Chargé par Jean Visconti de négocier avec les Génois, qui voulaient se
donner à lui pour avoir un guerrier dans leur maître, Pétrarque
contribua à cette fusion de Gênes et de Milan.
Après ce service rendu à Visconti, il alla se délasser dans le vieux
château abandonné de _San-Colomban_, sur les collines que baigne le
Pô. La politique l'avait rendu à la poésie, la poésie reportait son
coeur à Laure, son imagination à Vaucluse; il composa à San-Colomban
des vers et des lettres pleines de sa mélancolie. C'est là qu'il
écrivit aussi quelques-unes de ses odes de longue haleine appelées
_Trionfi_, sortes de dithyrambes philosophiques où les chants
mystiques du Dante furent évidemment ses modèles. Nous préférons ses
sonnets, parce qu'ils sont plutôt une explosion de son coeur qu'une
méditation de son esprit. Le rhétoricien brille dans les _Triomphes_,
l'homme se révèle dans les sonnets.