous pas, au lieu de nous blâmer, nous louer de nos efforts
pour écarter de l'Italie cette servitude impériale?»
Jean Visconti étant mort encore jeune pendant cette ambassade,
Pétrarque fit l'oraison funèbre à ses funérailles. Visconti laissait
trois fils, entre lesquels fut partagé son vaste héritage, qui
comprenait toute la Lombardie.