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Cependant Rienzi, flottant entre le bon sens, la démence et la fureur,

avait fait jeter les Colonne et les princes romains dans les cachots

du Capitole; puis, après avoir préparé l'échafaud pour eux, il était

monté à la tribune des harangues, et il avait demandé dans un discours

d'apparat leur grâce au peuple romain; le peuple avait applaudi à la

grâce comme au supplice. Les princes délivrés avaient accompagné le

tribun comme un triomphateur dans les rues de Rome. Bientôt les

princes sortis de prison étaient rentrés dans leurs villes fortes,

avaient levé leurs vassaux et marché contre le tribun. Rome était

bloquée par ses propres enfants. Le peuple, éveillé de ses rêves, se

tournait contre le prétendu libérateur; cependant les cinq princes de

la maison des Colonne périrent le même jour dans le premier assaut

donné témérairement aux portes de la ville.

Pétrarque écrivit lui-même à Rienzi: «Vous me forcez à rougir de vous;

de protecteur des gens de bien vous devenez un chef de brigands!

J'accourais vers vous, je change de route.»

Il versa un torrent de larmes sur la mort des jeunes gens de la maison

des Colonne; son coeur se retrouva avec sa raison au réveil de ce rêve

dissipé par la folie de Rienzi. Il se rendit à Parme, son Vaucluse

italien, pleurant à la fois sur la perte de ses amis les Colonne et

sur la perte de Rome.

Rienzi, en effet, jetait cette capitale dans sa propre démence;

quelques jours après l'assaut où les Colonne avaient péri, il

conduisit son fils vers le bourbier rempli d'eau et de sang où le

corps du plus jeune de ces princes gisait encore. Il prit cette eau

sanglante et fétide dans le creux de sa main, et il en aspergea la

tête de son fils en le proclamant chevalier de la Victoire. Une émeute

du peuple, fomentée par les derniers des Colonne, souleva la ville et

força Rienzi à se réfugier au château Saint-Ange. Il s'évada pendant

la nuit et se réfugia auprès du roi de Hongrie. Son corps fut pendu en

effigie aux créneaux de la forteresse d'Adrien. Ainsi devait finir cet

empire fantastique, s'écria Pétrarque, revenu lui-même de son illusion

d'un moment. De ce jour il ne songe plus qu'aux lettres, dont l'empire

est éternel, et à l'amour qui ne meurt pas avec la beauté mortelle.

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 28 / 196 题