LETTRE XLIII.

Delphine à mademoiselle d'Albémar.

Bellerive, ce 21 mai.

Oh! que d'émotions Thérèse m'a fait éprouver! Je ne sais point ce

qu'on veut de moi, ce qu'on peut en obtenir, mon coeur succombe devant

l'effort qu'on exige; une lettre de vous est venue se joindre aux

exhortations de Thérèse; ne vous réunissez pas pour m'accabler; vous

ne savez pas ce que vous me demandez! Dois-je renoncer à Léonce! Le

voulez-vous? Ah! ne le prononcez pas; j'ai pressenti que vous alliez

approcher de cette horrible idée dans votre lettre, je tremblois de la

lire; et quand, par délicatesse, vous n'avez point achevé ce que vous

aviez commencé, je me suis crue soulagée, comme si vous m'aviez

affranchie de mes devoirs en ne me les exprimant pas. Je suis foible,

je le sens; je n'ai point les vertus qui préparent aux grands

sacrifices. Mon âme, livrée dés son enfance aux mouvemens naturels qui

l'avoient toujours bien conduite, n'est point armée pour accomplir des

devoirs si cruels: je n'ai point appris à me contraindre. Hélas! je ne

croyois pas en avoir besoin. Que n'ai-je l'exaltation religieuse de

Thérèse! Mais, quand j'implore le ciel, où ma raison et mon coeur

placent un Être souverainement bon, il me semble qu'il ne condamne pas

ce que j'éprouve; rien en moi ne m'avertit qu'aimer est un crime; plus

je rêve, plus je prie, et plus mon âme se pénètre de Léonce.

Je vous ai mandé que M. de Serbellane avoit quitté l'Italie, pour

s'établir en Angleterre, et que désespérant de faire changer Thérèse

de résolution, il ne voyoit plus personne, et paroissoit plongé dans

la plus profonde mélancolie. Thérèse ne m'a pas prononcé son nom; une

lettre de Londres m'avoit appris ces tristes détails, et je n'ai pas

osé lui en parler. Qu'elle est noble et sensible, cependant, cette

Thérèse que s'immole à son devoir! je la conduis après demain à son

couvent; que n'ai-je la force de l'y suivre! C'est ainsi qu'il

faudroit se séparer! Il est moins cruel de descendre dans ce religieux

tombeau de toutes les pensées de la terre, que de vivre encore en ne

voyant plus ce qu'on aime!

Le lendemain de l'arrivée de Thérèse, je passai la matinée avec elle;

j'entrevis dans ses discours qu'elle se croyoit coupable envers moi,

et qu'elle en éprouvoit les regrets les plus amers; mais elle

craignoit de m'en parler, et reculoit le moment de l'explication.

Léonce vint le soir: au moment où madame d'Ervins entra dans ma

chambre, il essaya de dissimuler l'impression qu'il éprouvoit; mais

elle n'échappa point aux regards de Thérèse, et j'appris bientôt

qu'elle savoit tout ce que je croyois lui avoir caché.

--Monsieur, dit-elle à Léonce avec un ton de dignité que je n'avois

jamais remarqué dans un caractère timide et presque soumis, je sais

que par le concours des plus funestes circonstances, c'est moi qui ai

été la cause de l'erreur fatale qui vous a séparé de madame d'Albémar;

