C'est le malheur de l'Italie, depuis sa déchéance politique, d'avoir
conservé ses grandes facultés individuelles en ayant perdu sa
nationalité. Elle enfante des Romains, et elle ne nourrit que des
Italiens. L'énergie des caractères et la puissance des intelligences
qu'elle produit sont en perpétuel contraste avec la petitesse des
États et avec la servitude des institutions pour lesquels ces natures
romaines devaient vivre; en sorte que cette noble et belle terre
souffre doublement de rêver ce que fut l'Italie jadis, et de subir ce
que l'Italie est aujourd'hui. Supplice cruel par lequel un peuple
toujours vivant est encadré dans une nationalité, non pas morte, mais
ensevelie. Dans un tel état de choses, les facultés de ses grands
hommes ne servent qu'à les torturer davantage par le spectacle de
l'impuissance de leurs destinées; de là des rêves, seule consolation
des imaginations héroïques emprisonnées dans l'impossible.
Telle était l'Italie du temps de Rienzi et de Pétrarque, hélas! et
telle elle est encore de nos jours. Une forte confédération de toutes
ses petites puissances, reliées en faisceau par une grande puissance
militaire extérieure, peut seule restaurer une ombre de l'antique
Italie. Mais, à elle seule, elle ne peut rien: l'unité, source de
toute force, lui manque; l'amitié pieuse des races qu'elle appelait
jadis barbares lui est nécessaire. Il n'y a qu'une main armée qui
puisse la relever sur son séant.