XIV

Quant à ses occupations et ses rêveries dans cette solitude, voici ce

que je lis dans une de ses lettres à un autre de ses amis. J. J.

Rousseau n'a rien de plus extatique.

«Combien de fois pendant les nuits d'été, à la douzième heure, après

avoir récité mon bréviaire, je suis allé me promener dans les

campagnes au clair de la lune! Combien de fois même suis-je entré

seul, malgré les ténèbres intimidantes de la nuit, dans cet antre

terrible où, le jour même et en compagnie d'autres hommes, on ne

pénètre pas sans un secret saisissement! J'éprouvais une sorte de

plaisir en y entrant; mais, je l'avoue, ce plaisir n'était pas sans

une certaine voluptueuse terreur.

«Je trouve tant de douceur dans cette solitude, une si délicieuse

tranquillité, qu'il me semble n'avoir véritablement vécu que pendant

le temps que je l'ai habitée; tout le reste de ma vie n'a été qu'un

continuel tourment!»

* * * * *

De plus une harmonie secrète semblait préexister entre Pétrarque et la

fontaine de Vaucluse, harmonie dont il parle plusieurs fois lui-même

comme d'une superstition de l'amour qui l'attachait à ces beaux lieux.

La crue des eaux de la fontaine correspondait au 6 avril vers

l'équinoxe du printemps, et c'était aussi le 6 avril qu'il fêtait dans

son coeur l'anniversaire de sa rencontre avec Laure, et que la crue de

ses larmes débordait régulièrement de ses yeux au retour de ce jour

heureux ou fatal de sa vie.

À tous ces charmes il faut, si l'on en croit la tradition, ajouter le

charme de se rapprocher assez souvent de la résidence d'été de Laure:

elle habitait, pendant cette saison, le village voisin de Cabrières.

Cours familier de Littérature - Volume 06 · 第 16 / 196 题