Quelquefois, rarement, des saisons riantes, des images gracieuses,
mais importunes, lui rendent au coeur et aux sens la séve de ses jours
heureux; puis la pensée que Laure n'est plus là change tout cet
éblouissement de la vie en ténèbres; comme dans le sonnet suivant:
«Voici le vent tiède et doux de la mer qui ramène les beaux jours, et
l'herbe, et les fleurs qu'il fait renaître, et le gazouillement de
l'hirondelle, et les mélodies tendres du rossignol, et le printemps
tout blanchi et tout empourpré des boutons qu'il colore sous ses
pieds.
«Les prés sourient et l'azur du ciel se rassérène, comme si le
Créateur se réjouissait de regarder la terre sa fille; les airs, les
eaux, le firmament frémissent, tout ivres et tout palpitants d'amour;
tout ce qui vit éprouve l'instinct d'aimer et de doubler sa vie en
aimant; mais moi, misérable! c'est la saison où les soupirs les plus
pesants s'arrachent péniblement du plus profond de ce coeur dont celle
qui n'est plus emporta avec elle au ciel la vie et la félicité.
«Et ces concerts d'oiseaux, et ces floraisons des plages, et ces
belles honnêtes femmes, les grâces, les douceurs et les enjouements,
tout cela n'est à mes yeux qu'un désert peuplé de bêtes féroces et
sauvages dont je détourne avec effroi les yeux!»