j'ai fait le sacrifice à Dieu de tout mon bonheur dans ce monde; il ne

m'a pas encore donné la force de me consoler des peines que j'ai

causées à ma généreuse amie; si je n'avois pas cru que de mon

consentement vous étiez instruit de mon crime, à l'époque même de la

mort de M. d'Ervins, je me serois hâtée de m'accuser devant vous; mais

je n'ai découvert que depuis votre mariage la méprise cruelle, que la

délicatesse de madame d'Albémar l'avoit engagée à me taire. J'aurois

pu, dès que je le soupçonnai pendant mon séjour ici, et lorsque j'en

eus acquis la certitude à Bordeaux, par les diverses questions que

vous fîtes à ma fille, j'aurois pu, dis-je, publier la vérité; mais

vous étiez marié: je ne pouvois rendre à mon amie le bonheur dont je

l'ai privée, et j'avois les plus fortes raisons de craindre que la

famille de mon mari ne m'enlevât ma fille, et ne se permît, pour me

l'ôter, si je m'avouais coupable, le scandale d'un procès public. J'ai

donc espéré que vous me pardonneriez d'avoir retardé la justification

authentique que je dois à madame d'Albémar, jusqu'à ce jour, où j'ai

fait signer d'une manière irrévocable à toute la famille de M.

d'Ervins les arrangemens qui assurent la fortune d'Isore, et

m'autorisent à la confier à madame d'Albémar. J'ai abandonné tous mes

droits personnels sur les biens de mon malheureux époux, et j'entre

après demain dans un couvent: je suis donc libre à présent de réparer

aux yeux du monde le tort que j'ai pu faire à la réputation de madame

d'Albémar; mais hélas! je le sais, je n'en aurai pas moins perdu sa

destinée. Son cour, inépuisable en sentimens nobles et tendres, n'a

pas cessé de m'aimer: vous, monsieur, ajouta-t-elle en tendant à

Léonce, avec une douceur angélique, sa main tremblante, serez-vous

plus inflexible qu'un Dieu de bonté qui, malgré mes offenses, a reçu

mon repentir? me pardonnerez-vous?

O ma soeur! que n'avez-vous pu voir Léonce en ce moment! Non, vous ne

m'auriez plus demandé de le quitter; l'expression triste, sombre, et

presque toujours contenue qu'il avoit depuis quelque temps, disparut

entièrement, et son visage s'éclaira, pour ainsi dire, par le

sentiment le plus pur et le plus doux. Il mit un genou en terre, pour

recevoir la main de madame d'Ervins, et, de la voix la plus émue, il

lui dit:--Pouvez-vous douter du pardon que vous daignez demander? Ce

n'est pas vous, c'est moi qui suis le seul coupable; et cependant je

vis, et cependant elle souffre mes plaintes, mes défauts, quelquefois

même mes reproches. Aurois-je le droit de vous en adresser? non sans

doute, et j'en ai moins encore le pouvoir; votre sort, votre courage,

votre vertu, oui, votre vertu, entendez cette louange sans la

repousser, me pénètrent de respect et de pitié; et si j'étois digne de

me joindre à vos touchantes prières, je demanderois au ciel pour vous

le calme que mon coeur déchiré ne connoît plus, mais qu'au prix de

tant de sacrifices vous devez enfin obtenir.

Ah! dit Thérèse en relevant Léonce, je vous remercie d'écarter de moi

votre haine; mais ce n'est pas tout encore, il faudra que vous

m'écoutiez sur votre sort à tous les deux: avant de vous en parler, je

veux voir madame d'Artenas; je ne connois qu'elle à Paris, c'est une

parente de M. d'Ervins, elle est aussi l'amie de madame d'Albémar; je

dois lui faire part de la résolution que j'ai prise. Voulez-vous avoir

la bonté, M. de Mondoville, de me conduire demain chez elle? J'entre,

après demain, dans mon couvent, et, huit jours après, le premier de

juin, je prendrai le voile de novice.

--Ciel! dans huit jours! m'écriai-je.--C'est un secret, reprit

Thérèse; vous savez que par les nouvelles lois on ne reconnoît plus

les voeux; mais le prêtre vénérable qui me conduit a tout arrangé, et

si l'on ne permettoit plus aux religieuses de vivre en France en

communauté, il m'a assuré un asile dans un couvent en Espagne; je vous

demanderai, ma chère Delphine, de me conduire vous-même dans ma

retraite avec ma fille; je l'embrasserai sur le seuil du couvent pour

la dernière fois, et, après cet instant, c'est vous qui serez sa mère.

