Avril ne sait pas qui, ne le saura jamais. Peu à peu, la chambrée est
redevenue indifférente. Il s'exaspère toujours. Une salive continue aux
lèvres, il pèle à force de se laver la figure. La nuit, il imagine de
ramper au milieu des lits. Tantôt il guette ceux qui rêvent tout haut.
Tantôt il serre une gorge en criant:
--C'est toi, hein! dis que c'est toi.
On lui lance des godillots. Il s'enfuit à grandes enjambées et ne
s'endort qu'au petit jour d'un sommeil trouble où son imagination lui
retrace obstinément un tableau si exact, que, de dégoût, Avril fronce
ses narines.
Souvent, après la soupe, il sort seul, cherche un quartier silencieux de
la ville. La place est déserte. À peine un chien frôle un banc. Avril
s'assied et s'enveloppe la tête dans un mouchoir parfumé. Aussitôt les
souvenirs se mettent à leur travail de fouisseurs. Le coeur malade,
Avril se lève et se promène d'arbre en arbre. Les nausées le suivent.
Et c'est irréparable.
Certes, la vie lui réserve d'agréables surprises. Plus tard, il lira des
vers de fine poésie. Il entendra des chants d'oiseaux. Il pourra toucher
du bout du doigt la peau élastique des femmes, respirer des fleurs,
sucer des sucreries, et peut-être que ses yeux seront charmés par des
élégances d'ibis roses, mais il n'oubliera jamais qu'une fois il a senti
sur sa face la caresse d'un derrière d'homme.
Tristement Avril s'appuie contre un arbre, et, par petites secousses
douloureuses, il commence de vomir.