La consonnance ou la dissonance déchirante des chants du rossignol
avec les gémissements muets du coeur blessé pendant les nuits
d'insomnie est admirablement éprouvée dans quelques vers d'un des
sonnets sans doute écrits dans un des retours de Vaucluse.
«Ce rossignol qui sanglotte si mélodieusement, peut-être sur la perte
de ses petits ou de la chère compagne de son nid, remplit l'air, le
ciel et la vallée de notes si attendries et si tronquées par ses
soupirs qu'il semble accompagner toute la nuit mes propres
lamentations et me remémorer ma dure destinée!»
Dans un des sonnets qui suivent, les plus splendides visions de la
terre lui reviennent en mémoire, mais pour pâlir et se décolorer dans
la nuit actuelle de son âme.
«Ni dans un firmament serein voir circuler les vagues étoiles, ni sur
une mer tranquille voguer les navires pavoisés, ni à travers les
campagnes étinceler les armures des cavaliers couverts de leurs
cuirasse, ni dans les clairières des bocages jouer entre elles les
biches des bois;
«Ni recevoir des nouvelles désirées de celui dont on attend depuis
longtemps le retour, ni parler d'amour en langage élevé et harmonieux,
ni au bord des claires fontaines et des prés verdoyants entendre les
chansons des dames aussi belles qu'innocentes;
«Non, rien de tout cela désormais ne donnera le moindre tressaillement
à mon coeur, tant celle qui fut ici-bas la seule lumière et le seul
miroir de mes yeux a su en s'ensevelissant dans son linceul ensevelir
ce coeur avec elle!
«Vivre m'est un ennui si lourd et si long que je ne cesse d'en
implorer la fin par le désir infini de revoir celle après laquelle
rien ne me parut digne d'être jamais vu!»