--Sa voix s'altéra en parlant de sa fille; mais faisant un nouvel

effort, elle dit à Léonce:--Demain à midi, n'est-il pas vrai, M. de

Mondoville, vous viendrez me chercher pour me mener chez madame

d'Artenas?--Léonce consentit à ce qu'elle désiroit par un signe de

tête; il ne pouvoit parler, il étoit trop ému. Ah! c'est une âme aussi

tendre que fière! ce n'est pas l'amour seul qui le rend sensible, la

nature lui a donné toutes les vertus. Thérèse le regardoit avec

attendrissement, et c'est lui, j'en suis sûre, dont elle auroit

imploré la protection, s'il lui étoit encore resté quelque intérêt

dans le monde.

Le lendemain, Léonce et madame d'Ervins revinrent ensemble à quatre

heures de chez madame d'Artenas; je vis, sans en savoir la cause, que

Léonce avoit été très-attendri: Thérèse, calme en apparence, demanda

cependant à se retirer quelques heures dans sa chambre. Léonce, resté

seul avec moi, me raconta ce qui venoit de se passer; il ne se doutoit

point du projet de madame d'Ervins, en la conduisant chez madame

d'Artenas, et dans la route elle n'avoit rien dit qui pût lui en

donner l'idée. Ils arrivèrent ensemble chez madame d'Artenas, et la

trouvèrent seule avec sa nièce, madame de R. Après que madame d'Ervins

eut annoncé sa résolution à madame d'Artenas, elle lui fit le récit de

la conduite que j'avois tenue envers elle, et attribuant à cette

conduite un mérite bien supérieur à celui qu'elle peut avoir, elle

avoua tout, excepté ce qui eût indiqué mes sentimens pour Léonce. Il

m'a dit que de sa vie il n'avoit éprouvé, pour aucune femme, autant de

respect que pour madame d'Ervins, dans le moment où elle croyoit faire

un acte d'humilité. Léonce a remarqué que Thérèse avoit rougi

plusieurs fois en parlant, mais sans jamais hésiter.--Et je voyois

réunie en elle, a-t-il ajouté, la plus grande souffrance de la

timidité et de la modestie, à la plus ferme volonté.--Elle finit en

déclarant à madame d'Artenas, que loin de demander le secret sur ce

qu'elle venoit de lui dire, elle désiroit qu'elle le publiât, chaque

fois que ses relations dans le monde la mettroient à portée de

repousser la calomnie dont je pourrois être l'objet.

Elle se recueillit un instant, après avoir achevé ses pénibles aveux,

pour chercher s'il ne lui restoit point encore quelque devoir à

remplir; personne n'osa rompre le silence; elle avoit trop ému ceux

qui l'écoutoient; pour qu'ils fussent en état de lui répondre; et

comme sans doute elle craignoit toute conversation sur un pareil

sujet, elle se leva pour la prévenir, en faisant une inclination de

tête à madame d'Artenas et à sa nièce; elle sortit, sans leur avoir

laissé le temps d'exprimer l'intérêt et l'attendrissement qu'elles

éprouvoient. Vous concevez, ma chère Louise, combien cette scène m'a

touchée. Admirable Thérèse! bien plus admirable que si jamais elle

n'avoit commis de fautes; que de vertus elle a tirées du remords!

combien elle vaut mieux que moi, qui me traîne sans forces sur les

dernières limites de la morale, essayant de me persuader que je ne les

ai pas franchies!

