III

La consonnance ou la dissonance déchirante des chants du rossignol

avec les gémissements muets du coeur blessé pendant les nuits

d'insomnie est admirablement éprouvée dans quelques vers d'un des

sonnets sans doute écrits dans un des retours de Vaucluse.

«Ce rossignol qui sanglotte si mélodieusement, peut-être sur la perte

de ses petits ou de la chère compagne de son nid, remplit l'air, le

ciel et la vallée de notes si attendries et si tronquées par ses

soupirs qu'il semble accompagner toute la nuit mes propres

lamentations et me remémorer ma dure destinée!»

Dans un des sonnets qui suivent, les plus splendides visions de la

terre lui reviennent en mémoire, mais pour pâlir et se décolorer dans

la nuit actuelle de son âme.

«Ni dans un firmament serein voir circuler les vagues étoiles, ni sur

une mer tranquille voguer les navires pavoisés, ni à travers les

campagnes étinceler les armures des cavaliers couverts de leurs

cuirasse, ni dans les clairières des bocages jouer entre elles les

biches des bois;

«Ni recevoir des nouvelles désirées de celui dont on attend depuis

longtemps le retour, ni parler d'amour en langage élevé et harmonieux,

ni au bord des claires fontaines et des prés verdoyants entendre les

chansons des dames aussi belles qu'innocentes;

«Non, rien de tout cela désormais ne donnera le moindre tressaillement

à mon coeur, tant celle qui fut ici-bas la seule lumière et le seul

miroir de mes yeux a su en s'ensevelissant dans son linceul ensevelir

ce coeur avec elle!

«Vivre m'est un ennui si lourd et si long que je ne cesse d'en

implorer la fin par le désir infini de revoir celle après laquelle

rien ne me parut digne d'être jamais vu!»

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 37 / 196 题