Delphine à mademoiselle d'Albémar.
Bellerive, 9 juillet.
Depuis trois jours, le croirez-vous, ma chère Louise, je n'ai pas reçu
une seule lettre de madame de Vernon; je n'ai pas entendu parler de
Léonce! peut-être n'est-il pas encore revenu de Mondoville! J'ai reçu
seulement une lettre de madame d'Artenas, la tante de madame de R.,
qui me mande que la mort de M. d'Ervins fait un bruit horrible dans
Paris, et que beaucoup de gens me blâment: elle me demande de
l'instruire de la vérité des faits, pour qu'elle puisse me défendre.
Eh! que m'importe ce qu'on dira de moi? c'est l'opinion de Léonce que
je veux savoir.
J'avois envie d'aller à Paris pour parler encore à madame de Vernon;
je ne puis abandonner Thérèse; elle a pris la fièvre avec un délire
violent; elle veut me voir à tous les instans; hier j'étois sortie de
sa chambre pendant quelques minutes, elle me demanda, et ne me
trouvant point auprès d'elle, elle tomba dans un accès de pleurs qui
me fit une peine profonde; non, je ne la quitterai point.