Cette journée d'émotion n'étoit pas terminée; Thérèse n'avoit pas

encore accompli tout ce que sa religion lui commandoit: elle vint

rejoindre Léonce et moi, et comme j'allois vers elle pour lui exprimer

ma reconnoissance:--Attendez, me dit-elle, car je crains bien d'être

forcée de vous déplaire; mais demain je quitte le monde, et j'ai

presque aujourd'hui les droits des mourans; écoutez-moi donc

encore.--Elle s'assit alors, et s'adressant à Léonce et à moi, elle

nous dit:

--J'ai détruit votre bonheur; sans moi vous seriez unis, et la vertu

contribueroit autant que l'amour à votre félicité; ce tort affreux, ce

tort que je ne pourrai jamais expier, c'est mon crime qui en a été la

cause; un malheur plus funeste encore, la mort de mon mari a été la

suite immédiate de mon coupable amour. Ce n'est donc pas moi, non ce

n'est pas moi qui pourrois me croire le droit de donner de sévères

conseils à des âmes aussi pures que les vôtres; cependant Dieu peut

choisir la voix des pécheurs pour faire entendre des avis salutaires

aux coeurs les plus vertueux. Vous vous aimez; l'un de vous est lié

par des chaînes sacrées, et vous vous voyez, et vous passez presque

tous vos jours ensemble, vous fiant à la morale qui vous a préservés

jusqu'à présent! Je n'avois point sans doute, vos lumières, je n'avois

point vos vertus; mais je formai néanmoins les mêmes résolutions que

vous, et le charme de la présence affoiblit par degrés tous les

sentimens honnêtes sur lesquels je m'appuyois. Delphine, faudroit-il

qu'après être tombée, je vous entraînasse dans ma chute! aurois-je à

rendre compte de votre âme à l'Éternel! Ah! ce seroit moi seule qui

mériterois d'être punie, mais vous ne seriez plus cet être

incomparable que je retrouverai dans le ciel un jour, si mon repentir

m'y fait recevoir.

Et vous, Léonce, et vous, continua-t-elle; serez-vous heureux si vous

entraînez mon amie? si vous égarez ce caractère noble et vertueux, que

Dieu appellera plus particulièrement à lui, quand le malheur, ou ce

qui est la même chose, une plus longue durée de la vie lui aura fait

sentir la nécessité d'une religion positive? quand elle guidera ma

fille dans le monde, au lieu d'y régner elle-même?....--Votre fille!

m'écriai-je, pourquoi l'abandonnez-vous? pourquoi m'en remettez-vous

le soin? je n'en suis pas digne.

--Delphine, généreuse Delphine, interrompit Thérèse, me serois-je donc

si mal fait comprendre que vous puissiez penser qu'il existe un être

au monde que j'estime plus que vous! quand vous vous laisseriez

entraîner par l'amour, je sais que votre coeur, resté pur, ne

puiseroit-dans ses fautes qu'une connoissance plus cruelle, mais plus

certaine de la nécessité de la morale. Les malheurs de mon amie me

seroient, hélas! un garant de plus des soins qu'elle donneroit à

l'éducation vertueuse de ma fille. Mais vous, mais vous, Delphine, que

deviendrez-vous si vous êtes coupable? et par quel vain espoir vous

flattez-vous de l'éviter? s'il gémit de votre résistance, s'il vous

montre sa douleur, s'il vous la cache, et que ses traits altérés le

trahissent, s'il est malheureux enfin; dites-moi donc, si vous le

savez, comment vous ferez pour le supporter? Écoutez, je suis prête à

m'ensevelir pour toujours, la main de Dieu est déjà sur moi; j'ai

trouvé dans mon âme la force de tout briser, de renoncer à tout; eh

bien! je ne me sentirois pas encore la puissance de voir souffrir ce

que j'aime; et vous vous la croyez cette puissance! Delphine,

insensée, il faut vous séparer de lui pour jamais, ou tomber à ses

pieds, soumise à ses désirs. Vous ne pouvez trouver que dans

l'exaltation d'un grand sacrifice des forces contre l'amour. Delphine,

au nom du ciel....--Arrêtez, s'écria Léonce avec l'accent le plus

douloureux; ce n'est point à Delphine que vous devez vous adresser,

elle est libre et je suis lié pour jamais; elle vouloit s'unir à moi,

je l'ai méconnue; s'il faut déchirer un coeur, choisissez le mien; je

puis partir, je le puis; la guerre va bientôt s'allumer en France;

