Quant à ses occupations et ses rêveries dans cette solitude, voici ce
que je lis dans une de ses lettres à un autre de ses amis. J. J.
Rousseau n'a rien de plus extatique.
«Combien de fois pendant les nuits d'été, à la douzième heure, après
avoir récité mon bréviaire, je suis allé me promener dans les
campagnes au clair de la lune! Combien de fois même suis-je entré
seul, malgré les ténèbres intimidantes de la nuit, dans cet antre
terrible où, le jour même et en compagnie d'autres hommes, on ne
pénètre pas sans un secret saisissement! J'éprouvais une sorte de
plaisir en y entrant; mais, je l'avoue, ce plaisir n'était pas sans
une certaine voluptueuse terreur.
«Je trouve tant de douceur dans cette solitude, une si délicieuse
tranquillité, qu'il me semble n'avoir véritablement vécu que pendant
le temps que je l'ai habitée; tout le reste de ma vie n'a été qu'un
continuel tourment!»
* * * * *
De plus une harmonie secrète semblait préexister entre Pétrarque et la
fontaine de Vaucluse, harmonie dont il parle plusieurs fois lui-même
comme d'une superstition de l'amour qui l'attachait à ces beaux lieux.
La crue des eaux de la fontaine correspondait au 6 avril vers
l'équinoxe du printemps, et c'était aussi le 6 avril qu'il fêtait dans
son coeur l'anniversaire de sa rencontre avec Laure, et que la crue de
ses larmes débordait régulièrement de ses yeux au retour de ce jour
heureux ou fatal de sa vie.
À tous ces charmes il faut, si l'on en croit la tradition, ajouter le
charme de se rapprocher assez souvent de la résidence d'été de Laure:
elle habitait, pendant cette saison, le village voisin de Cabrières.