VIE ET OEUVRES DE PÉTRARQUE.

(2e PARTIE.)

I

L'amour de Laure était si réellement la vie intellectuelle et morale

de Pétrarque qu'après la disparition de cette étoile de son âme à

l'horizon de la terre le grand poëte cessa, pour ainsi dire, de vivre

ici-bas pour suivre cette étoile au ciel; son âme, jusque-là légère,

mobile, inquiète, quelquefois errante, sembla se revêtir du deuil

éternel de Dante après la mort de Béatrice et s'ensevelir vivante dans

le sépulcre et dans l'unique pensée de Laure. Ses sonnets deviennent

graves et lapidaires comme des inscriptions sur des tombes.

«Maintenant, chante-t-il, que je suis devenu un animal qui ne hante

que les forêts, maintenant que d'un pas indécis, solitaire et lassé,

je promène un coeur lourd et des regards humides, inclinés vers le

sol, dans un monde devenu pour moi aussi vide qu'une cime dépouillée

des Alpes, etc.»

«Je vais explorant chaque contrée, chaque place où je la vis

autrefois, et toi seule, ô passion qui me tortures! tu viens avec moi

et tu me conduis à mon insu où je dois aller.

«Hélas! ce n'est pas elle que j'y trouve, mais ce sont ces saintes

traces toutes dirigées vers cette région supérieure qu'elle habite,

etc.»

«Et n'importe, s'écrie-t-il dans le sonnet suivant, avec cette

intrépidité de l'amour qui préfère sa douleur même à l'oubli:

«Heureux les yeux qui la virent ici-bas!»

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 35 / 196 题