j'irai me joindre à ceux dont je dois partager les opinions; dans ce

parti sans puissance, se faire tuer n'est pas difficile. Si vous avez

dans votre religion des ressources pour faire supporter à Delphine la

mort de Léonce, si vous en avez, j'y consens et je vous le pardonne:

mais pouvez-vous imaginer qu'après avoir passé près d'elle des jours

orageux, et néanmoins pleins de délices, des jours pendant lesquels je

lui ai confié mes peines les plus secrètes, mes sentimens les plus

intimes, je vivrois privé tout à la fois de ma maîtresse et de mon

amie! de celle qui devroit être ma femme, et que je ne reverrois plus!

de celle qui dirige mes actions, donne un but à mes pensées, et m'est

sans cesse présente? croyez-moi, sans avoir besoin de recourir à la

résolution du désespoir, mon sang glacé cesseroit de ranimer mon

coeur, si je ne vivois plus pour elle. Et c'est vous, madame, qui

pouvez oublier tout ce que vous-même vous avez inspiré! tout ce

qu'éprouve encore sans doute celui qui pleure loin de vous!--C'en est

trop, s'écria Thérèse en pâlissant, avec un tremblement convulsif qui

me causa le plus mortel effroi; c'en est trop: quel langage vous me

faites entendre! me croyez-vous donc assez guérie pour n'en pas

mourir? ignorez-vous ce qu'il m'en coûte? pouvez-vous réveiller ainsi

tous mes souvenirs? Cessez! cessez! Delphine, soutenez-moi,

éloignons-nous d'ici.

Léonce, inconsolable de l'état où il avoit jeté madame d'Ervins,

n'osoit approcher d'elle; on l'emporta dans sa chambre, je la suivis,

et je fis dire à Léonce que je ne redescendrois pas. Je ne voulois pas

quitter madame d'Ervins, et je me sentois aussi dans un trouble qui me

rendoit impossible de parler à Léonce. Pourquoi le rendre témoin de

mes cruelles incertitudes? des remords que madame d'Ervins a fait

naître en moi? je veux me déterminer enfin, je le veux; mais je ne

puis le revoir qu'après avoir pris une décision. Quelle sera-t-elle? ô

mon Dieu!

Madame d'Ervins passa près d'une heure sans prononcer une parole,

m'écoutant quelquefois, et ne me répondant que par des pleurs; je crus

que c'étoit le moment d'essayer encore de la détourner d'entrer au

couvent: les premiers mots que je prononçai sur ce sujet lui rendirent

tout à coup du calme; elle me demanda doucement de m'éloigner. J'ai

appris depuis qu'elle avoit passé deux heures en prières, qu'après ces

deux heures elle s'étoit couchée, et qu'elle avoit paisiblement dormi

jusqu'au matin.

Pour moi, j'ai passé cette nuit sans fermer l'oeil: infortunée que je

suis! un esprit éclairé, quand l'âme est passionnée, ne fait que du

mal; je ne puis, comme Thérèse, adopter aveuglément toutes les

croyances qui remplissent son imagination, et mon coeur en auroit

besoin. J'invoque une terreur, un fanatisme, une folie, un sentiment,

quel qu'il soit, assez fort pour lutter contre l'amour. Quelquefois je

suis prête à vous conjurer de venir ici; je voudrais m'en remettre à

vous sur mon sort, vous parleriez à Léonce, vous le verriez et vous me

jugeriez. Ah! ma soeur, cette prière seroit-elle trop exigeante?

feriez-vous ce sacrifice à celle que vous avez élevée, et qui vous

redemanderoit d'exercer de nouveau l'empire le plus absolu sur sa

volonté?

Delphine · 第 165 / 322 题