_À Paul Hervieu._
Retirés à la campagne, les Bornet sont les voisins des Navot et les deux
ménages font bon ménage. Ils aiment également le calme, l'air pur,
l'ombre et l'eau. Ils sympathisent au point de s'imiter.
Le matin, ces dames vont au marché ensemble.
--J'ai envie de manger un canard, dit Mme Navot.
--Tiens, moi aussi, dit Mme Bornet.
Ces messieurs se consultent s'ils projettent d'embellir, l'un son jardin
avantageusement exposé, l'autre sa maison située sur une hauteur et
jamais humide. Ils s'accordent bien. Tant mieux. Pourvu que ça dure!
Mais c'est à la fraîcheur, quand ils se promènent sur la Marne, que les
ménages Navot et Bornet souhaitent le plus de s'entendre toujours. Les
deux bateaux de même forme et de couleur verte glissent bord à bord. M.
Navot et M. Bornet caressent l'eau comme de leurs mains prolongées.
Parfois ils s'excitent jusqu'à la première perle de sueur, sans
jalousie, si fraternels qu'ils ne peuvent se battre l'un l'autre et
qu'ils rament «pareil». L'une des dames renifle discrètement et dit:
--Il fait délicieux!
--Oui, répond l'autre, il fait délicieux.
Or, ce soir, comme les Bornet vont rejoindre les Navot pour la promenade
accoutumée, Mme Bornet fixe un point de la Marne et dit:
--Par exemple!