II

Quelquefois, rarement, des saisons riantes, des images gracieuses,

mais importunes, lui rendent au coeur et aux sens la séve de ses jours

heureux; puis la pensée que Laure n'est plus là change tout cet

éblouissement de la vie en ténèbres; comme dans le sonnet suivant:

«Voici le vent tiède et doux de la mer qui ramène les beaux jours, et

l'herbe, et les fleurs qu'il fait renaître, et le gazouillement de

l'hirondelle, et les mélodies tendres du rossignol, et le printemps

tout blanchi et tout empourpré des boutons qu'il colore sous ses

pieds.

«Les prés sourient et l'azur du ciel se rassérène, comme si le

Créateur se réjouissait de regarder la terre sa fille; les airs, les

eaux, le firmament frémissent, tout ivres et tout palpitants d'amour;

tout ce qui vit éprouve l'instinct d'aimer et de doubler sa vie en

aimant; mais moi, misérable! c'est la saison où les soupirs les plus

pesants s'arrachent péniblement du plus profond de ce coeur dont celle

qui n'est plus emporta avec elle au ciel la vie et la félicité.

«Et ces concerts d'oiseaux, et ces floraisons des plages, et ces

belles honnêtes femmes, les grâces, les douceurs et les enjouements,

tout cela n'est à mes yeux qu'un désert peuplé de bêtes féroces et

sauvages dont je détourne avec effroi les yeux!»

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 36 / 196 题