Delphine à mademoiselle d'Albémar.
De l'abbaye du Paradis, ce 1er mai.
Pardonnez, ma soeur, si je ne puis vous peindre avec détail les
sentimens de mon âme; parler de moi me fait mal. Ce que je puis vous
dire seulement, c'est que je souhaiterois sans doute qu'avant la fin
de mon noviciat, une circonstance heureuse me permît de ne pas
prononcer mes voeux; mais tant que je n'aurai que l'alternative de ces
voeux ou de mon déshonneur, rien ne peut faire que j'hésite à les
prononcer; pardon encore de repousser ainsi vos conseils et votre
amitié; mais il y a des situations et des douleurs dans la vie, dont
personne ne peut juger que nous-mêmes.